Le Procureur Bassirou Guèye fâche les magistrats…Son communiqué sur Aïda Ndiongue a dépassé les limites

Le communiqué du Procureur de la République qualifiant « d’illégale » et de « troublante » la relaxe d’Aïda Ndiongue n’est pas du goût de certains membres de la famille judiciaire. Certains magistrats, greffiers et avocats estiment que le PR Serigne Bassirou Guèye devait se limiter à faire appel et non de jeter le discrédit sur ses collègues magistrats.
« Cette décision de relaxe nous semble manifestement illégale et même troublante », a tonné le procureur de la République (PR), Serigne Bassirou Guèye (photo) dans le communiqué publié suite à la relaxe d’Aïda Ndiongue et cie par le tribunal correctionnel de Dakar. Ce commentaire fait par le ministère public a suscité moult commentaires, hier au Palais de justice Lat Dior.
Les avocats, greffiers et magistrats interrogés désapprouvent les propos du Chef du parquet. Le commentaire du PR était le principal sujet de discussion au restaurant des avocats. « C’est scandaleux ! Inélégant ! L’Ums (Union des magistrats sénégalais) doit réagir », entendait-on dans les discussions. Interpellé sur la question, un des avocats présents sur les lieux hésite avant d’accepter de parler sous le couvert de l’anonymat.
« Le parquet est trop lourdement sorti de sa réserve. Dire que la décision de relaxe est illégale, c’est trop », tonne notre interlocuteur pour qui le parquet ne peut pas faire de commentaire publiquement sur une décision de justice. Cela d’autant plus, argue un autre avocat, qu’il leur est interdit de commenter une décision de justice. La robe noire qui a également préféré garder l’anonymat du fait « de ses relations particulières » avec le PR, trouve l’attitude de celui-ci « anormal ».
Mieux, il estime que « l’autorité administrative doit le rappeler à l’ordre ». Car, pour lui, le magistrat a jeté l’opprobre et l’anathème sur ses collègues et sur l’institution. « Dire que la décision est troublante, ça peut sousentendre qu’il y a un parfum de corruption ou autre. Or, même si les juges étaient corrompus, il n’avait pas à le dire dans un communiqué », enrage l’avocat dont les propos sont partagés par un greffier.
En somme de l’avis de l’avocat, le parquetier « vient d’apporter une dose à l’affaiblissement de la justice qui depuis un certain temps est critiquée ». « Il a jeté le discrédit sur ses collègues et c’est très péjoratif comme appréciation car à la limite, c’est une insulte qu’il a faite », renchérit un juge du siège. Et d’ajouter que la réaction « légale » et « légitime » du parquet, c’est de relever appel et non « d’insulter la juridiction de jugement ».
Un de ses collègues magistrat a abondé dans le même sens. « Son commentaire a été de trop et c’est discourtois entre collègues. Il devait se limiter à interjeter appel », tranche le juge. Aussi rappelle-t-il que son collègue ne peut se permettre de faire ce qu’on interdit aux justiciables. Et d’ajouter que le quotidien de la justice, c’est de relaxer ou de condamner.
« Nous sommes tous des magistrats avec une formation généraliste. On peut être aujourd’hui au parquet et se retrouver demain au siège, donc on doit faire une appréciation professionnelle », tonne le juge. Moins catégorique que les autres acteurs de la justice interrogés, un autre avocat dit comprendre l’attitude du ministère public. « Il est le bras séculier de l’autorité politique, donc le PR est toujours dans son rôle de soutenir l’accusation », soutient l’auxiliaire de justice.
Sur sa lancée, la robe noire considère que le terme « troublant doit être contextualisé ». « Peut-être dans son entendement il ne s’attendait pas à une décision de relaxe d’autant plus que le parquet avait requis 10 ans ferme », explique-t-il. Toutefois, il pense que le PR pouvait se limiter aux voies et moyens que lui offre la loi : l’appel.
EnQuête

1 Comment

  1. Revenons aux règles d’exécution de marché et de payement pour comprendre. Lorsqu’une entreprise gagne un marché de l’état, elle exécute les travaux ou fournie la commande. Les travaux exécutés ou la commande fournie sont attestés par des attachements, un procès verbal de réception, et dans le cas des fournitures de commande s’y ajoute un bordereau de livraison. L’entreprise fait sa facture qui est certifiée par le service technique de l’état responsable de tutelle des travaux ou de la commande. Le trésor ou tout autre organe financier de l’état ne décaisse un seul franc que sur la base de cette facture certifié par l’organe technique et qui vaut ordre de décaissement.
    Dans ces cas, lorsqu’un pouvoir arrête un entrepreneur par l’accusation de détournement de biens de l’état (même si on s’interdit de se demander comment, vue que tout est inversé dans ce pays), pourquoi il n’y a pas poursuite de la tutelle technique seule pour avoir demander à l’état de décaisser de l’argent sur la base d’attachements de travaux, de PV de réception et de facture certifiée alors que les travaux ne sont pas exécutés ou que la commande n’est pas honorée (selon l’accusation) ? Par rapport à l’état, l’entrepreneur n’a fait aucune faute. S’il y a faute c’est la tutelle technique qui a fait décaissé à l’état pour des travaux non exécutés ou des commandes non honorées. Le trésor ne connait pas l’entrepreneur et n’est pas sensé le connaître. Le trésor connait les bras techniques de l’état dont les attestations techniques (PV de réception, attachements, factures) sont des ordres de décaissements.
    Mais ici, il s’agit de la procédure normale, dans les pays normaux. Au Sénégal, nous sommes sous un pouvoir de légionnaires, au service des pourvoyeurs de légions. Au Sénégal nous sommes sous ce que Sidi Lamine appelait la dictature médiatique qui part du principe que les consommateurs de ses produits sont des ignares qui vont avaler toute diabolisation. Au Sénégal nous sommes sous un pouvoir où la haine est érigée en institution d’état. Au Sénégal nous vivons le principe qui veut que n’importe quel non sens, ou même anti sens, répété par la presse des 100 fait office de droit républicain. Au Sénégal, nous vivons une dictature qui veut que le pouvoir de Macky a toujours raison même quand il a tord.
    Il n’y a pas une goutte de droit dans les actes de Macky. Il n’y a que de la vengeance que la presse des 100 couvre de plus en plus mal. Ils ne peuvent pas duper le peuple tout le temps.

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