200 millions de femmes vivant avec une mutilation génitale vivent dans 30 pays

Le 15 août dernier, une ONG russe publiait une large étude sur la mutilation génitale des femmes dans la République du Daghestan, suscitant polémique et débat dans l’opinion publique russe. A la suite de cette publication, les propos d’un important mufti du Caucase du Nord, appelant à exciser toutes les femmes, provoquaient un tollé.

Les données inédites publiées par l’ONG « Initiative Justice » sont inquiétantes. Plusieurs dizaines de milliers de femmes auraient subi une excision dans cette petite république du Caucase depuis les années 1970. Si les entretiens menés par l’ONG avec la population du Daghestan montrent que l’excision est perçue comme une exigence de la religion musulmane (nécessaire pour « qu’une jeune fille devienne une bonne musulmane, » afin de prévenir « des pratiques immorales »), l’étude montre aussi que cette pratique serait avant tout une tradition ethnique, qui précède parfois l’avènement de l’islam dans certaines régions du pays.

Lever l’omerta

C’est la première fois que des données quantitatives sur ces mutilations sont publiées dans le pays. Interrogée par l’hebdomadaire américain Newsweek, Vanessa Kogan, directrice exécutive de l’ONG, explique « qu’une grande partie de la société (russe) n’est toujours pas prête à admettre l’existence de ce problème » et que cette étude a par ailleurs « choqué »

une population qui n’avait « absolument aucune idée qu’elle (l’excision) était pratiquée dans la Russie moderne. »

L’excision, qui consiste en une ablation partielle ou totale de l’appareil génital féminin à des fins non-médicales, tend à être perçue comme une pratique traditionnelle barbare qui concernerait principalement l’Afrique. Or, les derniers chiffres publiés sont stupéfiants. A travers plusieurs études parues durant l’année, l’UNICEF estime qu’aujourd’hui, dans le monde, plus de 200 millions de femmes et jeunes filles dans 30 pays ont subi une mutilation génitale. Sur ces 200 millions, plus de la moitié vivent dans 3 pays seulement, l’Indonésie, l’Egypte et l’Ethiopie, et 44 millions ont moins de 15 ans.

Le nombre de femmes mutilées augmente

Plus inquiétant encore, les données de 2016 montrent une augmentation de 70 millions de femmes mutilées comparé à 2014. Selon le rapport onusien, cette augmentation est dûe à la croissance démographique dans certains pays mais surtout à la prise en compte des données indonésiennes, publiées pour la première fois par le gouvernement local. Une publication perçue comme un premier pas vers la lutte contre l’excision dans le pays selon l’UNICEF.

Si certaines communautés abandonnent peu à peu l’excision, l’agence onusienne estime que les progrès consentis ne sont pas assez importants et que le nombre de femmes soumises à des mutilations génitales augmentera de manière significative durant les quinze prochaines