Les vérités de Thierno Lô à Macky Sall…Sur le PSE, le secteur privé et l’administration (Interview part 2)

Dans l’entretien qu’il a accordé à xibaaru, Thierno Lo a également livré son analyse sur la situation économique du pays. L’apport du secteur privé, le phénomène du terrorisme, n’ont pas été occulté dans l’interview. Estimant que « Macky Sall doit élaguer  tout ce qui tourne autour de lui pour lui trouver des ennemies », M Lo a indiqué que « Les  caricatures et le buzz n’aident  pas le Sénégal». Aussi a-t-il ajouté, dans l’interview : « Il est inadmissible, que dans un pays comme le nôtre que des  fruits pourrissent et qu’on importe des  jus des fruits, et qu’on importe de quoi à  manger »

Xibaaru Vous avez évolué dans le secteur privé, comment vous voyez l’apport de ce secteur à l’économie Sénégalais ?

Thierno LÔ : Je suis un pur produit du secteur privé. J’ai  fait 23 ans  dans  le secteur privé.  Je crois que des gens comme  moi sont utile  dans un pays en développement. Parce que, la parole ne construit pas un pays, bien que ça soit un élément de communication, il élément de partage du savoir, il faut bien parler, il  faut agir. Moi, au-delà de la parole j’ai agi. Parce que   les plus grand chantier de  ce pays porte mon empreinte. Si vous avez quelqu’un qui est dans son  pays, qui sait faire des bâtiments tels, la société générale,  la Bicis,  la  présidence de la République, toutes les  installations de la Sonatel à travers le Sénégal, depuis Alcatel quand on faisait la fibre optique  portent mon empreinte dans  la réalisation des lots techniques tels que la  plomberie l’électricité, la climatisation et les ascenseurs. Et ça, je l’ai géré  en tant que bureau d’étude, réalisation et maintenance. Nous faisons des études, des réalisations et après nous signons des contrats de maintenance. Nous avons des véhicules pour faire toutes les installations des banques à l’intérieur du Sénégal. Il faut un moment où j’avais toutes les   installations  de la Sonatel depuis  télé-Sénégal.  Les grandes entreprises que sont Cse Fougérol, Jean Lefevre,  j’ai toujours était  leurs sous-traitants. J’ai  laissé des empreintes au niveau de ce secteur privé pendant 23 ans. La multinationale dans laquelle, j’étais directeur des services technique et commerciaux était une  multinationale qui a fabriqué ce qu’on appelle,  une espèce de bourgeoisie nationale. Cela  veut dire,  les Bocar Samba Dièye, les Dame Mansour les chefferies de Diprome aujourd’hui étaient des  vendeurs de fer à béton. Nous amenions des bateaux de fer à bétons, de carrelage  et tout ce qui se rapporte au bâtiment et  leur faisons des crédits de 90 à 120 jours sans. Ils allaient vendre, venaient payer et ils  repartaient. Donc, nous avons aidé ces gens-là à être une bourgeoisie nationale. C’est nous qui  l’avions créé parce que nous étions les jeunes cadres de la structure, nous avions la possibilité de faire du crédit à qui  on veut, il  n’y avait pas de garanti, il  n’y avait rien. Nous avons aidé les gens à faire ce qu’ils sont aujourd’hui

Xibaaru : Est-ce que actuellement le secteur privé offre ces opportunités ?

Thierno LÔ : Je vous ai dit pourquoi je crois au secteur, parce que j’y étais, j’ai fait ce que  je devais faire après maintenant. J’ai repris une société de la  filiale dans  laquelle j’étais pour employer des Sénégalais, pour travailler dans  le domaine que  je vous dis. Et je suis convaincu qu’aucun pays ne peut se développer sans un secteur privé fort. Parce que le secteur privé sédentarise les capitaux,  l’argent. Le secteur privé importe  des devises et ne les exporte pas. Si nous voulons que l’argent circule, il faut redynamiser notre secteur  privé. Il faut aider les Pme-Pmi pour en leur donnant des ressources nécessaires, des marchés pour que ses structures puissent employer des jeunes. Donc, il faudrait, le secteur soit fort pour que  nous puissions aller vers l’émergence. Mais  il y a des préalables….

