La république des saltimbanques

Quand l’ignorance prend le pouvoir, quand la folie s’empare du courage et inhibe les sages, quand l’insolence de l’ignorance prend les allures de l’engagement, quand dans un pays civilisé les passions noient la saine raison, on ne peut avoir qu’une démocratie de saltimbanque. Quand les gouvernants se rabaissent au rang de simples fretins par l’extrême pauvreté de leur discours et le manque de noblesse de leur position politique, la cité est en danger. Quand on ne peut plus délibérer sérieusement sur les enjeux économiques et politiques à cause d’un bavardage entretenu par les gouvernants, c’est la genèse de l’asthénie démocratique. Quand tout un gouvernement n’a plus d’autre ressort pour agir et pour exister que la délation, l’invective et l’insulte, les débats politiques répugnent aux gens raisonnables. Quand des gouvernants descendent si bas qu’ils se permettent, selon l’expression de Rousseau, de faire « passer faussement sous le nom de lois des décrets iniques qui n’ont pour but que l’intérêt particulier », la république devient une clique de violeurs de conscience, de la bienséance et de la mesure. On ne s’adresse plus alors à ses adversaires que sous le ton de la menace et de la condamnation expéditive. Pourquoi devrions-nous élire des gouvernants qui, au lieu de nous élever vers la sagesse, nous balisent les chemins de l’excès et de l’impudicité ? Comment un homme d’État peut-il faire preuve de légèreté au point de faire sien le discours du dernier des pyromanes ? Le problème de certains gouvernants c’est que leur médiocrité ne permet pas de penser sur des questions qui dépassent les contingences personnelles : la seule alternative qui s’offre à eux est de verser dans la virulence et l’agitation sans raison. L’une des caractéristiques de l’ignorance c’est l’insolence et l’agressivité : ne pouvant argumenter pour convaincre, l’ignorant cherche à blesser. La sobriété n’est pas seulement l’opposé de l’ivresse : c’est une qualité intellectuelle qui consiste à s’occuper de l’essentiel sans jamais verser dans les détails. C’est ce qui fait que les gens qui ont des ressorts psychologiques trop fragiles pour face à la rigueur de l’existence trouvent dans l’ivresse la voie royale de leur expression et de leur épanouissement. La folie c’est d’abord la démesure dans laquelle pousse l’absence de retenue et de scrupule « dof xelam dou teey » disent les wolofs. L’adversité politique doit avoir des limites et on doit du respect même à ses ennemis, ne serait-ce que par respect pour leur HUMANITE, car comme le dit encore le wolof « bo guissé tann mou yapp sa noon dakkh ko sa yapp lay lekk » !

Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès

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  1. Dans tous les pays du Tiers Monde où l’Occident a eu un besoin inhumain d’exploiter les potentialités d’un pays, la guerre civile et l’adversité haineuse ont été des outils essentiels qu’il a fallu que l’Occident implante coûte que coûte pour réussir. Et ici, la mayonnaise est entrain d’être battue depuis 2012.

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