Meurtre au sommet de l’Etat…L’Exception démocratique Sénégalaise a été humiliée et tuée…

Messieurs Moustapha Niasse, Modou Diagne Fada et Macky Sall, l’histoire de ce pays retiendra qu’en ce mois d’octobre de l’an deux mille quinze, vous avez été les assassins de l’Exception Démocratique Sénégalaise.
Les péripéties observées lors des renouvellements des groupes parlementaires et du bureau de l’assemblée nationale du Sénégal doivent être la honte de tout démocrate de notre pays et, ce silence assourdissant de notre société civile et des médias, est un signe révélateur de l’environnement nauséabond qui sévit au Sénégal depuis quelques années ou du moins…3 ans.
Pourtant l’élection du président Macky Sall en mars 2012 sonnait comme un renouveau de la respiration politique du Sénégal, exit les dinosaures du PDS, PS, AFP. Et place à une nouvelle génération née après l’indépendance, mieux outillée pour parler à la majorité de ce pays qui sont les jeunes qu’ils soient femmes ou hommes.
L’Exception démocratique sénégalaise
En effet, quoique que l’on puisse les critiquer sur leur bilan de gestion des affaires publiques, les trois chefs de l’Etat du Sénégal de 1960 à 2012 ont su préserver l’exception démocratique du pays de notre nation, la préservant des vicissitudes des affrontements tribales, ethniques, religieux et autres coups d’États militaire qui ont jalonnés l’histoire d’une grande majorité de pays de notre sous-région ouest africaine pour ne pas parler du continent.
Malgré toutes leurs différences d’approche et de compréhension quant à la gestion des affaires publiques, feu Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade ont su passer le flambeau de manière pacifique sous le regard du monde entier.
Ces trois premiers présidents ont su comprendre, dompter et adapter la force du système démocratique sénégalais en l’ajustant à ses tensions et aux revendications internes.
Senghor a su construire, après s’être attelé avec les contemporains, une nation sénégalaise unie en libérant par exemple feu le président Mamadou Dia et coaccusés du « coup d’état » de 1962 et passer le flambeau au président Abdou Diouf le 31 décembre1980.
Ce dernier en bon administrateur civil s’est échiné à administrer malgré les très fortes turbulences entre 1988 et 1997. En effet, Abdou Diouf a su toujours garder des canaux de discussions avec l’opposition tout au long de son magistère, ce qui a même abouti à plusieurs reprises à une politique d’ouverture sans transhumance jusqu’à ce qu’il cède le pouvoir en 2000, battu par son éternel rival qui fût aussi son ministre d’état.
Abdoulaye Wade a su gérer une transition pacifique entre le PS et le PDS sans attiser outre mesure des haines qui auraient pu mettre le feu dans le pays eu égards aux arrestations et emprisonnements intempestives d’opposants ayant quand même marqué les quarante années du règne socialiste aux destinées du Sénégal.
L’un des premiers actes du nouveau président élu en 2000 a été de se rendre auprès de la maman de son prédécesseur à Louga afin de recueillir des prières et de déclarer par la suite qu’il accordait une amnistie totale à celui-ci ainsi qu’à sa famille, sachant en bon juriste qu’il n’en avait ni le droit ni le pouvoir mais cela avait contribué à apaiser les velléités de vengeance de certains.
L’apothéose de cette bonne disposition affichée vis-à-vis de celui qui l’avait embastillé seulement quatre années auparavant, fût de lui mettre à disposition l’avion de commandement « La Pointe de Sangomar » lui demandant de le représenter au sommet Afrique-Europe au Caire, permettant ainsi à Abdou Diouf de faire ses adieux à ses anciens pairs sous les ors de la république.
Le nouveau président élu malgré l’épisode des « audits » qui durèrent le temps d’une rose a pu ainsi consacrer de 2000 à 2012, le plus gros de son énergie au service de ses projets de développement du pays.
Quoique l’on puisse reprocher à son bilan à la fin de son mandat, toute personne de bonne foi reconnaîtra aisément qu’il aura radicalement changé le visage du Sénégal et de sa capitale notamment à travers ses grands chantiers et infrastructures, une première depuis le départ du colon français.
L’Exception souillée
En 2012 Abdoulaye Wade céda le pouvoir de manière tout aussi honorable que son prédécesseur en reconnaissant très tôt la victoire de son adversaire permettant une nouvelle fois, une transition tranquille et ce, malgré les manifestations émaillées de violences organisées par des opposants qui auraient pu faire l’économie de cela en acceptant la décision du conseil constitutionnel qui proclamera pourtant sa victoire officielle.
Cette période de janvier à mars 2012 aura ainsi été le début de la descente aux enfers de l’exception démocratique sénégalaise qui verra Macky Sall devenir président de la république avec quand même son lot de morts.
Le premier signe venant des médias et de certains politiciens encagoulés de la société civile qui pour se dédouaner, accusèrent les forces de l’ordre et le ministre de l’intérieur sortant d’être responsables de ces victimes politiques.
En effets sans préjuger de l’instruction en cours, la question de bon sens à se poser est qui a envoyé des personnes s’attaquer avec des armes blanches (coupes-coupes et autres) à des brigades de gendarmeries ?
Qui a incité des jeunes à l’affrontement dont la première victime fût un policier ? Ce meurtre de sang froid d’un représentant de l’ordre est souvent passé sous silence par ceux qui ont excité et appelé à la sédition dans un pays où les institutions fonctionnaient…
Qui le dès le 1er juillet 2011 a fait de la surenchère verbale en parlant de je cite : « recrutement par le régime d’Abdoulaye Wade de mercenaires aux mains tâchées de sang venus de Côte d’Ivoire », créant même un malaise au nouveau gouvernement ivoirien dont le porte-parole, monsieur Bruno Koné avait dû faire un démenti par communiqué en affirmant : « Nous protestons vivement contre ce type d’accusation, nous savons le prix que ça coûte d’avoir des mercenaires sur son territoire et s’il y avait le moindre indice, la réaction du gouvernement serait très ferme» ?
Toutes ces choses démontrent que celui qui a été élu par les sénégalais en mars 2012 et conforté avec sa coalition aux législatives est un assassin de la démocratie.
La transition entre Abdoulaye Wade et Macky Sall n’a pu se faire de manière apaisé car en lieu et place d’audits régulières et normales donc une reddition des comptes en bonne et due forme, c’est une chasse à l’homme et un règlement de comptes personnels et politiques qui est en cours au Sénégal depuis bientôt 3 ans sous notre regard coupable et complice.
La dérive
Je pense donc qu’il est important de rappeler au président Macky Sall et à sa coalition que dans une démocratie apaisée, si les ajustements politiques se font correctement, les tensions s’atténuent et les adversaires du régime perdent toute motivation autre que la conquête régulière du pouvoir.
Par contre si un régime qui se veut démocratique consacre toute son énergie à tenter de détruire son opposition donc à se battre contre un contre un ennemi interne, c’est du temps qu’il ne consacrera pas à répondre aux attentes du peuple, et l’absence de dialogue n’est qu’un refus de prendre en compte des revendications fondamentales d’une partie importante de la population.
Permettre à une opposition forte d’exister c’est renforcer le jeu démocratique et perpétuer les alternances pacifiques. Macky Sall a tendance à étouffer l’opposition et la radicaliser On se rappelle tous que c’est lorsqu’il était premier ministre et numéro 2 du PDS que le pouvoir de Wade avait totalement rompu avec son opposition d’alors constitué principalement de ces partenaires d’aujourd’hui que sont Moustapha Niasse et Ousmane Tanor Dieng.
Dans la même lancée, il est important de rappeler aux médias sénégalais dont une grande majorité est aujourd’hui dénommée « Presse du palais » eu égard à leur traitement partisan, qu’une démocratie efficace requiert une liberté totale d’opinion mais surtout une neutralité absolue des acteurs de l’information car celle-ci doit être traité avec équité afin de permettre un dialogue et une compréhension entre antagonismes et ainsi contribuer à l’inévitable rapprochement des points de vues qu’induit l’échanges des opinions contraires en république.
Cette neutralité des médias ainsi que la liberté d’expression est le meilleur moyen de fournir aux dirigeants l’information indispensable à la prise de décisions collectives optimales pour le peuple.
L’organisation de débats libres sur la vie de la société sénégalaise comme cela se faisait sous le régime sortant de 2000 à 2012 est un élément non négligeable de cohésion sociale qui fait défaut depuis quelques temps au Sénégal où certaines émissions comme « Jakaarlo » sont devenues des facteurs de division à l’instar du jadis « Radio Mille collines » au Rwanda.
Le système de propagande qui a lieu aujourd’hui au Sénégal permettra pour un temps à ceux qui monopolisent le pouvoir à leur profit de cacher la vérité et de manipuler le peuple mais tôt ou tard, la vérité finit par filtrer et à reprendre le dessus et à ce moment le réveil risque d’être très brutal pour ses acteurs.