Xibaaru : Lesquels par exemple ?

 « Allez vers la condition de l’émergence, c’est une politique de qualité de normes qu’il faut respecter »

Thierno LÔ : Le secteur privé Sénégalais doit être organisé. Le secteur privé Sénégalais doit être combatif. Et ça, pour qu’on puisse le faire, il faudrait que  les  grands patrons d’industries soient au-devant de la  locomotive pour porter les grands projets de l’Etat. Il faudrait que les décideurs politiques Sénégalais puissent sérier dans le dispositif dans ce qu’on appelle le secteur pour identifier les éléments qui sont capables de porter de grand projets parce que, ayant la confiance des banques, ayant de grosse industries pour qu’on puisse se baser sur ces personnes-là, pour que ces derniers puissent  porter les grands  projets de l’Etat  et après faire de la sous-traitance pour aider les petites structures que  les gens gèrent pour prendre en charge les chantiers du président de la République. C’est pourquoi, j’ai demandé au président de la République de diversifier les gens qui l’accompagnent lors de ses voyages. Parce que quand on tape votre nom dans les  moteurs de recherche  on sait qui vous êtes et quelle entreprise est derrière vous. Et c’est ça qui crée une image et qui donne confiance  pour que  les investisseurs  puissent s’appuyer sur un secteur  privé local pour de l’investissement. Mais là, il y a de l’ordre à faire. Il faut donner un sens aux différentes fédérations  qui  portent  le secteur privé. Que cela ne soit la gestion d’intérêt particulier mais l’intérêt général. Il faudrait que tout le monde se retrouve. Que les chambres de commerce sachent jouer leurs rôles. Que ceux qui dirigent ces chambres ne les utilisent pas pour faire leurs  propres business. Il faut qu’il  ait une vision  globale large des chambres de commerce, de fédérations de patronat, pour que  ces structures-là soient organisées de façon dynamique pour prendre en charge les problèmes auxquels le pays est confronté. Il faut aussi que l’administration publique soit une administration de qualité qui travaille en complicité avec le secteur privé en terme d’incitation, en terme de réforme pour faire de sorte que le secteur privé soit  beaucoup   plus motivé, beaucoup plus rentable, pour d’une part, leur assurer à eu des entrées financières qui vont permettre aux services publics d’augmenter leurs salaires, de les mettre dans des conditions où les dessous de table, la corruption puisse disparaitre. Parce que le fonctionnaire du secteur public, il est comme celui de Singapour, il a bon niveau de salaire, parce qu’il a fait de sorte que son secteur privé soit un secteur dynamique qui  paie plus d’impôts, plus de tva, et qui  renfloue les caisses de l’Etat pour que le fonctionnaire puisse être payé. En ce moment-là, le fonctionnaire peut quitter la fonction publique  pour aller dans  le secteur privé, celui du secteur privé peut aussi quitter son secteur pour aller dans la fonction publique. Parce que la complicité a créé les possibilités de créer de bonnes conditions économiques. Donc, notre administration doit arrêter de se regarder en chien de  faïence par rapport au secteur privé. Parce qu’ils ont  la même chose à  faire, c’est à  dire développer le Sénégal. Faire de telle sorte que les choses fonctionnent pour que chacun  puisse se retrouver. Il faut aussi   faire l’assainissement de ce secteur  pour qu’on rompe avec les sociétés qui ont trois bilans, 4 bilans. Un bilan pour les impôts, un bilan pour le  fisc et un bilan pour les administrateurs. Il faudrait qu’elles connaissent  la gestion de leurs structures pour que chacun puisse payer l’impôt. Que tout produit qui   entre dans  notre territoire paye les droits et taxes   pour qu’on   lutte contre la fraude douanière. Qu’on fasse  le ménage au niveau  du Port autonome de Dakar pour que tout produit qui entre dans  le pays, se conforme aux  codes des douanes. Qu’on paye les taux qu’il faut pour sortir des marchandises du port dans  les meilleures conditions. Et tout ça, il faudrait qu’on ait une administration responsable  saine, un  secteur privé cohérent  qui respecte ses engagements  pour notre économie fonctionne comme un train sur les rails. Parce que l’économie c’est comme un train sur des rails, quand vous mettez des choses qui  ne doivent y  être vous créer un dérèglement. Et quand vous créez des déséquilibres à différents échelons, vous ne pouvez pas aller vers  l’émergence. Allez vers la condition de l’émergence, c’est une politique de qualité avec des normes qu’il faut respecter.

