L’Etat abandonne un village de lépreux : sans abris, sans eau et sans électricité (photos)

Un reportage qui a ému l’envoyé spécial de Xibaaru dans ce village de Lépreux. Un village dans le lointain, un village dans la forêt. Abandonné par les autorités et marginalisé par les riverains, les lépreux du village de Teubi attendent…la mort dans la solitude. Mais dans leur lente agonie, ils appellent à l’aide : « Macky, Marième, aidez-nous, nous sommes aussi des citoyens ». Xibaaru vous fait découvrir à travers ces lignes, les souffrances de ceux qui n’ont pas de doigts pour puiser de l’eau, pas d’orteils pour porter des chaussures et sans aucune dignité puisque considérés comme des sous-Sénégalais. Reportage de Mamadou Lamine Badiane à Bignona pour xibaaru.com

Teubi est une localité située à 6 km de Bignona sur l’axe Bignona Ziguinchor. C’est là qu’on a implanté un village de reclassement social destiné aux malades de la lèpre. Ce village a été créé depuis 1946 avec la colonisation. Avant la création de ce village, les personnes qui souffraient de cette maladie étaient soumises à l’isolement loin des maisons où habitent les personnes bien portantes jusqu’à leur mort. Les gens craignaient d’être contaminés. C’est pour cette raison que le colonisateur a imaginé ces villages qui accueillaient les malades afin d’y poursuivre leur traitement. xibaaru.com s’est rendu sur les lieux.

Ce village de reclassement social de Teubi, compte à ce jours plusieurs familles venues de diverses localités et regroupe pratiquement toutes les ethnies et la plupart des malades qui y vivent sont guéris de la lèpre mais après avoir perdu pour la plupart, leur validité. Certains ont perdu leurs membres ou une partie des membres.

Aujourd’hui ses habitants se sentent abandonnés à leur propre sort
L’aide venant de l’état est très insignifiant par rapport au besoin. Certains partenaires comme l’ONG DAW ont ralenti leur aide et voire s’ils n’ont pas tout simplement arrêté. Il y a des bonnes volontés qui réagissent de temps en temps. Il arrive des moments où les habitants ne trouvent pas de quoi manger et ils n’ont pas de terre pour cultiver avec l’aide de leurs enfants valides.

Les habitations

Ici il n’y a que de petites maisons de 4m sur 3 où toute la famille se couche ; papa, maman et enfants (quel que soit leur âge). Une situation que déplorent les habitants. Sensibilisé après un long moment, l’état du Sénégal a alors décidé de construire des maisons plus adaptées. C’est ainsi qu’en 2010, le gouvernement du Sénégal, à travers l’action social, a construit 3 maisons sans les terminer. Mais la DAW avait déjà réalisé deux dont  celle du chef du village. Depuis lors rien n’est fait jusqu’au changement de régime en 2012. Il y a eu rupture du chantier, c’est en fin 2013 que le gouvernement a décidé de poursuivre la construction mais n’a rien a été fait de plus que la finition des 3 maisons inachevées. Les autorités ont promis de poursuivre mais les habitants n’y croient pas à causes des nombreuses promesses non tenues.
Les populations de ce village vivent dans des conditions difficiles ; elles n’arrivent même pas à payer la scolarité de leurs enfants. Elles tentent de s’activer dans l’élevage mais sachant que c’est un village d’invalides, les voleurs ne laissent aucune bête trainer même les bœufs de la charrette collective du village qu’ils utilisent pour l’agriculture ont été volés cette année.

L’eau

Le village est aussi confronté à un problème d’eau, la seule source disponible reste le puits d’une profondeur de 25 m. Imaginez une personne qui a perdu ses doigts en train de puiser de l’eau comme cette vieille que nous avons trouvé en action (photo). Un spectacle désolant dans un pays où on est capable de dépenser des centaines de millions pour un anniversaire.

L’électricité

Une autre souffrance des habitants de Teubi-campement (comme on l’appelle ici) c’est le manque d’électricité, les populations souffrent surtout pendant l’hivernage où les gens dorment avec les serpents dans les chambres. Et pourtant, les autorités ont mis du courant jusque dans la localité qui abrite ce village distant de seulement moins d’un kilomètre. La haute tension a traversé ce village
de reclassement situé au bord de la route nationale 4. C’est la raison pour laquelle les habitants pensent qu’ils ne comptent pas pour l’état. « L’état n’a pas pitié de nous » a laissé entendre Baba Sané le chef de village « et pourtant comme tous les citoyens, nous votons » a-t-il ajouté. Pour eux, l’état doit penser d’abord aux malades. Mais ils ne voient les politiciens que pendant les campagnes électorales quand ils viennent leur faire les promesses les plus folles du monde et ne reviennent jamais après les élections. Ils accusent les politiciens locaux de « menteurs ». Et pourtant, Ils ne veulent plus se déplacer dans les villages environnants, malgré la honte qui les gagne, en allant se présenter devant les personnes bien portantes pour accomplir leur devoir civique. Mais pour les élections à venir, ils exigent un bureau de vote sur place sinon ils ne voteront pas.

A Monsieur le Président de la République et à la première Dame

Ils lancent un appel pour une meilleure considération à leur égard. Ils leur demandent de l’électricité, de l’eau, une prise en charge sociale et médicale, l’achèvement des maisons en construction et la poursuite des travaux car ils souffrent pendant l’hivernage quand il pleut, ça suinte de partout.

Mamadou Lamine Badiane/
Bignona.xibaaru.com