Référendum du 20 mars 2016 : Garantir la régularité et la transparence du scrutin

A 48 H d’un referendum dont les enjeux conditionnent le devenir politique du Sénégal, il y a lieu de s’interroger sur les garanties relatives à la transparence et à la sincérité du scrutin.

La sortie de membres d’organisations de la société civile informant l’opinion nationale du refus du Ministre de l’Intérieur de  procéder à la délivrance les accréditations leur permettant d’observer la régularité des opérations de vote sur toute l’étendue du territoire national nourrit des suspicions légitimes et conforte les craintes de fraude, émanant d’acteurs dont l’impartialité n’est pas mise en doute. A quelques heures du déroulement du vote, il est important que cette question soit définitivement réglée. Les multiples entraves à la présence d’observateurs neutres dans les centres de vote, notamment le refus de délivrance des accréditations de la part des autorités sont de nature à entacher la transparence et la sincérité du scrutin. Si le Sénégal jouit de la réputation d’être un pays stable et démocratique qui a connu deux alternances pacifiques en 2000 et en 2012 ;  les enseignements tirés des élections locales de 2014 incitent à la vigilance. En effet, les événements qui se sont déroulés à Saint Louis et à Podor, et dans une moindre mesure, dans certaines localités ont prouvé qu’il était possible d’inverser le cours d’un scrutin, et par conséquent de dénaturer le vote des citoyens sénégalais. C’est bien connu: la préservation des acquis démocratiques exige une vigilance de tous les instants. Il appartient donc à la CENA (commission nationale électorale autonome) de veiller à une parfaite régularité de cette consultation électorale sur l’ensemble du territoire national.

Il est également primordial que les horaires d’ouverture et de fermeture des bureaux de vote (de 8 h à 18 heures) soient uniformes à l’échelle nationale. En effet, si les autorités administratives ont la faculté de décider d’une prorogation des opérations de vote au-delà des horaires légaux fixés, précisément dans le but de permettre au plus grand nombre de citoyens d’accomplir leur devoir civique, il importe de veiller à ce que de telles mesures ne conduisent à favoriser un camp par rapport à un autre ( la prolongation du vote ayant forcément un impact du point de vue électoral).

Dans un autre registre, il est inadmissible que des centaines de milliers de sénégalais soient privés de leur droit vote pour des motifs « techniques ». Les arguments brandis par la Direction d’automatisation des fichiers (DAF) sont pour le moins légers, inacceptables et ne sont étayés par aucun argumentaire convaincant. Il convient de fournir des précisions à l’opinion publique quant à la nature exacte de ces « défaillances techniques » qui justifient que de nombreux sénégalais soient laissés en rade d’une consultation qui concerne leur devenir et ceux de leurs enfants. Un pays qui tend à l’émergence ne doit pas connaître des problèmes de confection de cartes nationales d’identité, au moment où un budget faramineux est consacré à la campagne du oui, ce qui témoigne d’une forme d’irresponsabilité des tenants du pouvoir.

Ceci étant, le 20 mars 2016, chaque citoyen sénégalais pourra être un ambassadeur de la transparence. Le 20 mars 2016, chaque électeur devra à son niveau, participer à la sécurisation du vote, suivant 3 principes simples: tout d’abord, observer tout dysfonctionnement se déroulant dans son bureau de vote; ensuite identifier le ou les auteurs à l’origine de ces actes réprimés par le code électoral ; enfin signaler au sortir du bureau de vote, les écarts ou manquements relevés (CENA, médias, observateurs, etc…). L’instauration d’une plateforme de signalement des dysfonctionnements notés ou d’un numéro vert national pourrait s’avérer utile et permettrait aux acteurs saisis d’agir en temps réel pour rectifier le tir, et remettre les choses à l’endroit. Le 20 mars 2016, au-delà du taux de participation (une des clés du scrutin),  il s’agira surtout de garantir les conditions de régularité et transparence de la consultation. Car, le verdict des urnes doit être incontestable et incontesté.

L’enjeu est d’importance: Respecter scrupuleusement l’expression de la volonté populaire issue des urnes et Confirmer le  Sénégal dans son statut de « Démocratie ».

Seybani SOUGOU –  E-mail : seybani.sougou@paris.fr

1 Comment

  1. Il ne faut prendre les choses à la légère. Le Sénégal n’est pas encore une vraie démocratie à l’image des pays occidentaux. Donc la fraude aura bien lieu. Il ne faut pas se contenter d’aller voter, puis rentrer chez soi et laisser les responsables de bureau de vote faire leur boulot. Ils feront tout pour fausser le résultat. Donc les jeunes militants du NON doivent utiliser,leur téléphone pour prendre des photos et filmer toute scène qui leur semblent suspect. Avec l’arrivée de l’ère du numérique on peut filmer et diffuser sur le net en quelques minutes. Soyez vigilant. Sinon le NON sera majoritaire mais le OUI sera déclaré vainqueur. C’est un conseil.

Les commentaires sont fermés.