Xibaaru : Est-ce vous sentez cette politique de qualité dans l’administration Sénégalaise ?

Thierno LÔ : Je sens qu’il y a des manquements. Au Sénégal, il y a des fonctionnaires qui sont très bien  outillés, on a des ressources humaines de qualité, nous avons le « bréviaire des fonctionnaires » qui dit ce qu’il  ne faut pas faire,  les textes sont bons, les procédures sont bonnes, mais le problème, ce sont les hommes qui ont des manquements extraordinaires. Je vous ai dit tantôt qu’elles sont les tares. Cela veut dire, on a une administration qui contient des lourdeurs, cela veut  dire  les gens  n’ont pas  la complicité qu’il faut pour que le secteur privé joue pleinement le rôle qu’il doit jouer. C’est à dire payer ses impôts, avoir des bilans nickel. Mais tout cela dépend de l’administration. Il faut que l’administration joue son rôle d’éveil de conscience, de participation d’encadrement et facilite les choses au secteur privé pour que les gens qui sont dans le secteur informel puissent se formaliser. Parce qu’on ne peut pas développer un pays avec le secteur informel. Et l’informel commence à prendre du poids dans notre pays. Parce quand vous avez une possibilité de gagner de l’argent sans payer d’impôt de taxes, sans employer comme il le faut, c’est la chose la plus facile. Et  ça, c’est un handicap pour le développement. Donc, il va falloir repenser, tout cela, dans une politique  globale  pour que nous puissions aller de l’avant. Parce que le Sénégal est en train de perdre du terrain. Tous les  pays de la sous-région, sont en train de dépasser le Sénégal. Parce que ces  pays qui  sont au niveau de la sous-région sont des pays qui ont connu des coups d’Etat, des guerres ethniques, des régimes de partis uniques, et qu’ils ont conservé pendant longtemps. Ces pays-là sont en train d’avoir ce qu’on appelle la préférence nationale, cela  veut dire compter sur leurs propres forces en aidant  les investisseurs nationaux à prendre des projets de grandes envergures pour se développer. Regardez aujourd’hui le problème de la Cote d’Ivoire ! Le président Ouattara est en train de faire d’excellentes choses. Le président Macky Sall quand, il est venu, il a eu une vision. Pour la première fois, le Sénégal peut avoir un plan que tout le monde peut décliner. Un plan qui dépasse les mandats  présidentiels  projeté sur 35 ans et qui parle à la génération future, bien articulé parce qu’ayant fait un diagnostic très clair  et qui est maintenant en train de poser   les jalons. Mais il  y a des manquements. Les manquements c’est quoi ? C’est qu’il n’y a pas encore la dynamique de capitaine capable de porter  le  projet et d’aller à  la vitesse qu’il faut pour nous puissions atteindre très tôt l’émergence. Les chantiers tardent. La vision est claire.  Le président a de l’ambition, son premier ministre est un battant. Je le connais très bien, c’est quelqu’un qui sait de quoi il parle. C’est quelqu’un qui maitrise les dossiers. Mais je vous assure, il y a des lenteurs dans  la mise en œuvre qui font qu’aujourd’hui, nous ne pouvons atteindre plus que ce que nous avons aujourd’hui c’est la veut dire le taux de croissance 6,5%. Dans ça, il y a aussi   le rôle du secteur privé qui  ne s’est pas organisé pour prendre comme, il se doit les  projets de l’Etat du Sénégal, parce que  le secteur privé n’est pas structuré. Et ceux qui ont la capacité, de prendre en charge ces projets-là, l’Etat n’est pas allé vers eux pour les intéresser. Certains se sont spécialisés dans la cimenterie, d’autres dans  le Btp, d’autres sont dans  l’agro-alimentaire, il faillait les intéresser à la prise en charge des grands projets de l’Etat, parce que c’est un problème de crédibilité, de confiance des banque et ce sont des projets qui sont rentables. Parce que les autoroutes que nous faisons, ça donne de l’argent. La grande ville de Diamniadio qui est en train d’être faite où il y a beaucoup à faire, aurait pu les intéresser, parce que ce sont des investissements qui vont être rentables. Le chemin de fer qui est en train d’être fait, c’est un projet sur lesquels, les investisseurs Sénégalais, aurait dû, aujourd’hui, s’impliquer avec les partenaires pour refaire les rails dans ce pays. Les logements sociaux, les universités, ce sont les américains, les turcs qui viennent ici pour le faire, parce que le secteur privé ne s’organise pas. Je ne sais pas trop ce qui se passe. Est-ce qu’il y a l’information qui passe bien entre eux et l’Etat ? Est-ce que ces gens-là sont venus porteur d’un engagement conséquent avec un groupe de Banque  capable de les suivre pour qu’on puisse les donner des projets ? Il faut qu’on s’arrête un peu pour réfléchir sur ça. Pourquoi ça se passe comme ça, avec tout ce que nous avons comme sociétés, comme personnalités ? Pourquoi ces gens n’arrivent pas à  faire les projets de l’Etat du Sénégal.

