Irak : la bataille pour reprendre Mossoul à l’EI est lancée

Pro-government forces drive in military vehicles in Iraq's eastern Salaheddin province, south of Hawijah, on October 10, 2016, as they clear the area in preparation for the push to retake the northern Iraqi city of Mosul, the last Islamic State (IS) group held city in Iraq. / AFP PHOTO / Mahmoud al-Samarrai

Une coalition hétéroclite, composée de l’armée irakienne, de combattants kurdes et de milices chiites, assistée de l’aviation occidentale, a débuté son offensive sur le bastion de l’État islamique. La deuxième ville d’Irak avait été prise en juillet 2014 par les djihadistes.

«Le temps de la victoire est venu et les opérations pour libérer Mossoul ont commencé», a déclaré le premier ministre irakien Haider al-Abadi dans une allocution à la télévision officielle irakienne diffusée dans la nuit de dimanche à lundi. La deuxième ville d’Irak situé dans le Nord du pays, avait été prise par les djihadistes de l’État islamique à l’été 2014. «Je déclare aujourd’hui le début de ces opérations victorieuses pour vous libérer de la violence et du terrorisme de Daech», a ajouté le premier ministre. L’offensive débutait au même moment.

• La ville où a été proclamé le «califat»

C’est à Mossoul, que le leader de l’EI, Abou Bakr al-Baghdadi, avait publiquement proclamé un califat, installé en juin 2014 sur des territoires conquis par les djihadistes en Irak et en Syrie. La ville a donc une importance symbolique, puisque c’est d’elle que furent notamment chassés de nombreux chrétiens, mais aussi stratégique, car il s’agit de la deuxième ville d’Irak et du plus gros bastion de l’EI. Le secrétaire américain à la Défense, Ashton Carter, a estimé que l’opération était «un moment décisif dans notre campagne pour infliger à l’État islamique une défaite durable». «Nous sommes confiants que nos partenaires irakiens vaincront notre ennemi commun et libéreront Mossoul et le reste de l’Irak de la haine et de la brutalité de l’État islamique», a dit Ashton Carter. Le lancement de l’offensive avait été plusieurs fois annoncé puis retardé, notamment par la reprise à l’EI en juin de Fallouja, deuxième bastion des djihadistes. Le chef du gouvernement irakien n’a pas donné de précisions sur les opérations militaires lancées dans la nuit de dimanche à lundi. Elles devraient dans un premier temps se borner à encercler la ville, avant le début de violents combats de rues.

• De multiples acteurs en présence

Lourdement armés, les djihadistes, approximativement au nombre de 5000 hommes, ont eu des années pour se préparer à cet assaut. Les forces de la coalition sont composées de 20.000 hommes. Les forces du gouvernement irakien, assistées par des combattants peshmergas kurdes et des milices sunnites et chiites, ont resserré depuis des mois leur dispositif autour de Mossoul. Elles ont récemment repris des positions clés près de Qayyarah, une ville située à environ 60 kilomètres au sud de Mossoul, y préparant l’offensive finale.

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Le premier ministre a précisé que seules l’armée et la police irakiennes entreraient dans Mossoul. «La force qui mène les opérations de libération est la courageuse armée irakienne avec la police nationale, et ce sont elles qui entreront dans Mossoul, pas d’autres», a-t-il expliqué. On craint en effet des tentatives d’épurations de la part des milices chiites dans une ville à majorité sunnite.

Avant le lancement de l’offensive, l’organisation paramilitaire Hachd al-Chaabi, dominée par des milices chiites soutenues par l’Iran, a déclaré son intention de participer à l’opération. Des peshmergas kurdes ont également fait mouvement depuis l’est en direction de Mossoul. La coalition internationale antidjihadiste menée par les États-Unis fournit un soutien aérien et terrestre à l’opération. Et la Turquie, qui possède une frontière avec l’Irak, au nord, a également offert son soutien. Avant l’annonce du lancement de l’opération, l’armée irakienne avait indiqué avoir largué par les airs des dizaines de milliers de tracts sur Mossoul, dont certains donnant des consignes de sécurité aux habitants en prévision de l’offensive.

• Une bataille qui devrait être longue et difficile

«Cette opération pour reprendre le contrôle de la deuxième ville d’Irak va probablement durer des semaines, possiblement plus», a mis en garde le lieutenant général Stephen Townsend, nouveau commandant de la coalition internationale antijihadistes dirigée par les Etats-Unis.

«La bataille s’annonce longue et difficile mais les Irakiens se sont préparés et nous nous tiendrons à leur côté», a-t-il assuré.

• Inquiétude sur un possible massacre de civils

Il pourrait s’agir de la plus grosse bataille en Irak depuis l’invasion américaine. Celle-ci pourrait faire de nombreuses victimes civiles. Le secrétaire général adjoint des Nations unies pour les affaires humanitaires et l’aide d’urgence, Stephen O’Brien, s’est dit «extrêmement préoccupé pour la sécurité de quelque 1,5 million de personnes vivant à Mossoul qui pourraient être touchées par les opérations militaires». Selon lui, «les familles sont exposées à un risque extrême d’être prises entre deux feux ou prises pour cibles par des snipers».

Avant le début de l’opération, le président russe Vladimir Poutine a invité la coalition internationale menée par les États-Unis à faire le maximum pour éviter des victimes civiles. «Nous espérons que nos partenaires américains, et en l’occurrence nos partenaires français aussi, agiront avec précision et feront tout pour minimiser, ou encore mieux, exclure toute victime parmi la population civile», a dit Vladimir Poutine lors d’une conférence de presse en marge du sommet des Brics à Goa, en Inde. «Nous n’allons pas attiser l’hystérie sur ce sujet, comme le font nos partenaires occidentaux, parce que nous comprenons que nous avons besoin de combattre le terrorisme et que pour cela, il n’y a pas d’autres moyens que les combats offensifs», a-t-il ajouté. Ces déclarations interviennent alors que les Occidentaux accusent la Russie de commettre des «crimes de guerre» contre les civils d’Alep-est, la partie de la grande ville du nord de la Syrie contrôlée par les rebelles et soumise à d’intenses bombardements du régime et de son allié russe.