Pourquoi le ministre de l’intérieur veut la gendarmerie

La demande du ministre de l’intérieur, de lui affecter la gendarmerie, est inacceptable et incongrue.
S’agissant de l’insécurité et sa recrudescence permanente dans le pays, c’est l’Etat qui en est entièrement et le seul responsable. Car, il s’est fourvoyé, tête baissée, en s’engageant dans une voie sans issue, comme celle des APS avec ses 10000 agents de proximité, sous le prétexte fallacieux de sécurité de proximité. Ceci, sans tenir compte des objections motivées, contre un tel recrutement inopportun. Alors qu’il aurait fallu tout simplement, en lieu et place, autant en policiers et gendarmes de métier, et professionnellement aptes dans le maintien de l’ordre et la sécurité publique. Le ministre de l’intérieur, en sollicitant de façon aussi simpliste l’affectation de la gendarmerie à son département, étale toute sa méconnaissance de la mission de ce corps d’élite, spécial et spécifique, qui se situe entre la police et l’armée nationale. En effet, la gendarmerie est formée pour la polyvalence, avec des compétences affirmées lui permettant, au-delà de ses charges régulières, de remplacer en cas de besoin les éléments de l’armée comme ceux de la police. Sans parler, de forces spécialisées en son sein, pour des tâches spécifiques de hautes et particulières sécurité. Par conséquent, cette demande de migration, de la gendarmerie au ministère de l’intérieur, est irrecevable. Et, nous osons penser, que le Haut Commandement de la Gendarmerie aura, tout au moins, son mot à dire, avant qu’aucune décision ne soit prise en ce qui concerne la gendarmerie. Et, si toutefois, le président de la république ignorait tout cela et abondait encore dans le même sens que le ministre, comme dans le cas des ASP, il commettra une grave et monumentale erreur, de déstabilisation et de chamboulement d’un corps d’armée conçu ainsi depuis des lustres. Un corps, qui est ainsi constitué dans toutes les républiques qui se respectent, et qui fonctionnent avec des normes républicaines, définies par et pour les institutions de la République.
Mais, les problèmes de sécurité publique du pays, n’en déplaise aux autorités compétentes qui s’entêtent à ne pas prendre en compte ni voir la réalité crue, se trouvent véritablement ailleurs, que là où ils situent. Voilà pourquoi, il faut le dire tout net, l’Etat prend encore jusque-là, à la légère la question si majeure de sécurité nationale, en tapant toujours à côté dans sa recherche de solution idoine et durable. Et cependant, c’est un problème très sérieux et important à tous égards, pour tous les Sénégalais. Car, de sa résolution, dépend bien la solution de certaines questions de développement économiques et sociales de l’heure. En effet, insécurité ne rime pas avec investissement, qu’il soit interne ou externe.
A vrai dire, l’effectif de la police et la gendarmerie doit être plutôt notablement augmenté, compte tenu de l’accentuation de la situation d’insécurité qui prévaut actuellement dans le pays. Et, au-delà même de l’effectif des forces de sécurité, il faudra bien leur doter de moyens adéquats suffisants, répondant techniquement aux normes des avancées technologiques du moment en communication.
Ce n’est que dans la satisfaction de telles conditions, que la lutte contre l’insécurité aura des chances de réussir avec l’efficacité nécessaire, et prendra ainsi les formes adéquates de lutte contre un tel mal. Les forces de sécurité prendront ainsi la pleine mesure de la chose pour déplacer en fin de compte, la peur dans le camp des délinquants, afin d’installer la quiétude chez les citoyens et la sauvegarde de leurs biens. Il faut que l’Etat, le président de la République en tête, arrête ce travail artisanal, archaïque, dérisoire et totalement inefficace en matière de sécurité publique. Il est archi faux, de prétendre que les ASP sont en mesure, dans les circonstances actuelles, de pouvoir lutter efficacement, contre l’insécurité de proximité. C’est un leurre des populations et camouflage tout simplement, comme leurs résultats si peu reluisants le prouvent présentement.
Au regard du bilan actuel des ASP, il n’est pas seulement négatif, mais il est catastrophique au su et au vu de tout le monde, à travers les divers et graves scandales à leur suite. L’Etat devrait dès lors, de façon responsable et courageuse, changer de fusil d’épaule, en les déployant ailleurs que dans le domaine de la sécurité, pour ne pas sans doute, augmenter davantage les chômeurs. Véritablement, ce n’est pas de leur faute, mais ils sont inaptes pour une telle tâche, qui est un métier et nécessite du professionnalisme pointu.
