Afrique du Sud : petits meurtres entre camarades à l’ANC

Partisans de l’ANC à Port Elizabeth, le 23 juillet. Selon les sondages, la ville pourrait passer à l’opposition lors du prochain scrutin.

La campagne pour les élections municipales du 3 août a été émaillée de violences et de règlements de comptes qui mettent en lumière les dérives et les faiblesses de l’ANC, au pouvoir depuis la fin de l’apartheid.

À quoi pensait Bongani Skhosana dans la fraîcheur de la matinée du 18 juillet ? Était-ce parce qu’il craignait que ses enfants n’attrapent froid qu’il avait décidé de les accompagner à l’école en pick-up ? Il y a en tout cas peu de chances qu’il ait été sur ses gardes : à Harding, dans la campagne à mi-chemin entre Durban et les verdoyantes collines de Mthatha, où a grandi Nelson Mandela, la sécurité est rarement la préoccupation première.

Et puis la vie souriait à cet homme de 41 ans que le Congrès national africain (ANC) avait, quelques semaines plus tôt, désigné comme candidat pour un siège au conseil municipal.

Une hausse inquiétante des assassinats politiques

Lors des précédentes élections, le parti au pouvoir avait remporté plus de 60 % des suffrages dans cette localité. Ses chances d’être élu étaient très élevées. Mais, quel qu’il fut, le fil de ses pensées a été coupé net : Bongani Skhosana a été assassiné de deux balles dans la tête devant chez lui, sous les yeux de ses enfants. Plus tard, lors de cette journée noire, une autre candidate de l’ANC, Khanyisile Ngobese-Sibisi, a été assassinée dans la même province du KwaZulu-Natal.

Le phénomène des assassinats politiques n’est pas nouveau en Afrique du Sud, mais il a connu une recrudescence spectaculaire à l’approche des municipales du 3 août. Au moins 12 membres du parti ont été assassinés ces derniers mois.

Le plus souvent, ces crimes sont commis par des professionnels et commandités par des « camarades » – comme les militants de l’ANC continuent de s’appeler entre eux. Il s’agit fréquemment de leurs principaux rivaux. « On m’avait informé que la personne était un obstacle à mon élection au poste de conseiller municipal, a par exemple expliqué Sifiso Khumalo à ses juges lors d’une affaire similaire qui remonte à 2012. L’un de mes camarades a suggéré de le tuer, et j’ai donné mon accord. »

Dans les provinces déshéritées, faire carrière en politique est l’un des rares moyens de devenir riche. Il permet d’employer ses proches, mais aussi d’empocher des commissions aussi juteuses qu’illégales lors de l’attribution de contrats publics – et les éventuels litiges ne se règlent pas devant les tribunaux. D’autres fois, ce sont les lanceurs d’alerte qui sont visés. Plusieurs anciens cadres locaux de l’ANC, qui n’exerçaient plus de responsabilités, ont également été tués.