François Hollande hué et insulté au salon de l’Agriculture

Une heure à peine après son arrivée au Salon de l’Agriculture, François Hollande a pu mesurer aux sifflets et aux quolibets la colère de certains agriculteurs. Un homme a même tenté de l’«entarter» à la bouse de vache.
François Hollande inaugure ce samedi matin le Salon de l’Agriculture 2016 dans une ambiance surchauffée. (Reuters/B.Tessier)
A peine une heure après son arrivée, pour inaugurer le Salon de l’Agriculture, François Hollande a été hué et sifflé par des agriculteurs et des éleveurs en colère.
Vers 7h35, un premier groupe de jeunes vêtus de tee-shirts noirs, barrés dans le dos du slogan « Je suis agriculteur, je meurs », ont sifflé et hué le président, lançant des quolibets à son passage.

Le dispositif de sécurité, conséquent, a alors été resserré autour du président, repoussant un peu plus à l’écart les journalistes qui suivent la visite, obligés de participer à la cohue. Le rythme de la visite a été accéléré, tandis que les sifflets continuaient et que des appels à la démission étaient lancés. « C’est l’état d’urgence pour l’élevage! », a lancé un éleveur. Un homme a même tenté de jeter de jeter une bouse de vache sur le chef de l’Etat.

« Bon à rien », « on n’est pas des migrants », « connard », « fumier » et autres insultes ont fusé tandis que François Hollande progressait au milieu d’une haie hostile, accompagné de banderoles et de drapeaux.
« Les cris de détresse, je les entends (….) La colère, je préfère qu’elle s’exprime à l’occasion de ce salon qu’à l’extérieur », et « c’est une demande très forte qui est exprimée », a-t-il ensuite réagi. Le président, accompagné du ministre du l’Agriculture Stéphane Le Foll, n’est pas allé au contact des manifestants mais il n’a pas interrompu pour autant sa visite entamée quelques minutes après 6h45. Avant même de sacrifier à la rituelle photo, la main sur la tête de la mascotte du salon, Cerise cette année, le dialogue s’était engagé sur les difficultés des filières. « Venir ici, alors que » les agriculteurs rencontrent « tant de difficultés et de douleurs », « c’est un beau geste patriotique » de leur part, a salué le président de la République. « Si je suis là aujourd’hui c’est pour montrer qu il y a une solidarité nationale », et « on va tout faire » pour aider l’agriculture, car « en défendant l’agriculture je défends toute la nation ».

Ces visites sont toujours « une fierté et faite de compliments », a expliqué François Hollande aux journalistes vers 7h10. « Mais ce n’est pas de compliments que les agriculteurs veulent vivre », a-t-il aussitôt précisé. Pour lui, abaisser les charges, supprimer les normes ne suffira pas, il faut aussi « des actions de réforme pour avoir des filières bien organisées, pour éviter que l’agriculteur soit toujours celui qui est dans l’étau ».

« La grande distribution doit comprendre qu’elle doit faire un effort de solidarité et qu’elle ne doit pas faire pression sur un certain nombre de producteurs, qui ont été traités dans des conditions qui ne sont pas acceptables », avait-il estimé une demi-heure plus tôt à son arrivée.

Avec l’effondrement généralisé des cours agricoles qui frappe en particulier les éleveurs, plus de 40 000 exploitations sont en situation d’extrême urgence, selon le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, de plus en plus mal aimé par le monde agricole.

Stéphane Le Foll, bousculé jusque dans son jardin et dont 53% des Français estiment qu’il est un mauvais ministre de l’Agriculture, selon notre sondage, et le chef du gouvernement Manuel Valls n’ont pas ménagé leurs efforts ces derniers jours pour calmer les esprits à l’approche de ce rendez-vous annuel, où s’exposent, dans une ambiance généralement joyeuse, les terroirs français et les filières de transformation. Même le commissaire européen, l’Irlandais Phil Hogan, est venu jeudi à la rescousse, assurer les agriculteurs français de sa détermination à trouver des solutions.