Affaire Dilma Roussef…Le système politique brésilien atteint ses limites

C’est un énième rebondissement que connaît le Brésil dans l’affaire de la procédure de destitution de la présidente Dilma Rousseff, puisque ce mardi soir le gouvernement a annoncé avoir saisi la Tribunal suprême fédéral pour en demander l’annulation. Pour l’instant, cette instance ne s’est pas prononcée. Ce qui laisse penser que la procédure va bien se poursuivre au Sénat, comme prévu initialement. Lundi déjà, dans un premier rebondissement, le président intérimaire de la Chambre des députés en avait annoncé la suspension. Waldir Maranhão est finalement revenu sur sa décision suite au tollé qu’elle a provoqué. Preuve de la confusion qui règne dans la capitale brésilienne, même la présidente Dilma Rousseff semblait prise de court.

« Le Brésil n’est pas pour les amateurs. » Cette célèbre phrase du musicien António Carlos Jobim résume parfaitement la complexité du système brésilien. Et cette complexité, suite aux rebondissements de ces dernières 24 heures, chacun en a désormais conscience. Même le plus émérite des politologues ne comprenait pas ce que pouvait entraîner la décision d’annuler le vote des députés prise par Waldir Maranhão.

La décision était fondée, selon lui, sur un recours déposé par l’ancien ministre de la Justice José Eduardo Cardozo, désormais avocat général au niveau fédéral du Brésil et donc représentant de Dilma Rousseff. Un recours basé sur le fait que la présidente n’avait pas eu l’occasion de se défendre avant la tenue du vote le 17 avril dernier, vote qui a permis de valider la procédure de destitution.

Le président intérimaire de la Chambre des députés, qui n’est en poste que depuis le 5 mai, a surpris tout le pays, toute la classe politique et même les marchés financiers qui se sont effondrés. Personne ne s’attendait à cette décision. Il faut préciser que ce fameux Waldir Maranhão remplace Eduardo Cunha, suspendu de ses fonctions pour entrave à la justice dans le dossier de corruption Petrobras. Eduardo Cunha est d’ailleurs lui aussi cité dans cette affaire. Son remplaçant n’est pas considéré comme une figure politique, bien au contraire. Et il est lui aussi cité dans le dossier Petrobras…

Pourquoi un nouveau revirement en moins de 24 heures ?

Les raisons n’ont pas été officiellement communiquées par Waldir Maranhão, mais tout porte à croire que son parti, le parti progressiste (PP) l’a menacé d’éviction s’il ne revenait pas sur sa décision. Il faut préciser que le PP faisait partie de la coalition au pouvoir avant cette affaire, que tout le parti a voté en faveur de cette procédure de destitution, à l’exception de Waldir Maranhão.

Ce revirement, quelques heures seulement après avoir annoncé l’annulation du vote, fait couler beaucoup d’encre au Brésil, mais il a au moins le mérite de clarifier la situation et de mettre fin à la confusion.

Les prochaines étapes de la procédure de destitution

Si le Tribunal suprême fédéral n’annule pas d’ici mercredi 11 mai cette procédure de destitution, le Sénat devrait normalement procéder à un vote, comme prévu initialement. Un vote à majorité simple qui doit autoriser ou non l’ouverture d’un procès en destitution de Dilma Rousseff pour maquillage des comptes publics.

En cas de vote en faveur de l’ouverture d’un procès, Dilma Rousseff serait suspendue de ses fonctions pendant une période pouvant aller jusqu’à 180 jours et c’est le vice-président Michel Temer qui assurerait l’intérim.

Enfin, à l’issue du procès, un second vote serait organisé, toujours Sénat, mais cette fois une majorité des deux tiers est nécessaire pour destituer ou non la présidente brésilienne.

Le système brésilien au bord de l’implosion

Cette affaire montre les limites du système brésilien. C’est en tout cas ce qu’estiment de nombreux politologues. Pour Alfredo Valladão, politologue brésilien et enseignant à Sciences Po (Paris), c’est la loi électorale, le système politique hérité de la Constitution adoptée en 1988 qui atteint ses limites. Selon lui, cette loi électorale favorise la fragmentation des partis.

A l’heure actuelle, il y a 35 partis politiques au Brésil, dont 25 sont représentés à la Chambre des députés. Conséquence : il est impossible de gouverner sans alliance. Le dernier gouvernement de Dilma Rousseff était par exemple formé par une coalition de 15 partis. Chacune de ces formations souhaite son portefeuille ministériel, son budget, ce qui favorise la corruption, selon Alfredo Valladão. Certains de ces « micros » partis n’ont même pas de programme. Leur but, comme le précise ce politologue, est de s’accaparer quelques avantages liés au pouvoir. Alfredo Valladão parle littéralement de « crash général du système politique brésilien » et c’est bien ce à quoi le monde entier est en train d’assister.