L’Affrontement

Ce qui s’est passé ces derniers jours à l’assemblée nationale du Sénégal est un acte ahurissant pour reprendre le mot de Dethié Fall, vice-président de Rewmi. Maître El Hadj Diouf, pourtant député du camp présidentiel, va plus loin en déclarant que Moustapha Niasse devrait être envoyé en prison « pour avoir statué à la place du bureau de l’assemblée sur la constitution du groupe parlementaire des libéraux ».
Et l’ancien président du groupe parlement de la coalition Sopi lors de la précédente législature d’appeler ses camarades de l’opposition à une résistance par le verbe. Le mot n’est pas encore lâché mais à force de radicaliser son adversaire, ne finit-on pas par le transformer en ennemi mortel ?
Le « fils » Macky Sall, voulant tuer le « père » Abdoulaye Wade, a assassiné l’exception démocratique sénégalaise en se faisant aider du « petit fils » Modou Diagne Fada mais surtout de l’ennemi mortel de ce dernier Moustapha Niasse.
Ce dernier coup antidémocratique donné au PDS risque assurément de le radicaliser et de déboucher sur un affrontement mortel entre ennemis. Le combats de rue étant la seule alternative que le régime actuel propose à son opposition en ayant mis sous coupe réglé toutes les libertés et droits de celle-ci à travers une manipulation flagrante de la justice.
La gestion brutale du pouvoir de Macky Sall et de sa coalition depuis 2012 finira obligatoirement par une révolte de personnes n’ayant plus rien à perdre et sera source d’un gaspillage et d’une destruction de ressources, ne serait-ce que pour maintenir l’ordre.
Le Sénégal aura beaucoup de mal à se relever du déséquilibre ainsi créé de notre système démocratique rendu vulnérable par un clan et surtout son chef sur lequel le pays avait fondé tant d’espoir aussi bien sur le plan interne qu’externe.
Désormais il faudra s’attendre et ne s’étonner d’aucunes réactions exagérées voire violentes que pourrait avoir l’opposition sénégalaise car elle aura été allégrement poussée. Un affrontement inévitable…
Viyé Ismaël Sagar pour xibaaru.com