La lettre ‘vérité’ de Papa Saer Gueye au Président de la république et aux Honorables députés

Excellence Monsieur le Président, Honorables députés,

La semaine dernière, nous avons eu l’humilité de nous adresser publiquement aux autorités sénégalaises, à travers son garde des sceaux, le Ministre Sidiki KABA. Nous avions communiqué nos interrogations sur les contours du transfèrement de deux détenus libyens de Guantanamo au Sénégal. Selon le New York times, ces derniers sont présumés liés à Al-Qaïda et un mouvement de combattants. Blessés et insatisfaits par de maladroites communications de nos autorités, nous sommes obligés de nous adresser à vous.

Dans son plan de fermeture du centre de détention militaire de Guantanamo du 23/02/2016, le président OBAMA  a donné des réponses, aux  membres du congrès et à l’opinion américaine,  axées sur la préservation de la sécurité nationale et les valeurs américaines. Dans l’hypothèse du transfert sur treize (13) sites en Amérique, il évalue  le cout des opérations entre 290 et 475 millions de dollars US.

Par la suite,  le Président OBAMA a eu l’approbation du transfèrement au Sénégal de deux détenus libyens  par six (06) ministères et organismes du gouvernement des états unis, soit le groupe de travail inter-institutions créé par décret  présidentiel de 2009 -2010.

Les enjeux géostratégiques, sécuritaires et de gouvernance qui en découlent nous fondent à saisir les deux institutions chargées de l’exécutif et de son contrôle par notre constitution. Vous conviendrez avec nous que, par précaution méthodologique et  un souci de prendre en compte  l’extrême sensibilité du dossier, nous allons éviter d’aborder certaines questions trop embarrassantes.

De la gouvernance :

Si on examine bien la démarche américaine, nous retiendrons que personne ne met en cause l’autorité ou les pouvoirs du Président OBAMA. A son tour, il a compris que l’exercice de ses pouvoirs ne lui dispense pas du devoir de dialoguer avec les membres du congrès.

Par ailleurs, il a mobilisé  les compétences techniques de l’administration et créé un mécanisme institutionnel approprié et doté de pouvoir légal. Les débats publics relayés par la presse leur permettent de légitimer les actions des  autorités.

Par contre, au Sénégal les ministres concernés et premiers résponsables du dossier   rejettent toute allusion au risque sécuritaire. Ils s’énervent même ou font l’éloge du Président. Au lieu de respecter le droit à l’information des citoyens, pilier essentiel de la démocratie,  Ils s’exercent à  tuer le débat démocratique et nous soustraire de l’exigence de transparence dans tout processus de prise de décisions politiques. Ils nous servent le prétexte fallacieux de la générosité du chef de l’état et le concept pompeux et galvaudè de « d’asile humanitaire ».

Dans ce domaine précis, il ne s’agit pas de faire une action caritative. Nous sommes dans le cadre d’une réflexion stratégique qui doit informer et / ou encadrer les initiatives et décisions de coopération qui peuvent affecter directement ou indirectement  la vie d’une partie ou de tous les citoyens sénégalais.

De la procédure  de  demande d’asile au Sénégal :

Le demandeur d’asile devrait justifier une crainte fondée de persécution, être  contraint de quitter son pays d’origine ou de résidence ou prouver qu’il n’est pas en mesure de réclamer de la protection de son pays d’origine ou de résidence entre autres.

Ces motifs pourraient emmener le Président de la commission d’éligibilité au statut de refugié à soumettre un projet de décret au chef de l’état qui le signe le cas échéant. De par cet acte, le demandeur est officiellement admis comme refugié et investi de ses droits notamment : l’assistance sociale, l’hébergement, l’assistance de subsistance et l’aide à l’emploi pour ne citer que ceux là.

A défaut d’être informés officiellement sur l’observation des  procédures ci-dessus indiquées, nous ne pouvons que nous servir de cette seule base légale ;  pour mener notre analyse.

L’exercice de ces droits explique les questionnements sur l’absence de débat sur un sujet aussi délicat. Les compatriotes s’interrogent et spéculent sur  les risques perçus. Ils n’accusent personne pour le moment; ils veulent simplement être édifiés et rassurés par les dirigeants. Ils se disent pourquoi :

  • L’état sénégalais veut se substituer à la première puissance mondiale dans son  devoir de réparation du préjudice subi par les victimes du centre de détention militaire de Guantanamo.
  • Nos autorités veulent écarter, sans convaincre, les menaces sur la  sécurité nationale agitées par les américains. A cet effet, ils veulent imposer un silence et cacher les accords secrets opaques.
  • Le gouvernement ne communique pas avec les élus qui pourraient, à travers un débat parlementaire,  soulever les pertinentes questions liées aux angoisses des populations qui doivent accueillir des personnes présumées liées à des activités terroristes,
  • Les autorités refusent de clarifier qui, entre l’état, le haut commissariat des réfugiés et les USA, paie la facture de leur séjour.

De la méthode de retournement :

Les professionnels de l’espionnage  et du contre espionnage utilisent souvent la méthode du retournement qui consiste à recourir à un lavage de cerveau et procéder à des techniques variées  qui peuvent emmener un agent du camp adverse à jouer le rôle d’agent double. L’état concerné miserait sur l’existence potentiel d’un réseau que le retourné pourrait utiliser pour mobiliser de précieuses informations ou l’aider à atteindre des objectifs ciblés et conformes à leurs intérêts stratégiques.

Ces hypothèses exagérées  ou conjectures que des négationnistes pourraient assimiler à de la fiction  relèvent d’un souci d’une analyse rigoureuse et froide. La  très complexe situation et le caractère imprévisible des activistes nous emmènent à redouter qu’ils  puissent motiver des représailles par des justifications invraisemblables.

Après les attentats du 11/09/11 qui a provoquè le traumatisme américain , l’administration américaine a  précipité le monde dans une approche tout sécuritaire. Dans le secteur du transport aérien, on a substitué les priorités de la ponctualité à la sécurisation des passagers. En Afrique, le renversement du Guide libyen a provoqué la déconfiture de l’état et la circulation d’armes et de combattants dans le désert. Des milices ont essaimè dans le désert et en Afrique de l’Ouest. La multiplication des actions terroristes en Europe et en Afrique ne peuvent pas laisser indifférents notre peuple.

Même s’il fait confiance aux forces de défense et de sécurité ; il manifeste son attachement aux valeurs démocratiques et son corollaire du droit à l’information conquis de haute lutte. Il revendique jalousement sa souveraineté.

Les citoyens exigent  qu’on mette en avant  leurs intérêts ou qu’on sauvegarde  les intérêts  partagés dans les relations de coopération avec tous les états ; même avec les puissances militaires et économiques.

Veuillez croire, Monsieur le Président et honorables, à l’assurance de mes sentiments respectueux.

Papa Saer GUEYE

CITOYEN SENEGALAIS