La JDS aide les faucons de l’APR…Pour se débarrasser du PS

Les socialistes finiront, tôt ou tard, par s’en aller, s’ils tiennent à s’engager à la Présidentielle de 2019, la rose à la main, comme ils l’ont si fortement martelé au cours de la session inaugurale de leur comité central. De quoi s’étonner de l’agitation de la Jeunesse pour la Démocratie et le Socialisme (JDS)

Depuis quelques jours, la Jeunesse démocratique et socialiste, frange très à gauche du Parti socialiste multiplie les actes de défiance contre sa tutelle. Une pétition en cours pour le départ des ministres socialistes aurait déjà enregistré 5000 signatures. Pourtant, ce combat-là s’est déroulé il y a quelque mois, loin du siège du Ps. Mais au cœur de l’Apr. Etre au pouvoir et agir en opposants, voilà l’incroyable performance de l’Alliance pour la République. Il n’y a guère longtemps, des proches du président de la République ont entretenu un débat qui aurait dû normalement être celui de l’opposition. Une étonnante bourrasque, partie de l’Alliance pour la République (APR), a alors soumis la coalition au pouvoir à rude épreuve. Au centre de la fausse querelle : la légitimité pour les alliés de présenter un candidat. On comprend bien les apéristes qui combattaient cette velléité affichée par les socialistes, un pan de l’Afp et la Ligue démocratique (Ld). Leur argument est presque d’ordre moral. Il bat en brèche l’idée de vouloir continuer à jouir des  bienfaits du pouvoir pour, ensuite, se retourner contre lui en 2019. Des ténors de l’APR ont porté cette offensive à visage découvert. Il s’agit de l’ex-Premier ministre Aminata Touré, de Mahmouth Saleh et de Moustapha Cissé Lô. Tous ont demandé au Ps, en particulier, de clarifier sa position, voire d’envisager de quitter l’attelage gouvernemental si sa volonté est de faire face à Macky Sall. Le Ps a, évidemment, réagi violemment contre cette position. Ousmane Tanor Dieng a laissé entendre que les efforts de son parti sont tendus vers son retour aux affaires. Lors d’une session inaugurale du Comité central du parti, le secrétaire général du Ps, répondant sans doute à Mahmouth Saleh et autres, a précisé que son parti «ne sera jamais un souteneur d’un autre parti». C’est clair et net.

Face à des militants chauffés à blanc, Tanor dira ceci :  «A l’aune de la situation actuelle du parti et des nouveaux défis qui nous interpellent dans le pays et à l’extérieur, je proposerai au Bureau politique un certain nombre d’aménagements qui nous permettront de faire une revue des textes pour intégrer les changements produits et intégrés par le 15ème congrès et, peut-être, jeter les bases d’une évolution encore plus moderne et plus alléchante du parti. L’objectif étant et restant la reconquête du pouvoir».

Un propos accueilli dans la ferveur militante des grands jours. Tout le monde s’est levé pour saluer pendant deux minutes les propos du secrétaire général du Ps. Au présidium, Barthélemy Dias, par des signes de mains, appelle l’assistance à corser la clameur. «Merci Tanor», ponctuent certains militants. «Ce que j’ai dit ne doit souffrir d’aucune contestation parce qu’évidemment, chers camarades, lorsqu’on crée un parti, c’est pour conquérir le pouvoir», balance Tanor.

La rencontre prend les allures d’une querelle lorsque la présidente des femmes du Ps, Aminata Mbengue Ndiaye lance que le Ps «n’a qu’un seul interlocuteur : le Président Macky Sall et non Mahmouth Saleh». Sa conclusion est encore plus amère : «Si on veut aller aux élections, personne ne peut nous en empêcher.» Cette polémique-là, l’APR pouvait bien s’en passer. Parce que personne ne comprendrait que le Ps dont le leader Ousmane Tanor Dieng est, certes, un « taliban » de la cogestion du pouvoir,  veuille rester aux affaires jusqu’à la Présidentielle. Les socialistes finiront, tôt ou tard, par s’en aller, s’ils tiennent à s’engager à la Présidentielle de 2019, la rose à la main, comme ils l’ont si fortement martelé au cours de la session inaugurale de leur comité central.  Notre démocratie est jeune, mais elle est riche d’une tradition encore vivace dans les esprits. Qui ne souvient, en effet, des divorces opérés par Wade et le Pds, alors pleinement engagés dans le gouvernement de majorité élargie sous Abdou Diouf. En croire Abdou Diouf et son Premier ministre de l’époque, Habib Thiam, l’expérience marchait bien. La création d’un poste de vice-président confié à Wade est même envisagée. Famara Ibrahima Sagna, président du Conseil économique et social entame alors les négociations. Wade finit par décliner l’offre. Il préfère s’engager dans la Présidentielle de 1993. A cette époque Ousmane Tanor Dieng était, sûrement, l’homme politique le plus proche du président Abdou Diouf. Il n’y a pas meilleur dépositaire que lui de la « boîte noire » des rapports Diouf-Wade. Deux choses intriguent dans cet inéluctable départ des socialistes du gouvernement : la manière et le moment.

Si cela ne dépendait que des deux leaders, en l’occurrence Macky Sall et Ousmane Tanor Dieng, le départ des socialistes de l’attelage gouvernemental se ferait comme un accouchement sans douleur. Les deux hommes ont cultivé depuis l’arrivée de Sall au pouvoir une complicité jamais prise à défaut. Consultations tous azimuts, invitations aux grands rendez-vous, échanges de bons procédés. Autant de civilités qui ont fini par révolter le jeune Malick Noël Seck, alors patron de Convergence socialiste. La seule fois que Tanor a dérapé c’est lorsqu’il a été obligé de révéler sa conversation avec le chef de l’Etat au sujet l’avenir du Ps dans le gouvernement. Macky Sall, lui, est resté discret jusque-là. Il a toujours martelé son attachement à Benno bokk yaakaar (Bby) et aux alliés. En dépit des appels incessants de ses alliés du 1er tour de la dernière Présidentielle. Sall avait, certes donné l’impression de céder à la pression de « Macky 2012 » en annonçant un vaste rassemblement politique. C’était lors de la célébration de ses deux ans de pouvoir. « Macky 2012 »  qui théorisait sous toutes les chaumières la rupture avec Bby ne cessait de multiplier les assauts contre Macky Sall. Seulement, si au Ps personne ne doute de la liberté de ton de caciques comme Barthélémy Diaz, Abdoulaye Wilane ou Me Aïssata Tall Sall, on peut bien s’interroger sur l’autonomie de pensée de Mahmouth Saleh, directeur de cabinet politique de Macky Sall. Tiré de la gadoue par le chef de l’Etat, Saleh pourrait bien, dans ce débat, être l’écho sonore d’un consensus interne. « Si Moustapha Cissé Lô s’en mêle, c’est juste pour brouiller les pistes », analyse ce responsable qui a requis l’anonymat. Une chose est sûre : le Ps a bien reçu le message.

Mobel Sirah Ba pour xibaaru.com