L’Acte III : une révolution, cependant……..

Permettez- moi, le temps de cette réflexion de reprendre ma casquette de chercheur pour traiter d’un thème d’actualité et qui peut et doit impacter l’avenir du Sénégal, je veux parler de ce qui est communément appelé : Acte III de la décentralisation.
Je ne reviendrai pas sur la polémique liée au numéro de l’acte : 2-3-4, ce débat ne me parait pas essentiel même si sur le plan épistémologique, il peut être intéressant en ce sens qu’il permet de s’interroger sur les différents actes posés concernant la décentralisation.
Mon propos pour l’essentiel veut mettre l’accent sur la grande révolution que constitue l’Acte III mais aussi susciter une réflexion sur son évolution pour en faire un véritable succès.
En effet l’Acte III si l’on en juge par au moins deux actes est une révolution :
1- La communalisation intégrale, il était difficilement admissible de voir la disparité ville/campagne permettez- moi de saluer avec la plus grande déférence l’éminent Professeur à la retraite Cheikh BA du Département de Géographie, j’ai pensé à lui quand j’ai évoqué le concept ville/ campagne.
Cette disparité apparaissait dans les fonds de dotation et autres fonds d’équipement, une commune de 12000 habitants pouvait avoir une cinquantaine de millions ou plus au moment où, une communauté rurale avec un nombre d’habitants similaire avec une trentaine de villages n’avait qu’un budget de six à sept millions. Où sont l’équité et l’égalité des citoyens ?
Le Président de la République en prenant cet Acte, je ne doute pas de sa volonté de corriger ces inégalités. Donc en plus du changement de dénomination, que les actes qui doivent être posés en terme de fiscalité et autres le soient pour matérialiser cette avancée.
2- Le deuxième acte est lié à l’érection du Département en collectivité locale, les anglais disent : « Small is beautiful », pour dire que dans la gestion au quotidien des problèmes du citoyen, cette entité semble plus efficace par rapport à la proximité et l’espace à gérer.
En outre le citoyen appartient plus à un département qu’à une région. Les membres d’un Conseil départemental ont plus de chance de se connaître et d’avoir fait leurs humanités dans le même collège ou lycée ce qui facilite les rapports et la gouvernance du département par rapport à la Région.
Maintenant, il faut également donner au Département, les moyens de sa politique pour éviter qu’il apparaisse comme une entité politicienne avec un Président bien traité, des indemnités de session alors que sur le terrain pour le moment seuls les Présidents avec une certaine ingéniosité parviennent avec la coopération décentralisée et autres initiatives à sortir la tête de l’eau. Il faut savoir en toute chose les actes posés au début laissent des traces indélébiles qui ont un impact dans le futur.
Dans notre titre, nous avons mis un connecteur logique qui signifie beaucoup pour les spécialistes de la langue : cependant.

Pour faire de l’Acte III une réussite, l’idée de pôle-territoire est intéressante mais je pense qu’il faut aller plus loin.
L’étudiant de première année de géographie sait que nos régions telles que configurées ne peuvent répondre à un objectif de développement. Il me plait de rappeler ce qui a amené ce saucissonnage qui a fait que nous avons aujourd’hui 14 régions.
La création de la Région de Louga, répondait en grande partie à positionner Abdou DIOUF sur le plan politique et en faire un Responsable régional. L’éclatement de la Casamance et du Sine Saloum avait surtout pour objectif de mieux maîtriser le conflit casamançais et il fallait par une sorte de maquillage découper Sine- Saloum.
Le Président WADE quant à lui par le populisme qu’on lui connait a satisfait à toutes ces revendications d’ériger en régions certaines entités parce que les populations ont fini de comprendre que le statut de la ville confère beaucoup d’avantages.
Aujourd’hui nous sommes rattrapés par l’histoire, les pôles territoires doivent être les régions, il faut aller vers une reconfiguration. La France est en train avec courage d’aller dans ce sens et malgré la liberté et la démocratie, nous n’avons pas entendu de bruit car c’est l’intérêt du pays.
On sait pertinemment que c’est une décision qui toucherait à plusieurs intérêts mais l’intérêt national doit être placé avant ceux individuels. En outre, il faut dans notre pays qu’on ait l’habitude de travailler avec des équipes pluridisciplinaires, nos universités regorgent de talents qui ne demandent qu’à être utilisés mais la décentralisation pour ce j’en sais est souvent aux mains des juristes alors que les enjeux ne sont pas que juridiques, les sociologues, psychologues et autres géographes ont leur mot à dire.
Pour de véritables changements, il faut certes écouter les politiques dépositaires de la légitimité populaire pour qui j’ai un grand respect, les administratifs représentant l’exécutif au niveau local mais surtout prêter une oreille attentive aux scientifiques qui souvent donnent des avis basés sur l’objectivité.

Pour le mot de la fin, l’émergence se fera à la base avec des collectivités locales responsabilisées dotées de moyens conséquents dans un Etat organisé, arbitre et vigilant.

Dr Bou FALL Géographe, Inspecteur de l’Education, IEF de Kédougou, Conseiller départemental à Gossas.
Email : oubalfa@gmail.com