La Côte d’Ivoire ouvre son économie à l’international

La France vient d’être détrônée par le Maroc en termes d’investissements directs en Côte d’Ivoire. La fin de la crise politique et l’arrivée d’Alassane Ouattara à la tête du pays ont marqué le retour à une croissance soutenue et un tournant dans l’ouverture de l’économie ivoirienne sur l’international.

La France n’a plus le monopole de l’investissement en Côte d’Ivoire. Lors du forum « Investir en Côte d’Ivoire » (ICI 2014), Alassane Ouattara s’était engagé à ouvrir la Côte d’Ivoire sur le monde. « Nous voulons être le hub de la sous-région, la porte d’entrée vers l’Afrique de l’Ouest, un marché de plus de 300 millions d’habitants », s’était exprimé le chef de l’Etat dans une tribune. « La réalisation de

cette ambition passe par des partenariats forts et durables avec des opérateurs économiques capables de saisir les opportunités créées par la croissance ». C’est aujourd’hui chose faite.

En 2015, la France, partenaire économique historique du pays, a été détrônée par un autre pays, situé sur le continent africain de surcroît : le Maroc. Le royaume représente 22 % des entreprises agréées par le Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (Cepici), guichet unique de l’investissement direct dans le pays, contre seulement 16 % pour les opérateurs français. Parmi les grands projets ayant tiré le Maric vers le haut dans ce classement, le financement des travaux de sauvegarde et de valorisation de la Baie de Cocody, estimé à 468 millions de dollars et qui repose sur des bailleurs de fonds marocains, sollicités au cours de plusieurs rencontres entre les représentants des deux pays.

La Chine, les Etats-Unis et l’Allemagne s’invitent dans la partie

Plus largement, les chiffres du Cepici, le Centre de Promotion des Investissements en Côte d’Ivoire, attestent d’un bond général de l’investissement direct étranger dans le pays. Le bilan publié en janvier dernier montrait que le Centre avait agréé 669,7 milliards de F CFA (soit 1,02 milliard d’euros) d’investissements au titre de l’exercice 2015, dépassant l’objectif fixé à 500 milliards de F CFA. Pour 2016, le Cepici s’est fixé un objectif de 900 milliards d’agréments. La diversité croissante d’investisseurs se révèle bénéfique puisque la croissance qu’elle génère attire à son tour de nouveaux investisseurs.

La Chine, les Etats-Unis ou encore l’Allemagne développent en effet également de plus en plus leur présence économique dans le pays. Du 19 au 24 juillet dernier, le ministre ivoirien de l’Agriculture s’est rendu à Pékin pour promouvoir l’exportation de produits tels que le cacao, le café, l’anacarde, la mangue ou l’ananas vers le géant asiatique. L’intensification des échanges de produits agricoles entre les deux pays pourrait se révéler particulièrement judicieux pour la Côte d’Ivoire « en raison de [l]a puissance démographique » de la Chine, a expliqué le ministre.

Indicateurs économiques au beau fixe

Ce dynamisme est perceptible dans tous les indicateurs économiques du pays, au beau fixe depuis la fin de la crise politique et du régime de Laurent Gbagbo qui aura plombé la croissance et jeté le pays dans des années d’incertitude. Alors qu’elle représentait la quatrième économie d’Afrique subsaharienne en 1995, à la suite des mesures d’assainissement des finances publiques entreprises par le gouvernement Ouattara de 1990 à 1993, la Côte d’Ivoire connaît une longue période de ralentissement économique durant laquelle son rayonnement à l’international va considérablement diminuer. Les années Gbagbo voient le PIB ralentir pour stagner autour de 2 % en moyenne, le continent africain enregistrant sur la même période une croissance moyenne de l’ordre de 5 % par an. L’accalmie après la crise politique qui suivit les élections présidentielles de 2010 s’accompagne d’une embellie économique pour le pays. Avec le retour aux affaires d’Alassane Ouattara en 2012, Abidjan renoue avec une croissance importante, avoisinant chaque année les 8 %.

Les bénéfices de cet essor se font déjà sentir dans les stratégies d’investissement public. L’Etat consacre dorénavant 6 % du PIB à l’investissement dans la rénovation et la construction des infrastructures publiques, contre 2,5 % dans le passé. L’Etat-providence ivoirien est lui aussi étoffé. En seulement deux ans, le salaire minimum a quasiment doublé, passant de 36 000 à 60 000 F CFA et

une couverture maladie universelle a été lancée en décembre 2014. Avant cela, seul 10 % de la population bénéficiait d’une protection sociale, dont seulement 3 % pour les soins de santé. Grâce à ces avancées sociales fondamentales, l’indice de développement humain a enregistré un bond record de 0,40 à 0,47 sur 1 entre 2010 et 2014. Fort d’une croissance stable et soutenue et grâce à une politique volontariste d’ouverture à l’international, le pays est entré dans une nouvelle phase de son attractivité.