Les terribles aveux de Lamine Diack…L’argent est à Singapour dans le compte de son fils

Affaire de corruption à l’IAAF – Il avait besoin d’un milliard pour financer sa campagne contre Wade en 2012 – Il mouille son fils, son conseiller juridique et son directeur de cabinet – L’argent a atterri à Singapour…
Mis en examen pour corruption passive et blanchiment aggravé, dans le cadre de l’enquête sur le scandale de dopage qui secoue le monde de l’athlétisme, l’ancien président de l’IAAF Lamine Diack serait passé aux aveux. Il explique le mode opératoire. Dans le détail.
S’il a la rancune tenace, Abdoulaye Wade pourrait arborer le rictus satisfait du revanchard cynique. Et pour cause. Lamine Diack, ancien président de l’IAAF, se retrouve aujourd’hui empêtré dans un gros scandale de corruption à cause, en partie, de son ambition de chasser du pouvoir l’ancien chef de l’État. Voulant se présenter à la présidentielle de 2012, Diack avait cherché à l’époque à lever des fonds pour financer sa campagne. Mais, manque de bol, il avait choisi des moyens peu catholiques : se faire financer par la Fédération russe d’athlétisme et en contre partie fermer les yeux sur les cas d’athlètes russes contrôlés positifs pour dopage.
Selon le quotidien Le Monde, Lamine Diack, qui ne se présentera finalement pas à l’élection remportée par Macky Sall, aurait tout avoué au juge français Van Ruymbeke. Ce dernier l’a mis en examen pour corruption passive et blanchiment aggravé, au début du mois de novembre. Le journal, qui s’est procuré les déclarations du dirigeant sénégalais de 82 ans, révèle que Diack a expliqué dans le détail la procédure qui lui a permis de recevoir de fortes sommes d’argent de la part de la fédération russe.
Un milliard pour renverser Wade
« Je vous ai dit qu’il fallait à cette période gagner la ‘bataille de Dakar’, c’est-à-dire renverser le pouvoir en place. Il fallait pour cela financer notamment le déplacement des jeunes afin de battre campagne, sensibiliser les gens à la citoyenneté, justifie Lamine Diack. J’avais donc besoin de financements pour louer les véhicules, des salles de meetings, pour fabriquer des tracts dans tous les villages et tous les quartiers de la ville. »
L’ancien président de l’IAAF avait besoin d’environ 1,5 million d’euros (près d’un milliard de francs Cfa) pour couvrir les dépenses en question. Il se tourne alors du côté de la Russie avec presque la certitude qu’il trouvera des oreilles attentives.
Pourquoi la Russie ? À l’époque certains athlètes de ce pays sur qui pèsent de forts soupçons de dopage sont menacés de suspension. L’occasion est trop bonne. Lamine Diack ne la manque pas. Avec Habib Cissé, son conseiller juridique, et Gabriel Dollé, le responsable du département médical et antidopage de l’IAAF, il passe à l’action. Promettant, contre l’obtention du financement nécessaire, de couvrir les forfaits des athlètes russes.
« Nous nous sommes entendus, la Russie a financé, confie au juge français le dirigeant sénégalais, repris par Le Monde. C’est Balakhnichev (Valentin, le président de la fédération russe) qui a organisé tout ça. Papa Massata Diack (l’un des fils de Lamine Diack) s’est occupé du financement avec Balakhnichev. Quand j’ai sollicité une aide de la part de Balakhnichev, je lui ai dit que pour gagner les élections, il me faudrait environ 1,5 million d’euros. Il m’a dit : ‘On va essayer de les trouver, il n’y a pas de problème’. »
Diack démenti
Le dirigeant russe a démenti ces déclarations dans les colonnes du quotidien français. « Ni moi ni ma fédération n’avons été impliqués dans une telle discussion ou affaire avec M. Diack. Ce type de business n’est pas de notre intérêt et pouvoir, martèle Balakhnichev. Nous ne pouvons pas interférer dans les affaires intérieures du Sénégal. »
Autres démentis opposés à Diack, ceux de son conseiller juridique, Habib Cissé, de son directeur de cabinet, Cheikh Thiaré, et du chef de presse de l’instance mondiale de l’athlétisme, Nick Davies. Selon l’ancien président de l’IAAF, le premier était chargé de remettre à Balakhnichev les notifications des passeports biologiques anormaux des athlètes russes. Le deuxième et le troisième auraient, pour leur part, toujours selon Diack, touché de l’argent pour ne pas s’opposer à l’arrangement avec le président de la fédération russe à propos du cas de dopage de la marathonienne Lilya Shobukhova.
Cité comme l’élément central de l’affaire, Pape Massata Diack reste introuvable. Il est recherché par les enquêteurs. À son sujet, son père dit dans Le Monde : « Il m’a été suggéré pour le cas de dopage de Lilya Shobukhova d’être accommodant afin de ralentir la procédure. À cette époque-là, il y avait des discussions avec un sponsor et Papa Massata Diack, et il m’avait dit qu’une mauvaise publicité nuirait aux négociations avec ce sponsor, dans la perspective des Jeux de Londres. J’ai accepté de ralentir la procédure la concernant. »
Comptes à Singapour et société fictive
À quelques encablures de la présidentielle de 2012, Lamine Diack fixait, dans une interview accordée à une télévision privée, les conditions pour sa participation à l’élection. À l’époque la rumeur courait qu’il voulait briquer la magistrature suprême. Pour l’ancien président de l’IAAF, il lui faudrait le soutien d’un appareil politique fort ou un large consensus de la société civile autour de sa personne. Il ne l’avait pas ajouté à la panoplie indispensable pour briguer le suffrage des Sénégalais, mais visiblement l’argent comptait aussi à ses yeux.
Il n’obtiendra pas le soutien d’un appareil capable de porter sa candidature et aucun consensus ne s’est formé autour de lui. Il ne se présentera finalement pas à la présidentielle. Il aurait pu se consoler d’avoir obtenu les financements nécessaires sans en dépenser un centime. Le quotidien sportif français L’Équipe révélant que « Diack a finalement renoncé à effectuer le grand saut mais gardé l’argent, qui aurait atterri sur des comptes à Singapour via une société fictive, Black Tidings, contrôlée par son fils, Papa Massata Diack ». Malheureusement pour lui, il a été rattrapé par la patrouille.
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