Le référendum pousse Macky au Dialogue politique : Les vraies raisons d’une décision politique majeure

« Macky Sall n’a plus le choix » que d’appeler au dialogue politiquer pour éviter une déconvenue aux législatives de 2017 après le signal d’un taux d’abstention record au référendum. Et c’est dans ce sens qu’abonde le leader du parti politique l’Alliance démocratique pour la République (ADER), le politologue, Cissé Kane Ndao.

Dans une déclaration rendue publique hier, le leader de l’ADER définit les enjeux d’un dialogue politique pour l’intérêt du Sénégal non sans livrer au préalable les raisons qui ont poussées Macky à prendre cette décision politique majeure. Xibaaru vous livre l’intégralité de la déclaration politique de l’ADER

PREALABLES ET ENJEUX D’UN  DIALOGUE POLITIQUE, POUR L’INTERET DU SENEGAL

MACKY a enfin décidé de s’arrêter, de souffler, et de se remettre en cause. Il était grand temps en effet. Car, disons-nous la vérité, qu’est ce qui marche vraiment au SENEGAL ? Le référendum qui a consacré la victoire de l’abstentionnisme est la preuve cinglante qu’aujourd’hui, même s’il est le Président de la République, MACKY n’a pas encore définitivement gagné les galons de leader que ses caciques ont cherché en vain à lui attacher. En effet, « être leader, c’est déclencher un processus d’adhésion et d’entrainement. »

Avec ce referendum, MACKY a pu mesurer combien les électeurs se sont détournés de lui,  malgré la toute-puissance supposée de la coalition Benno Bok Yaakar, dont la participation aura compté pour du beurre. Sérieuse alerte, avec les Législatives qui pointent à l’horizon, et la Présidentielle de 2019 !

Ce  revers politique commandait donc  une analyse stratégique. Car, MACKY c’est avant tout le PSE, le plan qui décline sa vision du développement de notre pays, un plan qui n’a fait l’objet d’aucune consultation et dont les populations peinent à voir les résultats dans leur quotidien, comme à l’époque de Me WADE avec ses chantiers. L’acte III est mort-né, et d’évaluation en évaluation, il est en train de devenir une très bonne intention qui se transforme irrémédiablement en enfer de la décentralisation, tellement les collectivités locales qui en sont l’émanation peinent ne serait-ce qu’à exister.

Toutes les réformes entreprises et qui sont les bases concrètes de la mise en forme de sa vision semblent tellement incohérentes qu’elles ont du mal à démontrer leur pertinence aux yeux de l’opinion. C’est que MACKY s’est loupé depuis le début, en décidant d’écarter l’opposition et la société civile dans le processus de leur élaboration, tellement obnubilé par la gestion solitaire de son pouvoir qu’il aura passé quatre longues années à se  pâmer avec fatuité devant des militants qui l’ont habillé de toutes les qualités, tout occupé à se pavaner aux quatre coins du Sénégal au rythme de conseils des ministres décentralisés riches en folklore et  d’un égotisme superficiel dont le summum sera atteint au grand théâtre, avec son fameux bakk pré-referendum.

Aujourd’hui, MACKY est rattrapé par la réalité, et la real politique : « une vision doit être issue d’un processus d’élaboration collective et elle doit être partagée, pour qu’en son nom chacun s’engage dans l’action, prenne des risques et affronte les obstacles. »

Cela n’a pas été le cas de celle de MACKY. Auréolé de son triomphe à la présidentielle, il s’est arrogé une légitimité qu’il a perdue dès le moment où ses slogans surannés ont perdu leur lustre, à l’épreuve de la réalité. « L’éthique est faite de questionnement, d’écoute, d’intégrité, d’équité, de partage et de reconnaissance. Elle se nourrit de communication et de transparence sur les processus de décision. Elle demande du courage et de la conviction pour aller à l’encontre de la facilité» déclarait Maryse DUBOULOY

MACKY n’a écouté personne. Il n’écoute d’ailleurs personne jusqu’à présent. Il a mis sur le coude les dossiers des pilleurs de deniers publics qui ont bien voulu rejoindre son camp en ce moment-là, lui faisant faussement croire qu’il détenait encore la majorité. Les marchés gré à gré ont battu des records définitivement imbattables sous MACKY. Aujourd’hui que reste-t-il du fameux slogan « la patrie avant le parti » ? Nada !

