19 mars 2000…Diouf accepte sa défaite…Le PS veut forcer : Ce qui s’est passé au Palais

Arrivé en tête du premier tour de la présidentielle de février, le président Abdou Diouf semble distancer au second tour par Abdoulaye Wade, leader de la coalition Sopi. L’ambiance est électrique après une campagne passionnelle. Pendant l’entre deux tours, les diplomates français font passer plusieurs messages afin que Diouf et sa famille acceptent la défaite qui se profile. La France souhaite éviter que le Sénégal, fidèle allié depuis l’indépendance, hébergeant une base militaire, bascule dans la violence. Craignant des troubles, l’ambassadeur français, Jean de Gliniasty, a fait diffuser des messages à ses compatriotes, via l’antenne locale de Radio Nostalgie, pour donner les points de regroupement. A Dakar, le ministre de l’Intérieur en charge d’organiser le scrutin est sous pression. Il fait l’objet de toutes les attaques, notamment de l’opposition qui le soupçonne de compromission avec le pouvoir. Si un camp tente de passer en force, la rue ne tardera pas à s’embraser.

Dakar, 19 mars 2000. Le matin, accompagné de son épouse et de ses enfants, Abdou Diouf dépose son bulletin dans l’urne de son bureau de vote, situé dans une salle de classe de l’école Berthe-Maubert de Dakar, puis se retranche dans ses appartements de la présidence. A 23h40, le général Lamine Cissé, ministre de l’Intérieur, décroche son téléphone blanc, une ligne directe sécurisée qui relie le Président à certains de ses ministres (Intérieur, Affaires étrangères, Forces armées). Il appelle le président Diouf. C’est son cinquième coup de fil au chef de l’Etat depuis le début de la soirée. Il le tient informé en temps réel des résultats que ses équipes collectent dans les bureaux témoins du pays. Cette fois, il doit lui annoncer que la partie est perdue. «La situation est difficile pour vous et pour votre parti», commence le ministre de l’Intérieur avant de lui égrener la liste de ses bastions perdus et son retard sur son adversaire, plus de quinze points. A l’autre bout du fil, Diouf accuse le coup, comme un boxeur sonné après un long round.

En début de soirée, plusieurs caciques socialistes sont passés le voir pour lui suggérer de passer en force. Il a congédié tout le monde. Il se trouve seul, face à lui-même et à sa longue carrière politique. Touché dans son amour propre et sa fierté, cet homme réservé se sent trahi par les cadres de sa formation, le Parti socialiste sénégalais. Ces derniers lui promettaient de larges victoires dans leurs bastions respectifs. Après 40 ans de pouvoir socialiste, dont 20 où il a dirigé le pays, Diouf a pourtant hésité à se représenter – la France lui a conseillé de ne pas le faire. Il s’est finalement laissé convaincre par des cadres de son parti comme Ousmane Tanor Dieng, Daouda Sow et Robert Sagna, de crainte de voir exploser le PS. Le publiciste français Jacques Séguéla lui a prodigué ses conseils et concocté son slogan : «Ensemble, changeons le Sénégal». En chemin, le Président a perdu deux fidèles, Moustapha Niasse, un ancien socialiste parti rejoindre Wade, et Djibo Ka, qui a monté sa propre écurie, l’URD. Arrivé en tête au premier tour avec 41% des suffrages, il a renoué avec Djibo Ka qui le soutient. En début de soirée, il croit toujours pouvoir l’emporter.

L’entretien téléphonique dure 20 minutes. Lorsque Lamine Cissé raccroche, Diouf semble avoir accepté sa défaite. Un ami du président, l’ancien Premier ministre Habib Thiam, a aussi été chargé de la lui faire admettre. Mais le général est toujours inquiet. Entre 2 heures et 4 heures du matin, il le rappellera deux autres fois pour le convaincre de faire une déclaration publique.

Dans la villa de Me Wade, au point E à Dakar, l’ambiance est tout autre. Informés des résultats par la radio, les militants ont envahi la rue et clament des «Sopi, Sopi». Aux côtés du challenger, sa femme Viviane, une riche Franc-Comtoise, et son fils Karim, banquier à la City. Alain Madelin, le président de Démocratie libérale, est venu le soutenir ainsi que Pierre Aïm, l’homme d’affaires français, compagnon des bons et des mauvais jours. Fatigué, ému, le challenger reste pourtant sur ses gardes. Il se méfie de Diouf.