Il faut que l’Etat cesse son tâtonnement, surtout sur des questions aussi sérieuses que la sécurité, en les confiant à des professionnels qualifiés et aguerris dans le métier. Voilà pourquoi, il faut absolument conserver le statut actuel de la gendarmerie et la maintenir dans sa mission originelle de force d’appoint pour l’armée et d’appui pour la police. La gendarmerie doit demeurer dans sa mission de toujours et jouer son double rôle de surveillance du territoire, mais aussi, de police judiciaire en cas de nécessité.
Ce qu’il faut justement, dans les circonstances actuelles de recrudescence du banditisme et de l’insécurité publique en général, c’est la jonction des forces de police, de gendarmerie et pourquoi pas de l’armée nationale si nécessaire, car leurs missions se rejoignent parfaitement, et concourent pour remplir la tâche républicaine, de sécurisation du pays à l’intérieur comme à l’extérieur. Et aucune loi, dans aucun pays, ne s’oppose à la collaboration des forces de sécurité, à la mutualisation de leurs efforts et savoir-faire, pour assurer la sécurité nationale. Et ensuite, pour éventuellement venir à bout de la délinquance et du grand banditisme, que la police, à elle seule, ne peut plus contenir et juguler. Par conséquent, il n’est nullement besoin de déplacer l’une vers l’autre au plan institutionnel, mais, il faut plutôt, les mettre ensemble pour la conjugaison de leurs forces et agir de concert contre l’ennemi. Comme l’exemple des Français en janvier dernier, la France avait mobilisé toutes ses forces de sécurité sans distinction, pour faire face au danger et à la menace contre le pays. Cette proposition du ministre, à vrai dire, est inopportune, impertinente et totalement dénuée de fondement logique. C’est même une aberration, que certainement, le président et l’Assemblée nationale ne manqueront de constater à temps.
La vraie question fondamentalement, c’est que les forces de police et de gendarmerie, au-delà de leur insuffisance notoire actuellement par rapport à la croissance démographique du pays –tout le contraire de celle économique – ne sont pas permanentes sur le terrain, et leur déploiement est mal réparti par rapport aux endroits sensibles où, les délinquants sont plus présents et agissent à leur guise. Il est alors plutôt nécessaire, de corriger cette anomalie qui est une situation de fait incontestable, par un redéploiement plus conséquent, là où l’insécurité est permanente à travers le territoire national. Nos frontières, c’est connu, sont très poreuses. Voilà pourquoi, elles doivent également retenir l’attention des autorités dans la correction et le redéploiement, de manière plus rationnelle et efficiente des forces de sécurité, en fonction des besoins et menaces plus pesants ça et là.
En vérité et en toute objectivité, une telle loi ne devrait même pas atterrir à l’Assemblée nationale, parce qu’elle est insoutenable sous n’importe quel angle, et injustifiable stratégiquement. Si nous admettons au demeurant, que la sécurité publique nationale est bien classée parmi les priorités actuelles du gouvernement, il faut accorder alors aux forces de sécurité globalement, la place qui leur revient de droit avec des moyens et ressources nécessaires et suffisants, pour qu’elles assurent et s’acquittent convenablement de leur mission de service public. A cet effet, son financement est alors prioritaire sur toutes ces dépenses faramineuses de prestige et autres privilèges exorbitants accordés à une minorité de personnes tapies dans l’appareil d’Etat ou hors de lui. Ainsi, la place de la gendarmerie, au ministère de l’intérieur ou à celui des forces armées, importe peu pour les populations. Et, ceci n’a rien à voir avec son déploiement efficace, là où le devoir républicain l’appelle, sur l’étendue du territoire national. Ceci n’affecte aussi nullement en rien, sa détermination à remplir avec abnégation, sa mission de forces armées, pour sécuriser les populations avec leurs biens, partout où elles se trouveront dans n’importe quel patelin du pays.
Assurément, cette demande du ministre de l’intérieur, au-delà de nous divertir, sent à tout le moins, la déstabilisation d’un corps d’armée et le risque grave, de créer inutilement, un conflit entre frères d’arme, ce dont nous pourrions bien, nous passer à l’heure actuelle.
Alors, osons espérer simplement que c’est sa langue qui a trahi son esprit ou l’inverse !
Mandiaye Gaye
Gaye_mandiaye@hotmail.com