Xibaaru : Vous avez tantôt  parlé de lenteur. Où se trouve vraiment le problème ?

« Il faut qu’on arrête de remplacer  une personne par une autre personne, mais qu’on remplace un  programme par un programme »

Thierno LÔ : Le problème c’est toujours les lenteurs, la lourdeur de notre système administratif. Parce quand vous êtes porteur d’une vision, d’un projet et que vous prenez des entreprises Sénégalaise qui s’engagent et qui travaillent, mais la vitesse d’exécution de l’entreprise dépend de la manière dont vous payez ses décomptes. Quand vous avez une entreprise, vous lui donnez un chantier, l’entreprise va aller au niveau des banques, faire des découverts, faire des cautions, à décharge et engage le chantier et y met tout ce qu’il faut faire et après, il donne son décompte qui fait parfois, un mois, six mois au niveau du trésor public. Comment voulez-vous que cette entreprise puisse fonctionner avec le rythme qu’il faut pour prendre d’autres chantiers, comment voulez-vous que ces gens-là qui se sont engagés dans de telles conditions puissent s’engager dans d’autres projets beaucoup plus porteurs. Parce qu’avant qu’elles finissent les chantiers, les prêts financiers, au niveau des banques, ont déjà bouffé leurs marges bénéficiaires. Cela veut dire qu’ils n’ont pas la possibilité de régler, d’abord le problème de l’emploi, ils n’ont pas la possibilité d’avoir les ressources qui vont les permettre de donner des primes de rendement pour mettre les travailleurs dans des conditions salariales adéquates. Donc, c’est un marquage du pas. Ils piétinent et ils se débrouillent avec leurs fonds  pour pouvoir faire face. En un moment donné, ne pouvant plus y aller, ils font un chômage technique et après c’est la fermeture de l’entreprise. Je pense que tout ça est à réguler. Un Etat qui n’a pas assez de ressources, doit déterminer les priorités. Une fois que  les  priorités sont déterminées, c’est-à-dire quand vous avez l’intention de mettre en place une université, cela veut dire que l’Etude a été faite, les fonds sont disponibles avant que vous ne passiez le marché. Et quand vous passez le marché et que les fonds sont disponibles, il faut que les décomptes soient payés à temps. Si on fonctionnait de cette manière, les choses iraient mieux. Il faudrait que quand vous avez une contrainte de temps, des projets très sérieux, de mon point  de vue, des  projets sérieux, il faut les confier à  des personnes avec des contrats de performance. Moi, je suis  pour des contrats de  performance. Parce que les Sénégalais sont intelligents. Il y a des sénégalais qui ont un coefficient tel, si aujourd’hui ont leur propose des projets avec des contrats de performance, ils vont vite les réaliser tout de  suite pour aller faire autre choses. Ils ne le font pas ici,  mais ils  le font ailleurs et ils ont la capacité. Ils ont la capacité de le faire au Sénégal si les