Dakar, Maire Des Batailles …Capitales : Les Alternances passent souvent par la Capitale

Le gouvernement localisé dans les mairies perdues a compris que les alternances (2000-2012) passent souvent par la capitale (1993, sous Abdou Diouf, et 2009, avec Me Wade). En sera-t-il de même aujourd’hui avec la déculottée infligée par Khalifa Sall au pouvoir en 2014 ?

Un maire droit dans ses bottes.
KHALIFA SALL et Diène Farba Sarr ont fini leurs plaidoiries par presse interposée après une conférence de presse (mercredi) et un regroupement populaire dans l’enceinte même de la mairie, jeudi. Tous deux ont réaffirmé leur volonté de réaménager la Place de l’Indépendance, l’un à 300 millions pour lutter contre l’encombrement humain et la réfection du tapis herbacé (ministère), l’autre pour réaliser enfin, avec cinq milliards, le vieux rêve nourri par la quasi-totalité des édiles de Dakar d’aménager un parking sur l’ex-place Protêt. « Place » maintenant aux négociations en coulisses quand l’État, craignant un débordement, avait bunkérisé l’endroit aux premières heures de la matinée de jeudi.
La bataille de Dakar avait débuté le Premier février dernier avec le coup de semonce de la mairie outrée par un pouvoir central qui veut gagner la « maire » des batailles présidentielles en passant par la capitale : en compagnie de certains collègues, le maire de Dakar avait fait stopper des travaux entamés unilatéralement, alors que les recours et les voies de dialogue n’avaient pas encore été totalement épuisés. Il s’en était suivi quelque acte regrettable en démocratie avec la prise d’otages de citoyens auxquels le pouvoir avait rudement refusé la liberté de circuler.
Régulièrement battu à Dakar depuis plus de 20 ans, le locataire du palais de l’avenue Léopold Sédar Senghor veut reconquérir Dakar pour conjurer le sort qui a frappé Abdou Diouf (1993) et Me Wade (2009) lorsqu’une capitale hostile au pouvoir central préfigurait une alternance à plus ou moins brève échéance ; les Socialistes avaient fait contre mauvaise fortune bon cœur : « Ce ne sera pas la première fois qu’un président gouverne sans la capitale », disait le président de l’époque ; Me Wade n’avait pas senti le danger, même s’il a essayé de gêner les vainqueurs de 2009. Macky Sall, lui, a fait preuve d’une intolérance en exigeant de ses partenaires de Benno une alternance à tous les niveaux, sans en avoir le personnel et, surtout, la confiance des électeurs., ce qui semble conforter l’édile de Dakar dans son face à face avec le pouvoir central par …ministres délégués : après Abdoulaye Diouf Sarr, voici en effet Diène Farba Sarr pour aider, sous prétexte de compétences de plus en plus localisées dans lesquelles l’État veut s’immiscer, surtout dans les municipalités où l’électeur veut limiter ses accès intempestifs.
«Il est inadmissible que des personnalités élues au même titre qu’un président de la République soient gazées au nom d’un individu nommé non point tant pour ses talents et compétences que pour sa flagornerie envers le prince».
L’État qui se localise de plus en plus dans les mairies passées dans l’opposition a en effet fini par déclencher la bataille de Dakar, au bout de trois ans. Khalifa Sall, fort des dispositions de la loi sur les collectivités locales, souhaite faire entendre raison à ceux qui veulent fouler aux pieds les compétences transférées : l’environnement et l’aménagement, consubstantiels au cadre de vie, servent de prétexte pour entraver la marche de certaines municipalités sommées de laisser le maillage social à un pouvoir soucieux de revenir dans le cœur des administrés décentralisés avec les collectivités locales ; là, des populations jalouses de leur liberté limitent depuis plus de vingt ans les ambitions du pouvoir central en répartissant les forces entre les formations politiques ; elles refusent de tout concentrer entre les mains d’un seul parti, de peur de fabriquer des despotes éclairés ; le phénomène n’est pas original : il s’est vérifié partout à travers le monde, de la Russie de Elstine aux États-Unis de Nancy Pelosi, en passant par la France miterrandienne et chiraquienne.
La mauvaise querelle de l’État faite au maire de Dakar ne vise pas seulement à punir des populations pour avoir fait leur choix ; elle cherche aussi à discréditer un élément en le privant de ses moyens pour dénoncer par la suite des carences qu’il faut corriger avec le soutien de la puissance publique.
Pathé Mbodj