Deux ans d’opération Barkhane au Mali : quel bilan ?

L’opération Barkhane a été lancée au Sahel le 1er août 2014. Si, deux ans plus tard, l’armée française est parvenue à repousser les jihadistes dans le nord du pays, la population de la région déplore toujours une insécurité permanente.

Il y a deux ans jour pour jour, le 1er août 2014, l’armée française lançait l’opération Barkhane dans la région du Sahel. Aujourd’hui, 3 000 hommes sont mobilisés dans le but de poursuivre la lutte contre les groupes jihadistes, qui ont contrôlé le nord du Mali de mars-avril 2012 à janvier 2013.

Les jihadistes ont été chassés des principales villes du nord telles que Tombouctou et Gao, mais le manque de sécurité sur les routes et dans l’immense espace désertique au nord du pays empêche la reprise économique.

un commerçant du marché de Gao évoque sa difficulté à exercer sa profession: « Il n’y a pas de route, il n’y a pas de sécurité. On est traqués sur les routes, de gauche à droite. Même si j’ai envie d’avoir des marchandises de Mopti, de Bamako, j’ai des problèmes. Sans sécurité, il n’y a pas de développement. »

Les soldats de l’opération Barkhane, épaulés par les casques bleus de la mission des Nations unies au Mali (Minusma) et l’armée malienne, concentrent leurs efforts contre les groupes jihadistes du nord du pays. Mais, dans une zone où vivent plusieurs groupes touareg, l’insécurité vient également des affrontements entre eux.

Samedi 30 juillet, de nouveaux combats ont opposé, à une quarantaine de kilomètres à l’est de Kidal, des Touareg de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA, ex-rébellion à dominante touareg) et d’autres du Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia), un mouvement de la Plateforme (coalition pro-gouvernementale).

« Les problèmes de fond qui sont posés n’ont pas reçu le traitement qui convenait »

Preuve que la menace terroriste est toujours présente, le Mali a renouvelé l’application de l’état d’urgence le 21 juillet dernier. Instauré après l’attaque contre l’hôtel Radisson Blue de Bamako, le 20 novembre 2015, il avait expiré le 15 juillet.

Pour Roland Marchal, chargé de recherches au CNRS et spécialiste de l’Afrique subsaharienne, interrogé sur France 24, il ne faut pas se fier aux succès annoncés des opérations Serval et Barkhane qui lui a succédé.

« L’activité de ces groupes [jihadistes] perdure en dépit des annonces de victoires […] Ce qui se passe au Mali est très inquiétant. On voit comme un sursaut des groupes jihadistes, non plus sur les frontières, mais dans le centre et le sud du pays », assure-t-il.

Le chercheur reproche aux autorités françaises d’avoir concentré leurs efforts sur l’aspect militaire de l’intervention, négligeant par là de s’assurer de la reconstruction de l’État malien. « Les problèmes de fond qui sont posés et qui ne sont pas de nature militaire n’ont pas reçu le traitement qui convenait », résume Roland Marchal.

Crainte d’une arrivée de l’organisation État islamique

« Alors qu’on y a des détachements français présents à Tessalit (nord du Mali), les enseignants ne sont toujours pas de retour dans les écoles. Et Bamako vit très bien comme ça. Le gouvernement et le président font de beaux et grands discours mais la présence et la légitimité de l’État font toujours autant défaut », souligne-t-il.

Sur la base avancée française de N’Djamena, au Tchad, la préoccupation des militaires français et des autorités locales est tout autre. Laurent Larcher, envoyé spécial du journal La Croix au Tchad, raconteque le gouverneur de la région du Ouaddaï, le général Abadi Saïr Fadoul, craint l’arrivée de l’organisation État islamique (EI) : « Chassés de Syrte, en Libye, les islamistes vont déferler sur le sud. Ils vont se replier en direction du Mali, du Niger et du Tchad »

Roland Marchal relativise cette menace : « Pour l’instant, l’EI est autour de Syrte, sur la côte. C’est très loin du Mali […] Penser que l’EI, avec environ 6 000 combattants, soit capable demain de contrôler la Libye et de développer des liens avec d’autres groupes est un scénario qu’il faut regarder mais ce n’est pas le plus crédible aujourd’hui ».