Le lendemain, le chef de l’Etat se réveille tôt. Il ne peut joindre une première fois son adversaire et reçoit ses collaborateurs, Bruno Diatta, chef du protocole, Ousmane Tanor Dieng, cacique du parti, Cheikh Tidiane Dièye, conseiller à la communication. Il fait ensuite rappeler Wade plusieurs fois et finit par le joindre, le félicite, lui souhaite plein succès pour lui et le pays et se met à sa disposition pour une rencontre en vue de la prestation de serment et de la passation de service. Francis Kpatindé, l’envoyé spécial de Jeune Afrique, se trouve au domicile de Me Wade avec lequel il discute quand son factotum vient l’informer d’un appel urgent. Wade sort alors de la pièce pour aller s’isoler dans son bureau avec Abdoulaye Bathily, un proche allié.

A son retour, Francis Kpatindé l’interroge : «Que se passe-t-il ?». Réponse de l’intéressé. «C’était Diouf. Il vient de me dire que j’avais gagné». «Félicitations Monsieur le président !», lui déclare le journaliste. «Pas si vite. Avec Diouf, il faut s’attendre à tout», lui rétorque celui qui ne veut pas encore y croire. Wade, qui se présente pour la cinquième fois à la magistrature suprême (dont trois défaites contre Diouf), n’a foulé le sol sénégalais que le 20 octobre, venu par un Falcon de location, et a dépensé peu d’argent dans la campagne. Son retour a été difficile. A son arrivée à Dakar, des instructions ont été données pour qu’il soit privé du salon d’honneur. La télévision nationale n’a pas montré une seule image. Il y a pourtant un million de personnes dans la rue.

Mais l’heure n’est plus à la nostalgie. Juste après son coup de fil, Diouf a fait envoyer une déclaration aux journaux, reconnaissant sa défaite, sans même attendre la proclamation des résultats officiels, prévue le vendredi.

La transition sera exemplaire. Diouf recevra Wade pour préparer la prestation de serment avant de l’accueillir, une fois investi, pour lui faire visiter le palais présidentiel et lui présenter le personnel. Il quittera ensuite les lieux avec sa famille. Certains ont rapporté – pour se venger ? – que Viviane Wade, une fois Diouf parti du Palais, aurait déclaré : « Désormais, nous n’aurons plus de problème d’argent ! ».

Dans ses mémoires, Diouf assure avoir su très tôt qu’il avait perdu. Selon lui, Jacques Chirac, Lionel Jospin et Mouammar Kadhafi l’ont appelé pour lui manifester leur sympathie. Le premier lui proposera, plus tard, le poste de secrétaire général de la Francophonie, qu’il finira par accepter. Quant au dirigeant libyen, il lui suggérera de devenir un guide, comme lui, pour l’Afrique. Une fois la défaite concédée, le président Chirac rappellera son ami Diouf pour le féliciter de sa sage décision. Au Parti socialiste français, François Hollande, alors premier secrétaire, se résoudra à cette défaite historique d’un membre de l’Internationale socialiste. Venu lui montrer le communiqué du PS, un de ses collaborateurs sera toutefois étonné qu’il demande de biffer l’appartenance de Diouf à la famille socialiste. L’Histoire retiendra surtout, qu’en reconnaissant sa défaite et en acceptant l’alternance, l’ancien Président a laissé le plus bel héritage au Sénégal. Il jouit encore aujourd’hui de cette image de vrai démocrate même si Wade considère qu’il a fallu lui «arracher les libertés, les unes après les autres».

 

Source : l’Opinion

2 Comments

  1. IL FAUT CESSER DE VEHICULER LES FAUSSES RUMEURS QUI FINT DIR A WADE POUR CERTAINS OU A VIVIANE POUR D AUTRES LES ASSERSIONS AUSSI VULGAIRES QUE SAUGRENUES(CA EST ON AURA PLUS DE PROBLEMES D ARGENTS)

  2. Dans le mme article???????????????
    Source : l’Opinion
    1) Aux côtés du challenger, sa femme Viviane, une riche Franc-Comtoise, et son fils Karim, banquier à la City.

    2) Que Viviane Wade, une fois Diouf parti du Palais, aurait déclaré : « Désormais, nous n’aurons plus de problème d’argent ! ».

    Thiey les jounalstes Senegalais.

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