Procès Habré : Béchir Bichara ancien prisonnier du GUNT se plaint du « Café au lait ».

En introduction de notre article consacré au témoignage de l’ex-épouse du Commandant Galyam, nous annoncions aussi l’audition de Monsieur Béchir Bichara, un ancien soldat du CDR (Conseil Démocratique Révolutionnaire) d’Acheikh Ibni Oumar fait prisonnier à Faya en 1983.
Monsieur Béchir Bichara nous raconte qu’il était en rébellion armée contre le gouvernement du Président Hissein Habré. Il combattait dans les rangs du CDR. En 1983, lors de la bataille de Faya, il a été fait prisonnier en même temps que 351 autres soldats du GUNT. Une semaine plus tard, les prisonniers ont été rapatriés vers Ndjaména où ils ont été incarcérés à la maison d’arrêt. Il y passera 5 ans et puis libéré à la suite de l’accord de paix signé à Bagdad en 1988 entre le gouvernement et le CDR d’Acheikh Ibni Oumar.
Monsieur Béchir Bichara raconte que durant son emprisonnement, il a été victime de brimades de la part des gardes qui chaque matin leur donnaient du café au lait, entendez par là les coups de chicottes matinales avant la douche et le pétit déjeuner. Tout le monde y passait en rang comme des écoliers qui entrent en classe, dit-il. Sur la restauration, il affirme que leur condition alimentaire s’est améliorée avec l’arrivée du CICR.
Sur les 351 prisonniers rapatriés à la maison d’arrêt de Ndjaména, Béchir Bichara informe qu’il a dénombré 150 personnes extraites de la prison. Plus tard quand il a été libéré, il a cherché la trace de ces personnes mais n’a retrouvé qu’un seul survivant. Ce dernier dont l’identité est tue, lui aurait raconté que tous les 149 prisonniers ont été massacrés près d’un village à la sortie de Ndjaména.Face aux avocats commis d’office, Monsieur Béchir Bichara sera vite confronté à la réalité des choses. Le traitement « Café au lait » n’a été mentionné nulle part dans les différents rapports des juges d’instructions sur les conditions de vie des prisonniers. Aucune victime ni témoin n’a jusque-là évoqué une telle scène. Concernant les 150 personnes extraites progressivement par lots de la prison et qui seraient éliminées, Béchir Bichara n’est pas en mesure d’avancer un seul nom de ses ex camarades de front. Il ne pourra non plus expliquer les critères de sélection de ces prisonniers « condamner à mort ». Les questions s’enchaînent et Monsieur Béchir Bichara transpire, sans trouver les réponses.
 Le seul rescapé sur les 150, faisait partie de quel lot ? Pas de réponse.
 Comment ce rescapé sait-il que les prisonniers libérés avant lui ont été éliminés puisqu’il était encore en prison avec vous ? Pas de réponse.
 Comment ce rescapé a eu la vie sauve et pourquoi n’est-il pas là pour témoigner lui-même ? Il a été blessé et laissé pour mort, des villageois l’ont récupéré et soigné. Maintenant il ne veut plus faire la politique. La justice ce n’est pas la politique, lui répond l’avocat.
 Est-ce que le chef du CDR, M. Acheikh Ibni Oumar devenu ministre des affaires étrangères après l’accord de paix a dénoncé ces disparitions de ses ex soldats ?
 Non, il ne l’a pas fait.
 Ne pensez-vous pas qu’il est plus facile d’éliminer les prisonniers sur le champ de bataille ou dans le grand désert durant leur transport ? On ne doit pas éliminer les prisonniers de guerre mais les traiter avec dignité.
 Tout comme on ne doit pas prendre les armes contre un Etat pour défendre des positions politiques ? S’il y a la démocratie et la liberté, on aurait pas pris les armes.
 Combien de victimes vous et votre mouvement armé le CDR avait causé dans les rangs du gouvernement du Président Habré ? Je ne sais pas.
 Savez-vous que même dans les grandes démocraties, une rébellion armée et actuellement des actes de terrorisme, sont sévèrement punis par la loi ? Si c’est une bonne justice, c’est pas grave.
Une bonne justice, justement, ne permettrait pas à des individus de l’acabit de Béchir Bichara venir raconter des balivernes pareilles sans être poursuivis de faux témoignages.