Côte d’Ivoire : la défense de Simone Gbagbo rejette toute implication dans le meurtre de Guy-André Kieffer

La riposte était attendue. Mercredi 20 juillet, un ancien milicien pro-Gbagbo a accusé l’ancienne première dame ivoirienne d’avoir ordonné l’assassinat et la dissimulation du corps du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, porté disparu en 2004 à Abidjan.

Un témoignage « à charge et peu sérieux », dénonce Maître Ange Rodrigue Dadje, l’un des avocats de Simone Gbagbo, jugée par les assises d’Abidjan depuis le 31 mai pour « crime contre les prisonniers de guerre et crime contre l’humanité ».

« Des rumeurs »

« Moïse Metch a affirmé que ma cliente avait fait tuer Guy-André Kieffer et qu’elle avait ordonné l’incinération de son corps. Mais il précise ensuite qu’il n’en a pas été témoin oculaire : c’est de l’ordre de la rumeur, soyons sérieux ! », s’agace l’avocat. Avant de souligner que Simone Gabgbo, entendue à deux reprises en 2008 dans les procédures ivoirienne et française ouvertes après la disparition du journaliste n’avait jamais été inculpée, bien que l’enquête française se soit orientée vers des proches de l’ancienne première dame.

Des Ivoiriens regardent, le 15 avril 2010, une affiche montrant Guy-André Kieffer, disparu à Abidjan le 16 avril 2004. © Issouf Sanogo/AFP

« On m’accuse, on me salit (…). Que l’enquête concernant cette affaire aille à son terme ! » avait lancé Simone Gbagbo le 21 juin depuis le box des accusés de la cour d’assises.

Guy-André Kieffer a disparu le 16 avril 2004 sur un parking de la capitale économique ivoirienne alors qu’il avait rendez-vous avec Michel Legré, beau-frère de Simone Gbagbo. Au moment de sa disparition, le journaliste enquêtait sur des malversations financières liées à la filière du cacao. Douze ans plus tard, l’enquête patine et la vérité se fait toujours attendre.

L’affaire Yves Lambelin refait aussi surface

L’affaire Guy-André Kieffer n’est pas le seul dossier embarrassant à refaire surface à la cour d’assises, où l’audition des témoins à charge se poursuivait jeudi 21 juillet. L’assassinat de Yves Lambelin, ex-patron français du géant ivoirien Sifca, tué en 2011,a également refait surface : l’ancien milicien pro-Gbagbo Moïse Metch a assuré mardi avoir participé à l’enlèvement de l’industriel.

Des affirmations là encore remises en question par l’accusation. « Toutes les personnes en lien avec l’assassinat ont déjà été inculpées. Donc soit Moïse Metch ment, soit la justice ivoirienne n’est pas crédible dans cette affaire », lance Me Ange Rodrigue Dadje. Avant d’ajouter : « Si ce témoin était crédible, alors comment expliquer qu’il fasse ce genre de révélations sans être inculpé ? »