Tahibou Ndiaye est foutu…L’Etat du Sénégal lui réclame 3 milliards…

Dans leurs plaidoiries, les avocats de l’Etat ont hier unanimement fustigé la conduite de Tahibou Ndiaye. L’ancien directeur du Cadastre est, selon eux, coupable d’enrichissement illicite et doit pour cela payer à la faveur du préjudice engendré. L’Etat qui s’est constitué partie civile, demande 3 milliards de FCfa ainsi que la confiscation des biens des prévenus pour réparation du préjudice subi.
Les plaidoiries du procès de l’exdirecteur du Cadastre Tahibou Ndiaye ont débuté hier. Pour l’heure, seul l’agent judicaire de l’Etat et les avocats de la défense ont fait leur plaidoirie. Celles des procureurs spéciaux auprès de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) et des avocats de la défense sont attendues aujourd’hui.
Hier Mafal Fall, représentant de l’Agent judicaire de l’Etat, n’a pas trop voulu s’appesantir, dans sa plaidoirie, sur l’aspect moral du préjudice subi par l’Etat du Sénégal. Il dit en laisser la faveur aux avocats de la partie civile. Il s’est toutefois, avec éloquence, appesanti sur la constitution du délit d’enrichissement illicite. Il est, selon lui, très simple à établir.
Mafal Fall s’étonne qu’on veuille dès lors le complexifier à travers des connexions ténues. Ces obstacles que l’on pose sciemment contre la manifestation de la vérité, a-t-il dit.
« Tahibou Ndiaye est un fonctionnaire, il devait donc pour cela faire preuve de traçabilité dans sa gestion. Or, M. Ndiaye a une fortune colossale qui va au-delà de ses avoirs licites réunis », s’est-il offusqué. « Mon patrimoine ne se limite qu’à un milliard et quelques, a dit sans scrupules Tahibou Ndiaye », rappelle Mafal Fall.
Les dommages subis par l’Etat du Sénégal méritent dès lors d’être rappelés. Ce qui fait la crédibilité de l’Etat se retrouve dans la probité, la droiture, l’objectivité et la transparence de ses agents. M. Ndiaye a eu la confiance de l’Etat par le truchement de ses supérieurs, 30 années après service rendu, il est poursuivi pour enrichissement illicite. Cela est à proprement dire inquiétant, a souligné l’Agent judicaire de l’Etat.
Selon M. Fall, à travers la personne de Tahibou Ndiaye, le citoyen ne voyait pas un individu, mais plutôt l’Etat qui signe, qui donne. « Ses amis étaient précieusement choisis parce qu’il y avait en jeu des privilèges synallagmatiques. C’est un soubassement d’enrichissement pour lequel il est poursuivi. Ces terres dont on parle appartiennent toutes à l’Etat. Ils les ont tout simplement confisquées en leur faveur », a condamné Mafal Fall.
Me Bassirrou Ngom, avocat de l’Etat du Sénégal a, à la suite de l’agent judicaire de l’Etat, condamné l’attitude du prévenu. « Il a utilisé sa position stratégique pour faire des forfaits. Il a mis en avant l’influence des intérêts personnels dans la gestion des affaires publiques », a-t-il dit, faisant référence à Tahibou Ndiaye.
Me Aly Fall, également avocat de l’Etat, a affiché dans sa plaidoirie une posture faite de simplicité. « Le délit d’enrichissement illicite est constitué sur la simple base qu’un citoyen mène un train de vie qui est au-dessus de ses revenus. La question est alors toute simple : combien il devait recevoir durant sa carrière et combien est aujourd’hui estimée sa fortune personnelle ? » a-t-il dit.
Le prévenu a utilisé
sa position pour s’enrichir
En ce qui concerne les 821 millions de FCfa cantonnés aux revenus de Tahibou Ndiaye, les moyens apportés par la défense pour justifier la licéité des revenus sont insuffisants, relève Me Aly Fall. Manifestement, selon la robe noire, c’est une tentative de justification de ses revenus, mais qui n’a pas servi à grand-chose.
« Il est inadmissible qu’un fonctionnaire vienne affirmer que telle personne m’a offerte 100 millions, telle autre 50 millions. Cela relève tout simplement de la corruption. C’est inacceptable », a-t-il dit. Fort de ses observations, l’avocat demande de considérer le délit d’enrichissement illicite et d’appliquer la sanction qui va avec. Il avance également le délit de complicité pour les enfants et l’épouse du prévenu.
D’autant plus que ces individus agissaient en connaissance de cause, a-t-il dit. Me Moustapha Mbaye, avocat de l’Etat, est d’avis qu’au vu des baux dont disposent les personnes qui auraient fait cadeaux en argent à la famille de Tahibou Ndiaye, il ressort qu’ils ont été cédés moyennant des sommes versées à l’ancien directeur du cadastre.
Sur un autre registre, certaines maisons acquises, dit-on, par des tierces, l’avocat est persuadé que toutes ces villas reviennent à la famille Ndiaye. Car, souligne-t-il, aucun des témoins qui sont passés devant la barre ne maîtrise ni les tenants, ni les aboutissants de l’acquisition de ces terrains, a-t-il dit.
Il relève en outre que cela est d’ordre suspicieux et amène à croire que ces baux appartiennent bel et bien à Tahibou Ndiaye. « Nous avons un fonctionnaire dépourvu de toute morale et de déontologie. Il a jeté à la vendetta publique femmes et enfants. C’est une bande de coquins et de faquins, prédateurs, qui ont profité de leur posture pour se partager les baux de l’Etat sénégalais. Cela est la conséquence de la montée du prix du loyer et des immobiliers », a tranché Me Mbaye.
Selon Me Samba Bitèye, avocat de l’Etat, les faits sont constants. L’avocat est persuadé que si la Cour se base sur l’article 163-10 du Code pénal relatif à l’enrichissement illicite, « le délit d’enrichissement illicite est établi dès lors qu’une personne est dans l’incapacité de justifier son train de vie par rapport à ses revenus légaux ».
Or, selon l’avocat, les revenus légaux cumulés de Tahibou Ndiaye devraient s’élever en tout à pas plus de 300 millions de FCfa. Sur le schéma des contenus du dossier, les faits qui attestent de l’enrichissement illicite de Tahibou Ndiaye sont suffisamment démontrés, ajoute-t-il. Me Bitèye invite la Cour à appliquer la loi dans toute sa rigueur.