Destruction des mausolées de Tombouctou : Le djihadiste malien Ahmad al-Faqi condamné à neuf ans de prison

Ce verdict est une première. La Cour pénale internationale (CPI) a condamné mardi matin un djihadiste, Ahmad al-Faqi al-Madhi, a neufs années de prison pour la destruction de neufs mausolées de Tombouctou, ainsi que de la porte de la mosquée de Sidi Yahia, en 2012.

Le djihadiste était accusé d’avoir commis un crime de guerre, ces monuments, inscrits au patrimoine mondial de l’humanité, n’étant pas des objectifs militaires. Ils ont au contraire été détruits pour leur valeur morale et traditionnelle. Constitués d’une tombe recouverte de murs en terre, les mausolées abritent les dépouilles de personnalités importantes, les plus anciens remontant à plusieurs siècles et étaient devenus un lieu de pèlerinage important pour la population.

«Remords»

Une pratique insupportable pour la vision radicale et étriquée des djihadistes, qui ont contrôlé la partie nord du Mali avant l’intervention de la France en 2012. Ahmad al-Faqi al-Mahdi, membre d’Ansar Dine, groupe lié à al-Qaida, était alors chef de la brigade des mœurs. C’est lui qui a ordonné la destruction, fourni le matériel pour et parfois participé en personne à la sinistre entreprise. Mardi, «considérant notamment sa participation directe à de nombreux incidents et son rôle en tant que porte-parole pour les médias», les juges de la CPI ont estimé mardi que l’accusé était bien coupable, ainsi qu’il l’avait plaidé dès le début de son procès.

L’accusé avait demandé pardon, assurant être «plein de remords et de regrets», expliquant avoir été sous «l’emprise» des groupes djihadistes. Il avait lancé un «message à tous les musulmans du monde entier, qu’ils résistent à ce genre d’actions dont les conséquences n’ont pas de limites et pas de bénéfices». Ses avocats l’ont dépeint comme «un honnête homme», voulant «construire quelque chose de mieux» et s’étant à un moment «trompé». L’accusation avait pris en compte ces remords, mais à tout de même requis entre 9 et 11 ans de détention. Les juges ont donc choisi de lui infliger le bas de cette fourchette.

Ahmad al-Faqi al-Madhi n’était pas poursuivi pour les autres crimes commis par sa brigade religieuse. Cette dernière est accusée d’avoir commis des crimes contre l’humanité, notamment des tortures et des viols. Un choix que regrettent nombre d’associations de défense des droits de l’homme. Les mausolées ont eux été depuis reconstruits.