Les Plans émergents essaiment partout en Afrique : Sénégal, Côte d’Ivoire, Gabon…

Les plans émergents (PSE, PSGE, PCIE, etc.) :
Des axiomatiques économiques infaillibles, mais inféconds.

Après l’échec des programmes d’ajustement structurel imposés par les bailleurs de fonds et les illusions perdues des différentes politiques de lutte contre la pauvreté, on s’est tourné vers l’horizon inépuisable des logiques économiques pompeusement appelées Plans Émergents. Ces esquisses de développements économiques confiés à des officines étrangères dont les sociétaires sont suspectés d’avoir des accointances avec les bailleurs de fonds essaiment un peu partout dans le continent. Alors même qu’ils n’ont fait l’objet d’aucune délibération nationale, ni en amont ni en aval, ces programmes émergents s’arrogent le droit de régir la vie économique et politique des millions d’âmes pour des périodes variant de 15 à 25 ans !

Au-delà de la question de la légitimité pour un régime élu pour moins de dix ans de décider de ce qui va déterminer la vie d’un peuple pour les 25 prochaines années, il se pose celle de la pertinence de ces fameux projets. En se gargarisant de ce son fameux PSE, le régime de Macky Sall satisfait deux appétits sournois : d’abord exercer un despotisme éclairé qui exclut la masse des débats politiques en déguisant ceux-ci par des formules scientifiques ; ensuite échapper à toute forme de contrôle empirique fréquent de l’action gouvernementale. Les plans émergents sont, en effet, des axiomatiques économiques et le fait qu’ils essaiment un peu partout en Afrique n’est pas la preuve de leur justesse, c’est plutôt la preuve de leur caractère formel : ce sont des prêt-à-porter politiques (prêt à l’emploi devrions-nous dire !).

Une axiomatique est un mode de pensée partant d’une proposition non démontrée qui sert de fondement à un système de déduction. Dans une axiomatique la structure du raisonnement prime sur le contenu : le raisonnement mathématique par exemple est une structure purement logique. La meilleure illustration de la nature formelle de l’axiomatique nous est proposée dans cette formule de B. Russell « les mathématiques peuvent être définies, dit-il, comme le domaine dans lequel on ne sait jamais de quoi on parle, ni si ce que l’on dit est vrai ». Voilà ce qui fait qu’en parcourant le PSE on a l’impression d’être sur une autoroute du développement : sur le plan formel on n’a que très peu de chose à reprocher à ces plans, mais sur le terrain de leur concordance avec la réalité on se heurte à l’invincible impuissance des mathématiques à cerner la réalité humaine. Les projets peuvent avoir la cohérence d’un système mathématique, mais leur traduction en actions économiques viables est plus qu’aléatoire.

Ceux qui ont parcouru le PSE remarqueront que tous les programmes déclinés à travers les trois axes stratégiques (l’Axe 1 : Transformation structurelle de l’économie et Croissance ; l’Axe 2 : Capital humain, Protection sociale et Développement durable et l’Axe 3 : Gouvernance, Institutions, Paix et Sécurité) sont des tautologies (une suite d’évidences) pour tout gouvernement sénégalais sérieux. De l’agriculture aux différents hubs, de la santé à l’éducation, de la réforme de l’État à la gouvernance financière : rien n’est vraiment révolutionnaire dans ce plan puisqu’on n’y découvre pas ce qu’on ne savait pas. Il n’y a pas d’alternative : ces axes, même si la terminologie peut varier, s’imposent à toute action politique normale dans ce Sénégal du troisième millénaire. La preuve nous est justement donnée par le fait qu’on les retrouve quasiment sur tous les plans émergents en Afrique. Le plan stratégique Gabon émergent, celui de la côte d’Ivoire, celui de la Guinée équatoriale ciblent quasiment les mêmes axes que le PSE.

La structure de ces plans est telle qu’on ne saurait résister au charme de leur architecture à la limite rigoriste, mais c’est justement cela leur faiblesse : on en arrive à une situation où l’extase l’emporte sur la réflexion et le réalisme. C’est ce qui explique la manie du gouvernement à schématiser toute son action politique : on a, par exemple, dépouillé certains ministères de leurs moyens et de leurs prérogatives pour nous imposer un curieux PUDC. Un gouvernement sérieux et respectueux envers ses citoyens ne se permettrait jamais une manipulation aussi abjecte : un gouvernement ayant un Premier ministre, des ministres de l’infrastructure, de l’agriculture, de la santé etc., n’a nullement besoin d’un pseudo programme de la sorte. Et quand on voit une institution comme la RTS se permettre de primer une telle étrangeté on ne peut qu’être révolté. Pendant ce temps, que fait-on de tous ces héros dans nos universités et collèges ?

Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Seck de Thiès

2 Comments

  1. Preuve que c’est la même copie que le FMI a distribué à tous les pouvoirs légionnaires d’Afrique. Il ne s’agit rien d’autre que d’un PAS (Programme d’Ajustement Structurel) qui ne dit pas son nom. Le premier PAS, qui a appauvri l’Afrique et fait faire au FMI des milliards de bénéfices, a pêché par la communication. Il n’y a pas eu un battage médiatique suffisant pour faire applaudir aux africains la mise en place de leur misère. Les PE (Plans Émergents) ont remédié à cette carence. Et le battage communicationnel n’a aucunement pour but d’apporter un quelconque mieux aux peuples africains, mais ils servira juste d’anesthésie pour ne pas sentir le pompage de leur sang.

  2. 4 ans de torture dite « judiciaire » rien que pour tenter de créditer les mensonges d’un journaliste « d’investigation » devenu un partenaire politique. 4 ans de diabolisation, 4 ans de torture de toute une famille, 4 ans pour faire subir aux enfants d’un père de famille le poids du regard de ses camarades de classe, parce que son père n’est pas dans le « bon » camp politique. Le problème du Sénégal actuellement ce ne sont pas les accusateurs, qui ont fini d’afficher leur nature masochiste, mais la presse de couverture qui a accepté de suspendre sa foi religieuse le temps d’une diabolisation à buts politiques.

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