UN président-aigle à la place d’un président faux-lion

« La vérité peut sans doute se ternir sur un pied, mais sur deux, elle marchera et fera son chemin » Nietzsche, Le voyageur et son ombre

Macky Sall est décidément un président trop ordinaire : après avoir épuisé tous les ressorts de la propagande, il est obligé de descendre dans les bas-fonds de l’autoglorification et de la dissuasion. Par les actes qu’il ne cesse de poser Macky Sall montre que s’il est un lion, ses proies sont malheureusement des fourmis et des rampants. Au lieu d’un président-lion, c’est d’un président-aigle dont le Sénégal a besoin. L’aigle impérial est le symbole de la vision très bonne et de la majesté : vue perçante et vol majestueux, l’aigle est le symbole de la hauteur. En effet, l’aigle se nourrit le plus souvent de proies terrestres, mais jamais à même le sol : il prend de la hauteur. Le problème avec notre président c’est son allergie à l’altérité, dès qu’il rencontre la moindre altérité il perd son sang-froid et s’enfonce dans les méandres de l’invective et de la menace. Un président de la république est certes un être humain, mais il ne peut parler et agir comme un homme ordinaire. Les propos d’un homme d’État sont des actes républicains, car il est un emblème pour tout un peuple. Un président de la république ne peut pas avoir comme programme politique l’affaiblissement ou l’affaissement de son opposition.

Ce n’est pas seulement une posture d’intelligence que de respecter la différence, c’est aussi un signe d’humanisme. Le refus de la différence éloigne de la vérité, de la moralité et, par conséquent, de l’humanité. Vouloir réduire son opposition à sa plus simple expression n’est pas un signe de bravoure, c’est plutôt une preuve manifeste d’inculture démocratique. Il faut s’inspirer de la nature pour comprendre les signes que Dieu nous montrent tous les jours. L’unité du soleil est belle, mais elle cache la merveilleuse constellation d’étoiles qui symbolise la diversité et la fécondité. Il n’y a rien de plus sublime qu’un ciel de nuit constellé d’étoiles brillant chacune à sa façon dans un concert de lumières diverses, mais toutes belles. Et le soleil ne devient vraiment beau que quand il décline dans l’horizon occidental d’un ciel ouvrant ses portes à une pénombre fécondatrice de plusieurs lumières. Si le coucher du soleil est si admiré par les hommes c’est en partie parce qu’il symbolise le déclin de la solitude absolue (monarchie) et la genèse d’un univers où la diversité et la complémentarité sont la règle.

Macky Sall se trompe d’époque et de peuple, mais il manque surtout et d’humilité de perception correcte de la réalité : vouloir museler le peuple après avoir réussi à dompter la majeure partie de la presse privée, c’est méconnaitre les Sénégalais. Il peut, pendant un certain temps tirer largement profit de la magnanimité de certaines rédactions, des manœuvres de leaders d’opinion et de basses combines, mais aucune force humaine n’est absolue. On ne peut pas gouverner un pays comme le Sénégal en ne comptant que sur le maquillage des chiffres, le harcèlement de l’opposition et la corruption des élites. Le pluralisme n’est pas seulement un signe de vitalité démocratique, c’en est surtout le moteur et Macky Sall doit savoir qu’il n’incarne rien d’exceptionnel qui le mettrait au- dessus des autres présidents qui ont bâti la démocratie sénégalaise. S’il croit qu’avec ses acrobaties juridiques et ses manœuvres institutionnelles il peut tuer ce que représentent Ousmane Sonko et Nafi Ngom Keita, etc. pour la démocratie sénégalaise actuelle, il fait gravement fausse route. La démocratie sénégalaise est comme l’alternance des saisons : de nouvelles plantes germeront toujours là où les autres plantes ont péri sous la rigueur du soleil d’été.

Les fanfaronnades du régime de Macky Sall et de ses sbires dans la presse ne pourront jamais occulter les scandales à répétition qui rythment sa gouvernance. L’affaire Bictogo, les nébuleuses sur le pétrole et le gaz, la nomination discrète d’instituteurs proches du régime dans l’administration territoriale, la gestion quasi familiale du pouvoir, les marchés de gré à gré devenus monnaie courante, l’interdiction systématique et sans aucune gêne des manifestations de l’opposition, la persécution des syndicalistes qu’on bénissait naguère, etc. Rien ne peut effacer ces sombres pages de l’histoire de la gouvernance brouillonne et presque aveugle de Macky Sall. Il est faut certes de grands moyens politiques (argent, corruption, mensonge, manipulation, etc.) pour accéder au pouvoir dans une démocratie d’opinion comme la nôtre, mais il faut de grands hommes d’État pour s’y maintenir avec un bilan objectif, c’est-à-dire sans folklore ni ostentation médiatique.

Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès