La jeunesse africaine doit arracher son destin politique !

« Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l’accomplir ou la trahir » disait Frantz FANON aux africains.

En Afrique, les jeunes s’intéressent à la gestion des affaires de la cité mais peu sont enclins à s’investir dans la vie politique. Pourtant, la politique, considéré dans son sens premier est très noble : l’art de gérer la cité, s’engager quotidiennement pour l’intérêt général. L’on se demande légitiment les raisons qui pourraient expliquer ce désamour voire ce désaveu incontestable des jeunes pour l’action politique. Plusieurs facteurs peuvent être avancés : la façon de faire la politique, la mauvaise gestion des affaires publiques, l’absence de renouvellement de l’élite politique, les errements constitutionnels dans certains pays, le népotisme, entre autres.

Cependant, en dépit de ce constat peu reluisant, la jeunesse africaine doit-elle rester en marge de la politique, quand on sait que l’Afrique a la population la plus jeune au monde avec plus de 60% de jeunes ; que cette jeunesse est la force, la puissance, l’intelligence debout, le socle sur lequel reposent les espoirs du continent ? La réponse à cette interrogation est évidemment non. Ma conviction la plus profonde est que la jeunesse africaine doit arracher son destin politique, afin de tracer les chemins d’une émergence du continent. La manière de faire la politique aussi ne changera que si les jeunes s’engagent avec conviction. Ils doivent être acteurs de la vie politique et non de simples spectateurs.

Faire de la politique pour les jeunes, c’est avant tout refuser toute forme de fatalité, c’est ensuite, préférer agir plutôt que de subir. Or, en Afrique, la jeunesse subit la politique : les jeunes ne sont pas bien représentés dans les instances de prise de décision, dans les différentes

institutions, car l’Afrique a une tradition qui consiste à toujours reléguer les jeunes au second plan.

Par conséquent, les décisions qui concernent leur présent et leur future sont prises par d’autres. Or on n’est jamais mieux servi que par soi-même. Dès lors, l’engagement des jeunes devient un impératif, car, si on n’a pas les moyens de changer la direction du vent, il est plus judicieux d’ajuster ses voiles pour atteindre ses buts que de ramer à contre-courant. En d’autres termes, les jeunes ne peuvent véritablement changer positivement les choses qu’en étant à l’intérieur.

Le temps est donc venu pour que « le tigre ne proclame plus sa tigritude, il doit bondir sur sa proie » pour ainsi reprendre Wole SOYINKA. La jeunesse africaine ne doit pas réclamer le changement. Elle doit en être le principal acteur. Il est d’autant plus vrai qu’après plus de cinquante ans d’indépendance, la gestion de la chose publique n’a pas véritablement changé. L’Afrique indépendante est toujours dépendante. Il est certain que les plaintes, les résignations ne sortiront jamais l’Afrique de cette situation mais le continent doit pouvoir compter sur l’engagement de sa vaillante jeunesse dont la responsabilité envers les générations futures est d’avoir une commune volonté de répondre aux défis actuels du continent.

Il est évident que lorsque la jeunesse africaine est fragilisée, c’est le continent tout entier qui se fragilise, qui s’affaiblit. Par conséquent, les dirigeants actuels du continent doivent faire le pari d’une Afrique émergente en investissant sur sa jeunesse et définir un nouvel ordre de priorité dont le centre de gravité sera la jeunesse africaine. « Théorie sans pratique est aveugle ». Ainsi donc, nous n’avons pas le choix si nous voulons que les choses changent. Seul l’engagement politique des jeunes permettra de donner un nouveau souffle au paysage politique africain.

Etre acteur de la vie politique, c’est choisir de remplir sa noble mission. Il serait dangereux, voire catastrophique pour l’Afrique d’abandonner sa jeunesse à la périphérie des activités politiques. Cependant je suis d’avis que le terrain politique doit être un rendez-vous de compétences. Cet avis est d’ailleurs bien conforté par le professeur Cheikh Anta DIOP qui invitait les jeunes africains à s’armer de science jusqu’aux dents, afin de relever les nombreux défis qui l’interpellent.

En somme, la jeunesse ne doit pas subir l’avenir, elle doit plutôt le faire, car elle a le destin de l’Afrique entre ses mains. La seule alternative est donc celle d’un engagement authentique de la jeunesse africaine. La politique doit être l’affaire de tous et, en particulier, celle des jeunes.

Abdou FLEUR

Droit International Public, Diplomatie de Crise fleur.abdou@gmail.com