Attention ! Le conflit fait l’affaire de l’opposition…

La marche avortée de l’opposition a fait rire des caciques du pouvoir. Il ne devrait pas être ainsi pour qui se souvient de la trajectoire heurtée de Wade de 1974 à 2000. L’homme s’est fait dans la bagarre et le conflit. L’ancien président manie à merveille le binôme tension/négociation. Et depuis Senghor, puis Diouf, ça lui rapporte gros !

Lorsque la marche de l’opposition a viré à l’échec, des caciques du pouvoir ont ri sous cape. « Je suis abasourdi et profondément meurtri par le bonheur affiché et déclaré par les responsables de l’Apr suite à la répression dont les responsables de l’opposition ont été victimes, hier, lors de la marche du 14 octobre 2016 », s’est indigné le président du Grand parti, Malick Gakou, dans un communiqué dont copie nous est parvenue. La tension du vendredi dernier est loin d’être une mésaventure pour l’opposition. Loin s’en faut ! La répression de la marche fait à l’évidence l’affaire de l’opposition. Me Wade s’est épanoui dans les ambiances d’interdiction et autres entraves du pouvoir.
Le 21 novembre 2014, à une semaine du sommet de la Francophonie de Dakar, le Pds avec Wade en tête a voulu défier le pouvoir. Annoncée une bonne dizaine de jours avant, cette manifestation des libéraux a permis à Wade de jouer sur un refrain qu’il connaît bien : l’interdiction systématique. En initié, le pape du Sopi savait, sans doute bien, que Macky Sall finirait par lâcher du lest. Entretemps, le climat social, telle une marmite sur un feu incandescent, aura affiché la tension des jours de grande frayeur. « Par A ou B, on va marcher », a même lâché le débonnaire Abdoulaye Faye. Tout Dakar et même l’arrière-pays s’est enflammé comme en témoignaient les forums diffusés sur la bande Fm. Cette tension ambiante-là a toujours fait l’affaire de Wade.

De sa menace de gouvernement parallèle au lendemain des élections générales de 1983 à ses prières du mardi en passant par son hallucinante campagne électorale de 1993, le leader du Parti démocratique sénégalais a toujours cru aux vertus « bienfaitrices » de la terreur en politique. Les 25 députés libéraux de la législature de 1978-1983 ne viennent pas d’une confrontation d’idées civilisée avec le Parti socialiste alors dirigé (jusqu’en 1980) par Senghor. Bien au contraire ! Il y a eu des chocs épiques entre militants du parti au pouvoir et ceux de l’opposition. Les libéraux, Wade en tête, aiment se souvenir des bagarres de Makacoulibantang, dans la région du Sénégal oriental d’alors  ou d’Oussouye, à Ziguinchor. « Il faut vous battre ! » s’obstinait-il à répéter ses militants. Son discours de campagne se cristallisait dans des formules où la dérision prenait le pas sur le débat de fond, les attaques personnelles sur l’élégance normalement attendue dans l’espace politique.

Surenchère

En 1985, lors d’une marche interdite contre l’Apartheid, l’odieux système politique alors en vigueur en Afrique du Sud, à l’initiative de l’Alliance démocratique sénégalaise (Ads), Wade, Bathily, Decroix, le défunt Boubacar Sall, entre autres sont arrêtés. 1988 est l’année de toutes les folies. Me Wade fait sa troisième Présidentielle. Lui qui se plaint toujours d’être «volé» est décidé à ne pas se laisser faire cette fois-ci. Le pays, notamment les jeunes, est chauffé à blanc. La tension est perceptible partout. Diouf gagne. Wade refuse de se plier au verdict des urnes.  Après le scrutin, la Cour Suprême présidée par Ousmane Camara n’avait pas encore proclamé les résultats que la violence s’enclenche dans le pays. Dakar accuse le coup. L’état d’urgence est décrété. Wade, Ousmane Ngom, Boubacar Sall sont arrêtés, puis les alliés Abdoulaye Bathily et Amath Dansokho. Le pape du Sopi est jugé puis libéré avec 6 mois d’emprisonnement assorti du sursis. Le tribunal l’avait reconnu coupable d’avoir organisé  des attroupements sans autorisation. En 1993, Wade rechute. Pourtant, selon l’ancien Premier ministre Habib Thiam qui en fait la révélation dans son ouvrage intitulé « Habib Thiam/ Par devoir et par amitié », Diouf croyait avoir trouvé la bonne la formule en associant d’abord, l’opposition dont le Pds à la gestion du pouvoir, puis en proposant à Wade un poste de vice-président aux côtés d’un Pm encore aux commandes. Famara Sagna, ex-président du Conseil économique et social est mis à contribution. L’initiative se heurte à la ferme conviction de Wade de gagner la Présidentielle de février 1993. A l’arrivée, Diouf gagne avec 58, 40 % et Wade recueille 32, 04 % des voix. « A l’arrivée », puisqu’entretemps, le juge Kéba Mbaye, président du Conseil constitutionnel jette l’éponge en pleine tempête. La Commission de recensement des votes dirigée par Mme Andrésia Vaz, présidente de la Cour d’Appel ne parvenait pas à proclamer les résultats provisoires face aux délégués des partis d’opposition. Le juge Youssouph Ndiaye prend le relais et proclame les résultats définitifs. Aux Législatives, Wade concentre ses critiques contre le Youssouph Ndiaye et Me Babacar Sèye, vice-président du Conseil constitutionnel. Le 29 avril, à Diourbel où il tient un meeting Wade récuse le conseil constitutionnel. Dans une déclaration reprise par Le Soleil du 30 avril 1993, il dit : «Le conseil constitutionnel n’est pas crédible et n’a pas à interpréter l’élection (…) Abdou Diouf étant candidat, n’avait pas à nommer le président du conseil qui se trouve être son homme. Son vice-président est un membre du Parti socialiste c’est connu de tous».