contrats de  performance sont là. Mais quand vous prenez un fonctionnaire qui a un salaire mensuel, qu’il travaille, il a son salaire, qu’il aille vite ou pas, il a son salaire, il se contente de son véhicule, de son salaire et de son beau bureau. Mais quand il sait qu’il faut qu’il termine le chantier dans telle condition, et dans des délais requis, il doit aller vite. Parce qu’il doit montrer d’abord qu’il est capable. Et  il va le faire parce qu’il sait qu’à  la fin du chantier il a un bon pactole qui l’attend  et il sait que s’il ne le réalise pas, il n’aura rien. Donc sa manière grise, toutes ses ressources vont être mises  à contribution pour la réussite. Donc, il faut qu’on  teste les contrats de performances. Je profite de cet entretien pour interpeller le chef de l’Etat pour qu’on puisse tester les contrats de performance  au niveau des chantiers qui lui reste à mettre en œuvre avant l’élection de 2019. Parce que  les Sénégalais aujourd’hui, ne vont le réélire que sur la  base d’un bilan. Parce les Sénégalais en avance sur  les politiciens, ils sont en train de faire leurs propres bilans sectoriels. Chacun est en train de se dire, qu’est-ce que fait le gouvernement du président Macky Sall pour moi mécanicien, pour moi agriculteurs, teinturière,  pour moi transporteur ….Et en fonction de ce bilan sectoriel qui est  mesuré, dépendra   le vote de 2019. Parce que nous devrons avoir un pays dont les choix devront se faire sur la base  d’un programme  et non sur  la base d’une personne. Il faut qu’on arrête de remplacer  une personne par une autre personne, mais qu’on remplace un  programme par un programme. Et c’est ça il faut le poser dès maintenant, commencer à le faire. Il faut que le débat soit open. Il faut que sur nos plateaux, sur nos entretiens que nous puissions, parler de développement, au lieu de parler de caricature de buzz. Ça n’aide pas le Sénégal. Le Sénégal sera aidé dans les idées généreuses, dans les idées à même de répondre aux attentes. Et c’est maintenant qu’il faut qu’il faut interroger les gens qui parlent d’économie, d’agriculture, de pêche, de tourisme, afin que nous puissions voir où se trouve le meilleur programme à  même de satisfaire le demande. Le président a une vision qui est le Pse. Que ceux qui  disent que  le Pse n’est pas bon qu’ils  proposent des politiques alternatives. Que ceux qui disent que nous ne pouvons atteindre l’autosuffisance en  riz ou  l’autosuffisance alimentaire, pour parler de façons  globale parce que moi je suis pour l’autosuffisance alimentaire et non une autosuffisance en riz. C’est ça qui doit être le débat, parce qu’il est inadmissible, que dans un pays comme le nôtre que des  fruits pourrissent et qu’on importe des  jus des fruits, et qu’on importe de quoi à   manger alors nous avons des choses qui pourrissent. Je crois que c’est une honte qui doit interpeler tous Sénégalais.

