Souleymane Ndéné Ndiaye reconnaît leur erreur dans les évènement du 23 juin 2011

Les opposants de 2011, venus aux pouvoirs à la faveur de leur victoire du 25 mars 2012 continuent de savourer leur victoire du 23/06/2011 comme si l’histoire politique du Sénégal a commencé ce jour-là.

Il est vrai que notre responsabilité, nous collaborateurs du PR Wade ,est pleine et entière dans ce qui s’est passé le 23/06/2011.
Genèse :

Au Conseil des Ministres du jeudi qui a précédé le 23/06, le PR Wade fit part au Conseil au moment de sa communication de son intention de faire adopter à l’issue du Conseil et de déposer sur le bureau de l’Assemblée Nationale, un projet de révision de la constitution ayant pour objet d’introduire dans notre Loi fondamentale le Poste de Vice-Président qui devra être élu en même temps que le Président et qui de fait sera son dauphin.

De longues discussions autour du projet seront enregistrées notamment sur la nationalité du vice-président conformément à l’article 23 de la constitution du 22/01/2001 qui dispose que le candidat à l’élection présidentielle doit être exclusivement de nationalité sénégalaise.

Sur l’intervention persistante et argumentée de Me Ousmane Ngom, le PR Wade finit par accepter de conformer son projet à l’article précité pour ne pas diriger les regards et les soupçons de dévolution monarchique du pouvoir qui alimentaient les discussions dans les grand-place.

Ayant siégé au Conseil des ministres à partir de mars 2005 en tant que ministre de la Fonction Publique, c’était la première fois qu’une réunion de cette nature nous occupa le matin et l’après-midi autour d’un point unique de l’ordre de jour à savoir : l’introduction du vice-président dans notre constitution et l’élection d’un ticket à la présidentielle. Nos débats autour du mode de choix du vice-président et les conditions de son remplacement en cas de décès ou d’incapacité dûment constatés trainèrent en longueur .

Bref le conseil des ministres se termina très tard ce jour-là et le projet sera adopté et envoyé en procédure d’urgence à l’assemblée nationale qui l’examina en sa séance plénière du 23/06/2011.

Dans sa forme initiale, le projet comportait des choses très aux antipodes de notre démocratie.

D’abord, le PR Wade ne cachait plus son souhait de se faire remplacer par son fils. En effet, il résultait très clairement de la constitution que tout candidat à l’élection présidentielle doit être exclusivement de nationalité sénégalaise. Or il était clair que de nous tous seul son fils Karim pouvait revendiquer une double nationalité. Donc son insistance à modifier la constitution pour l’adapter à ses souhaits que le candidat pouvait avoir Une autre nationalité que la nationalité du Sénégal, cachait mal son projet de dévolution monarchique du pouvoir. Mais finalement, sur l’insistance du Ministre d’Etat Ministre de l’intérieur, Me Ousmane Ngom et de la plupart des membres du Conseil, le PR Wade recula sur ce point au moment de transmettre le projet de loi à l’Assemblée Nationale.

Il reculera sur l’autre point du projet à savoir la suppression de fait du second tour avec l’introduction dans ledit projet de la possibilité pour le Président et son Vice-Président de se faire élire au premier tour après avoir obtenu 25% des suffrages exprimés, la veille même du 23 Juin, soit le 22/06 après que J’ai reçu les ambassadeurs des pays developpés et de l’Union Européénne, qui sont venus me notifier la suspension de leur coopération avec le Sénégal si le projet était voté tel quel par l’Assemblée Nationale.

La mort dans l’âme et non sans me dire que nous sommes tous des poltrons, le PR Wade me demande de dire au Ministre d’Etat, Cheikh Tidiane Sy, Garde des Sceaux Ministres de la Justice, de présenter dés le début de la séance, un amendement pour tenir compte des exigences des pays développés .

Dés lors il ne subsistera du projet de loi sur le ticket que le ticket lui-même.

Malheureusement le mal avait été déja fait dans l’opinion car l’information sur les derniers amendements ne sera pas partagée au cours de la forte mobilisation devant l’Assemblée Nationale.

Finalement le PR Wade, alerté en fin d’après-midi par le Président de l’Assemblée Nationale, le Garde des Sceaux et d’autres autorités de l’Assemblée sur les risques de plus en plus gros que les manifestants envahissent l’Assemblée Nationale et que l’irrémédiable se produise, décida de retirer le projet et la séance fut levée.

Le PR Wade m’informa et je le félicitais pour cette initiative.

Nous venions là de capituler et de signer le premier acte de la prochaine défaite de notre candidat à l’ election présidentielle de 2012.

Nous venions là aussi de donner des signaux de faiblesse de notre système et de consacrer l’unité de l’opposition.

La responsabilité de tous les responsables du PDS est pleine, totale et entiere parce que nous n’avions pas été suffisamment courageux pour empêcher la prise de cette décision risquée pour notre avenir dans l’Etat même s’il est vrai que C’est en conseil des Ministres que nous avions été mis au courant du projet par le PR Wade lui-même.

L’analyse objective de la défaite du candidat Abdoulaye Wade n’ayant jamais été faite, peut-être qu’un jour Me Wade acteur principal de cet épisode de notre histoire reviendra sur les motivations réelles de cette réforme qui a failli coûter au Sénégal la paix et la tranquilité institutionnelles dont ses dirigeants aiment bien se gargariser.

L’opinion publique, les militants et responsables du PDS, tous ceux qui ont combattu ce projet ont le droit de savoir si le projet obeissait à cette idée répandue selon laquelle le seul objectif de cette réforme était d’ouvrir un boulevard à son fils Karim dont il voulait qu’il lui succéde à la tête de l’Etat et du PDS.

Au moment où j’écris ces pages, j’apprends l’élargissement de Karim Wade de prison.

Je salue la décision courageuse ainsi prise par le PR Macky Sall.

Comme quoi, rien ne vaut la paix, la concorde et l’apaisement.

Qu’Allah préserve le Sénégal !

Souleymane Ndéné Ndiaye