Clair-obscur

Dans la même foulée, le chef de file des Sopistes annonce que la décision de cette institution ne sera pas reconnue. « Nous siégerons et au besoin érigerons une Assemblée nationale parallèle », menace-t-il. Le samedi 15 mai 1993, au lendemain de la proclamation des résultats des élections législatives consacrant la victoire des socialistes, le juge Sèye est tué. L’enquête privilégie la piste de l’assassinat politique. Et  nombre de dignitaires libéraux dont Wade sont arrêtés. Ils seront finalement relâchés. Sauf, Assane Diop, Pape Ibrahima Diakhaté et Clédor Sène. Les deux premiers sont condamnés à dix-huit ans de prison, le troisième écope de vingt-deux ans de réclusion criminelle. Ils passeront neuf ans de leur vie en prison. Ils seront tous finalement amnistiés, puis protégés par la loi Ezzan, votée le 7 janvier 2005. Elle amnistie tous les crimes et délits politiques de 1983 à 2004. Auparavant, le 16 février 1994, éclate une autre tragédie qui met Wade et Moustapha Sy du mouvement Moustarchidine Wal moustarchidati au centre des accusations. Six policiers sont massacrés à coups de machette. Expert en clair-obscur, Wade parvient toujours à allier tension et négociation.

En 1983, après avoir annoncé son gouvernement parallèle et boycotté l’Assemblée nationale, il finit par se réconcilier avec Diouf. En 1988, le jour de la Korité, Diouf prononce un discours de décrispation. L’état d’urgence est levé, une loi d’amnistie votée en faveur de Wade et Cie. Les deux hommes se rencontrent et tombent d’accord, selon Wade qui faisait face à la presse, sur l’organisation d’une table ronde. «Une nouvelle Constitution, une charte nationale organisant la Démocratie et ses conditions d’exercice (…). Un référendum suivi de nouvelles élections pourrait être proposé (…)», lance, euphorique, Me Wade. Le 4 juillet 1988, s’ouvre la Table ronde après deux reports. Wade s’impatiente et fait (re)monter les enchères. La confrontation entre opposition et pouvoir reprend de plus belle. Les premières voitures piégées explosent en novembre et décembre. On est en mars 1989. Durant ce même mois, une autre tension Ps- Pds éclate. Diouf parti en voyage doit rentrer le mardi 14 mars 1989. Wade appelle le peuple «à l’accueillir». La tension est encore là. Mais, elle finit par baisser grâce à une ruse de Ahmeth Khalifa Niasse faisant croire que Diouf était pour un « gouvernement d’union nationale de transition ».  N’empêche, en 1991, la trêve s’installe. Me Wade, Aminata Tall, Jean-Paul Dias, Ousmane Ngom, et Me Massokhna Kane entrent dans le «gouvernement de majorité élargie». A l’arrivée, le pape du Sopi accède au pouvoir en 2000. Si l’Apr continue à jouer avec le feu de la tension, le pouvoir finira, à coup sûr, par lui échapper.

1 Comment

  1. vas dire cela a des gens qui reflechissent; ces animaux de l’APR ne comprendront jamais comment garder le pouvoir, sauf par la corruption et la fraude…comme leur GROS, GRAS eT PUANT LEADER. C AINSI, personne n’y pourra jamais rien; lorsqu’on est bete; on l’est pou la vie malheureusement.

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