Les fruits de la Casamance, les oignons du Fouta, dans l’intérieur du Sénégal, partout  les mangues  pourrissent alors que nous importons de Doubaï et d’ailleurs des cannettes  que nous donnons au niveau de nos ménages alors qu’il suffit d’une petite unité  industrielle pour transformer les jus de fruit, créer de l’emploi et arrêter d’exporter des milliards et de  les sédentariser pour que  les gens puissent en tirer le maximum de profit pour aller vers les conditions de l’émergence. Il y a beaucoup de choses à faire  et nous avons toutes les potentialités  pour y arriver mais on ne s’écoute pas. On  ne lit pas,  on n’essaye pas de  compter sur  la compétence des gens qui sont des développeurs et qui  ont pratiqué et qui savent indiquer les chemins et porté les projets. Tant que nous ne nous regarderons pas pour choisir quels sont les meilleurs mais de choisir  quelle la plus grande gueule, quel est celui qui insulte le plus qui est  plus grand lobbyeur, je crois le Sénégal va continuer à marquer le pas.  Je crois qu’il est de la responsabilité du serviteur de la République qui est le président Macky Sall, de puiser dans le réservoir des compétences Sénégalaise, d’être open, de toucher tous  les démembrements qui sont à  même  de porter des projet et d’aller  les chercher. Parce qu’il n y a que les Sénégalais qui vont décider de  la suite à donner et ces Sénégalais  vont le réélire, s’il répond à leurs attentes et il a la possibilité. Il a déjà l’âge, il a la confiance d’un peuple et il a un programme. C’est ce  peuple qui a le dernier mot. Il a toutes les ressources, et tous  les leviers  sur lesquels, il peut s’appuyer pour  traduire le plan Sénégal émergent  qui est  un plan de tout le monde. Il ne doit exclure personne. Il doit élaguer  tout ce qui tourne autour de lui pour lui trouver des ennemies. Un président de la République, je l’ai dit et je vais continuer à le répéter,  on ne doit pas lui  trouver les ennemies. Un président de la République est un serviteur de la République. Il est là pour rendre heureux les Sénégalais  pour que les Sénégalais puissent vivre dignement. Donc, il doit aller prendre toutes les compétences toutes les intelligences où qu’elles se trouver, à l’extérieur, à l’intérieur du pays, mis au frigo dans  certaines administrations  du pays, il faut qu’on les sorte de là-bas, pour leur confier des projets pour que nous puissions aller de l’avant  pour qu’on puisse faire face. Puisqu’avec  la mondialisation, une compétition sous régionale est en train de se faire. Il faut que les Sénégalais qui étaient les premiers de la classe soient maintenant les derniers. Parce que ces fils, sont en train de vendre leurs expériences au dehors et qu’à  l’intérieur on ne fait que la promotion de médiocres. Ça je crois qu’il faut qu’on rompe avec cela. Chacun a l’espace où on peut le mettre. Le berger, il faut qu’on le mette là où il peut s’occuper de son troupeau. Il faut que  le commerçant, qu’on le laisse faire son commerce. Il faut que  le paysan, qu’on le mette dans  des conditions où il peut augmenter sa productivité. Mais au niveau des espaces de la République, il faut y mettre les hommes qui savent ce que c’est la République pour qu’on puisse travailler. Quand vous avez des  projets, il faut les confier aux développeurs. Le jeune qui vous a suivi, qui portait votre chaise, qui était derrière votre véhicule, ne  lui mettez jamais  dans  des espaces qu’il ne peut pas occuper.

Xibaaru : Vous étiez président de la commission défense et sécurité de l’Assemblée nationale. Quelle lecture faites-vous de la politique sécuritaire du Sénégal  face aux  menaces terroristes?