MACKY n’a qu’une seule issue désormais : appeler au dialogue.

Il a sans doute appris entre temps les vertus de l’humilité, après que son fameux bakk se sera révélé sans puissance opératoire. Il est vrai certes que  « l’humilité est un fabuleux levier de progrès. (…) mais seulement si et seulement si elle fait aller vers les autres pour demander de l’aide et reconnaitre ensuite leur contribution ».

Et c’est là le point essentiel que MACKY devra éclaircir, en présentant des termes de référence de ce dialogue qui devra porter obligatoirement sur le sort de notre pays. Un pays exsangue où la clameur des contestations couvre les débats sur les enjeux économiques essentiels, un pays qui emprunte chaque année autant qu’il rembourse en dettes, pour financer le long puits sans fin du PSE dont le point d’orgue de la mise en œuvre sera l’adoption des APE, et la transformation de notre pays en base américaine, après l’accueil des prisonniers de Guantanamo.

Il faudra véritablement que MACKY fasse la preuve de la sincérité de son appel au dialogue, qui devra reposer sur un esprit d’ouverture, et d’écoute. Car à mon avis, ce serait tromper les sénégalais encore une fois que de voir en cet appel au dialogue l’occasion pour la classe politique de signer un armistice, et de se retrouver au sommet  sur un agenda autre que celui du règlement des urgences de notre pays. C’est en ce sens qu’il faut comprendre la sortie d’Idrissa SECK. C’est en ce sens qu’il faut comprendre aussi la sortie de Serigne Fallou Mbacké, SG de la fédération PDS de Touba.

On ne peut pas appeler au dialogue en sa double qualité de Chef d’Etat et de président de parti, sans susciter une méfiance certaine auprès d’interlocuteurs qu’on aura combattus durant quatre années, qu’on aura méprisés et harcelés avec autant de hargne. La condition sine qua none pour un dialogue apaisé entre MACKY et l’opposition est le rétablissement de la confiance. Et pour ce, MACKY est le seul qui doit donner des gages pour enlever toute méfiance de la tête de ses interlocuteurs.

Il doit pour cela, décliner clairement ses  véritables intentions, car « la confiance sera plus solide si elle repose sur la capacité à comprendre les intentions de l’autre ».

De toute façon, MACKY ne peut plus se payer le luxe d’un boycott unilatéral de l’opposition,  d’autant plus que la conséquence  de ces retrouvailles sera à coup sûr une recomposition de la scène politique qui pourrait potentiellement lui être favorable.

Il y a tout intérêt, car, à force d’écouter ses apprentis sorciers politiciens forts en thème qui lui ont présenté une situation erronée des enjeux politiques liés au referendum, et qui n’ont pas su gérer l’implosion des principaux partis membres de la coalition au pouvoir, MACKY se retrouve presque pris au piège par des caciques pouvoiristes qui n’ont d’autres objectifs que de vivre le plus longtemps possible à ses crochets.

Au finish c’est bien lui qui en est la victime, tant il est vrai qu’ « à décider à l’aide d’une carte sans parcourir effectivement  le territoire, on finit toujours par percuter un obstacle non répertorié » !

Osons espérer que les manipulateurs de l’ombre et autres sorciers en stratégie politiques ne videront pas son intention de sa quintessence, en faisant échouer son initiative salutaire. Dans ce cas, il ne percutera plus seulement un obstacle, mais il sera dans la situation du loup d’Alfred de Vigny. Pour dire simplement que contrairement à la progéniture de ce loup-là, ses faucons et autres affidés que nous pouvons considérer ici comme sa famille, ne lui survivront pas.

C’est donc dire qu’il a tout à gagner, en appelant au dialogue. Si c’est pour le sort du Sénégal, la classe politique est prête, j’en suis sûr, «  à boire le calice jusqu’à la lie », comme dirait Chatterton !

Cissé Kane NDAO

Président de l’A.DE.R