Loi de Finances 2016 : l’investissement et la croissance au menu…Par Alioune Badara Sy

Dans cette tribune Alioune Badara Sy macro-économiste revient sur les chiffres-clé qui selon lui définissent le projet de budget adopté en conseil des ministres le 7 septembre dernier.
Le projet de Loi de finances pour 2016 adopté en conseil des ministres le 7 septembre 2015 s’inscrit dans le prolongement du Plan Sénégal Emergent (PSE).Il sera le dernier en exercice plein de la législature et éventuellement du mandat du Président Macky Sall. Il revêt à cet égard une importance particulière. C’est l’année pré- présidentielle, celle où la politique menée par le Chef de l’Etat porte ses fruits. C’est un budget de mise en œuvre, cohérent et crédible car dans un monde instable, où l’économie d’un pays dépend de la croissance en Chine, du prix du pétrole…. les seules variables sur lesquelles on a la possibilité d’agir de façon illimitée, c’est la crédibilité, la confiance et l’innovation
Les chiffres clés de ce projet de budget 2016.
6%. C’est l’hypothèse de croissance de notre produit intérieur brut (PIB) pour 2016, après celle de près de 5 % en 2015. Cette estimation reste proche de celle des instituts économiques (Fonds Monétaire, Banque Mondiale…) qui convergent vers 5.6 %. Les derniers indicateurs publiés par l’ANSD dans ses notes de conjonctures témoignent que la reprise est à l’œuvre et confortent l’hypothèse retenue d’une croissance de l’activité de 5.1 % en 2015 et 6 % en 2016
Le gouvernement a raison de maintenir cette hypothèse de croissance, malgré les incertitudes qui pèsent sur l’économie mondiale. Elle reste atteignable autant qu’on puisse être affirmatif s’agissant de prévisions macro et c’est à ce prix qu’il se donnera les moyens de faire mieux.
Dans le détail, les motifs d’encouragements sont avant tout à chercher dans le profil de la croissance ainsi que dans sa composition.
Côté profil, l’année 2015 s’achèverait sur un rythme de croissance de plus de 5,3 %, ce qui serait inédit depuis plus de 10 ans. Car au-delà des à-coups d’un trimestre sur l’autre, et des indicateurs mensuels parfois volatils de l’agence de la statistique, une croissance durable est véritablement à l’œuvre et se diffuse dans tous les segments de l’économie
Coté composition : le gouvernement table sur une bonne prévision de la production agricole, une consommation accrue des ménages, des conditions de financement des PME qui s’améliorent et surtout sur les investissements attendus du Plan Sénégal Emergent à travers son Plan d’Action prioritaire (PAP).
50%. Ramené au PIB, c’est le pourcentage de notre dette publique. Celle-ci devrait continuer à suivre sa trajectoire de baisse conformément aux règles de sérieux budgétaires instaurées par le président Macky Sall depuis son accession à la magistrature suprême.
Cette maîtrise rompt avec la trajectoire de fort accroissement de la dette publique qui prévalait depuis une décennie (2002-2012)
Les critères de convergence relatifs à la dette publique et au déficit budgétaire de l’Uemoa prévoient théoriquement que la dette publique de ses membres soit sous les 70%
Par ailleurs le budget l’Etat devrait enregistrer un moindre poids de la dette par rapport à ses prévisions en 2016 ceci grâce à la persistance de taux d’intérêt bas, d’une bonne maitrise de l’inflation (autour de 1.5% en variation annuelle) et d’un judicieux profilage de celle-ci.
Ainsi le service de la dette devrait s’élever à 595 milliards de F CFA alors que la loi de programmation des finances publiques de 2015 prévoyait 598 milliards. C’est une bonne nouvelle car tout franc dépensé pour le service de la dette est un franc perdu pour la santé, l’école, la formation l’investissement….
1048 milliards de francs CFA
C’est l’ampleur des investissements consentis par l’Etat dans le projet de loi de finance pour 2016, soit une hausse de 9%.
Mais les investissements publics ne pourront pas, à eux seuls, amener le Pib au niveau souhaité pour faire rentrer notre économie dans une trajectoire de croissance transformative
Car dans le passé (2007-2012) les investissements publics ont représenté plus de 10% du pib mais cela n’a pas empêché la baisse de la croissance économique. Et c’est pour éviter de nous retrouver dans cette situation paradoxale où le Sénégal avait connu le plus haut niveau d’investissements publics dans l’UEMOA, mais en affichant l’un des plus faibles taux de croissance que des réformes ont été initiées par le gouvernement pour améliorer l’efficacité des investissements publics, avec un meilleur ciblage des projets, une gestion plus rigoureuse dans l’exécution et la mise en œuvre de ceux-ci.
4,6%. C’est, en pourcentage du PIB, le niveau du déficit public que le gouvernement s’engage à atteindre fin 2016.Grace à une réduction progressive des dépenses, le déficit a baissé de 6,7 % du PIB en 2011 à 5,9 % en 2012 et 5,1 % en 2014.
Cet objectif suppose toutefois, pour être tenu, une maîtrise stricte des économies à réaliser, compte tenu à la fois des mesures fiscales en faveur des ménages (plus de 40 milliards francs CFA en 2012) , des entreprises et des crédits annoncés par le gouvernement pour les collectivités locales dont le gouvernement devrait rationaliser la structure et les missions et y propager le principe « une administration, une compétence » afin d’avoir une approche rigoureuse et sérieuse de la dépense, et en particulier de la dépense de fonctionnement. C’est l’une des conditions pour une meilleure réussite de l’Acte III de la décentralisation.
Le gouvernement conformément aux directives du chef de l’Etat, compte poursuivre l’assainissement budgétaire pour préserver la stabilité macroéconomique et la viabilité de la dette publique et réorienter les ressources vers la promotion des investissements productifs. Cependant il importe de souligner que le Président entend ajuster les dépenses publiques et sans trahir ces engagements sociaux qui sont d’améliorer la condition de vie des sénégalais ce qui est finalement l’objectif premier du PSE.
Par sa capacité à définir et à projeter une vision pour l’avenir, le président Macky Sall voit ses choix économiques commencer à produire leurs effets, et nul doute que rien ne peut entamer sa détermination à continuer à amplifier et accélérer la modernisation de notre économie.
Alioune Badara SY est Adjoint au Maire de Kaolack et Délégué Thématique à l’Institut de l’Economie Numérique de Toulouse.