Thierno LÔ : Je  crois que le Sénégal est en train de bien s’armer par rapport au terrorisme. Parce que la première précaution a été que nous avons une  police professionnelle. On a une armée et une police qui n’ont rien à envier aux armées des pays développés. On a une armée avec des gens bien formé qui sont sortis des mêmes écoles que les autres et qui font un travail remarquable. Il faut qu’on les fasse confiance et qu’on leur laisse faire leur boulot. Il est vrai qu’il y a un problème de communication qu’il faut faire. Mais la communication doit être une communication intelligente. Cela veut dire qu’elle doit se faire en sourdine. Il y a quelques catégories qui sont à  la portée des Jihadistes. C’est le jeune qui apprend   le coran  à qui on n’a pas expliqué vraiment ce que dit le coran. Ce jeune-là, on peut l’utiliser pour le mettre dans ces histoires de Jihadistes. Donc, il y a un problème de communication  par rapport au savoir qu’il faut régler. C’est un pan.

L’autre pan, c’est qu’il faut  lutter contre la misère des  jeunes. Le manque d’emploi, le chômage excessif pousse (à aller chez les Jihadistes) les jeunes à aller tout de suite poser une  bombe quelque part. Les Jihadistes  leur donne d’abord la femme, de l’argent, et l’espoir d’être plus riche. Alors quelqu’un qui  prend une pirogue ici  pour aller à Barça et qui sait qu’il   va se noyer, où il a déjà vécu une opération où plusieurs de ses camarades sont morts en mer, s’il revient et qu’il accepte de reprendre  la mêmes pirogues et de revivre  les mêmes conditions, ces messieurs, là  si vous lui donnez de l’argent pour aller poser une bombe quelque part, il ne va pas refuser de la faire. Si on veut l’embarquer pour qu’il aille tirer sur  les gens,  il va le faire parce qu’il n’a pas peur de la  mort. S’il avait   peur de la mort, il ne prendrait pas la pirogue parce qu’il avait des amis qu’il avait accompagné et qui sont mort dans des conditions  atroces mais, ils prennent toujours le risque  de donner leur vie pour aller en Espagne, en Italie, ou en France. Cette catégorie de jeunes, c’est parce que ces jeunes ont vécu des conditions difficiles dans notre société. Parce que dans la nôtre, il arrive que si vous n’êtes dans la  production, vous perdez l’âge, vous perdez la dignité, vous êtes porteur  de toutes les tares de votre société. Et pour sortir de ce malaise, que les jeunes sont capables aujourd’hui de donner leurs vies. Donc, il falloir régler  le problème du chômage, discuter avec  les jeunes, essayer de les conscientiser  pour qu’ils puissent être occupés. Et pour   les occuper, il faut créer des chantiers de grands travaux  pour maintenant les embaucher. Il faut donner des conditions à l’Agetip (l’Agence d’exécution des travaux d’intérêt public) en terme de financement pour qu’elle puisse faire travailler les Pme-Pmi pour qu’on puisse les prendre sous formes de main d’œuvre que ce soit à  contrat à durée déterminée ou que ce soit à durée indéterminé. Et ça c’est de la responsabilité de l’Etat qui doit   faire des incitations pour le secteur privé avec comme conditionnalité l’embauche des jeunes. Il est temps qu’au Sénégal, que l’Etat fasse des choses pour les entreprises conditionnées avec des emplois qui vont être créés. Avec énormément de tares, ne nous leurrons pas, nous ne connaitrons pas le développement. Je vois des comportements qui me rappelle très franchement ce que  Axelle Kabou avait dit « Et si l’Afrique refusait le développement ? ». Moi je dirais « est-ce que le Sénégal ne refusait pas le développement », avec  le  nombre de jeunes que nous avons, les ressources humaine de qualité, tout ce que Dieu nous a donnés, comme possibilité, que le Sénégal puisse continuer à marquer le pas, c’est une responsabilité collective, et chacun d’entre nous doit y assumer sa part de responsabilité.

Entretien réalisé par la rédaction de xibaaru.com