L’AGRICULTURE AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET SOCIAL

L’agriculture, si elle ne rapporte pas beaucoup au pays, occupe la majorité de la population et la totalité dans les zones rurales (70% des Sénégalais sont cultivateurs ou éleveurs). Ainsi, sur treize millions d’habitants, près de sept sont paysans et plus de cinq habitent en zone rurale. Sur les 200.000km² du pays, plus de 80.000 sont directement et en permanence consacrés à l’activité agricole, et près de 60.000 à l’activité pastorale. Cette agriculture ne permet néanmoins pas de nourrir l’ensemble de la population et le Sénégal importe hélas encore la plus grande partie de son riz. La diversité des cultures n’est pourtant pas à revoir : le riz (150.000 tonnes), le mil (600.000 tonnes), le maïs, le fonio (100.000 tonnes), le coton (50.000 tonnes et en progression constante grâce à la Sodefitex, société nationale d’exploitation des textiles) et l’arachide sont les principales.
L’agriculture au Sénégal est caractérisée par un phénomène de fragmentation des structures productives qui pour l’essentiel sont constituées par des exploitations familiales. Ces exploitations agricoles familiales sont très peu développées, les sols sont souvent dégradés, la mécanisation est faible ainsi que l’accès aux fertilisants. Indéniablement cela entraîne une production faible et donc des revenus agricoles faibles. Ajouté cela les chocs climatiques vous n’êtes pas loin de l’insécurité alimentaire.
Le « boom » démographique que nous allons vivre est une opportunité majeure pour la croissance économique de notre pays, si tenté que notre approche face aux exigences d’une agriculture moderne soutenue par une industrie capable de transformer les produits agricoles, un bon diagnostic soit établi et une bonne stratégie soit élaborée dans un cadre de concertation avec les acteurs privés en ce sens que l’agriculture n’a d’impact sur la vie économique que si à côté d’elle existe une industrie capable de vendre les produits.
Mais, à l’instar de presque tous les pays africains, notre pays est confronté à plusieurs défis dans le secteur de l’agriculture, essentiellement liés à la croissance démographique et au ralentissement de l’activité économique, à l’emploi et aux exigences des marchés mondiaux. En effet, l’agriculture au Sénégal va devoir contribuer avec d’autres à la satisfaction alimentaire d’une population qui va poursuivre sa croissance jusqu’en 2025 et qui déjà aspire naturellement à se nourrir en mangeant bien et bon avec des produits dont la transformation répond à des normes de qualité et de surcroît pas cher.
C’est donc dire que l’enjeu majeur de l’agriculture au Sénégal porte sur la réduction de ces facteurs exogènes et endogènes pour une bonne prise en charge de la demande en produits alimentaires qui au regard des statistiques de l’Agence Nationale de la statistique et de la Démographie (ANSD) et l’Institut sénégalais de recherche agricole (ISRA) vont aller en croissance dans les prochaines années.
Il est nécessaire par ailleurs, de travailler sur la réduction des écarts de productivité agricole pour faire face à la forte demande en produits alimentaires en quantité et en qualité dans un environnement dominé par la liberté des prix. Cela nous interpelle en ce sens que nous devons rapidement réfléchir sur une politique anticipative de production agricole au bénéfice du développement économique et social.

Isaac SISSOKHO
Docteur en Droit