La forme de la République du Sénégal a toujours été laïque, démocratique et sociale de 1959 à nos jours

Cette forme de République n’a jamais gêné aucun vrai croyant dans sa pratique religieuse, ou entaché sa foi en Dieu, en quoi que ce soit. Et pourtant, nos grands érudits et marabouts incontestés, qui ont répandu largement l’islam et l’ont consolidé  dans notre pays, avaient bien vécu dans cette forme de République, sans aucun problème. Mais, eux, justement, ne s’occupaient alors, que de leur foi en Dieu, d’attirer le plus possible un grand nombre de fidèles vers l’islam, en un mot ils se consacraient entièrement à porter plus haut l’islam. Ils ne se préoccupaient point de politique, des luxes de ce bas monde, comme  le font actuellement certains religieux, très portés vers l’argent et le luxe. Ils ne songeaient pas non plus, qu’il existait au monde, quelque chose, capable de les détourner, tant soit peu, au point de les empêcher de pratiquer convenablement leur religion ou tempérer leur foi envers Allah leur Créateur, et quel que fusse d’ailleurs son importance. Par conséquent, la seule forme d’une République, mentionnée dans sa constitution, et de surcroit, allant dans le sens de la cohésion et la consolidation de l’unité nationale, ne pouvait nuire en rien, leur conviction et croyance profondes. Il faut souligner aussi que, ces Guides religieux étaient humbles, tolérants et, s’interdisaient même de faire un jugement de valeur sur leur prochain, car, sachant que, seul Dieu sait le meilleur d’entre nous. Il est évident aujourd’hui, que nous sommes très loin d’une telle époque, d’un tel environnement et naturellement, d’avoir de tels guides religieux qui craignaient si fortement Dieu ou de se faire appeler érudits ou saints. Certains oublient parfois que, Dieu est le Seul et l’Unique censeur, incontestable de nos pratiques et prières religieuses. Mais aujourd’hui, bon nombre de gens s’aventurent à usurper son rôle, en se substituant à Lui, pour juger leurs semblables en bons ou mauvais croyants. Cependant, Dieu nous recommande l’humilité constante et de nous départir de toute prétention, surtout, démesurée.

Pour illustrer l’ancienneté de cette formulation, voici les quatre différentes constitutions dans lesquelles, elle figurait dans leur Article  premier, donc, cela ne date pas d’aujourd’hui.

Constitution de 1959 Article premier (avant l’indépendance)

“Le Sénégal est un Etat républicain, indivisible, laïque, démocratique et social.“

Constitution de 1960 Article premier

“La République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances. “

Constitution de 1963 Article premier

“La République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle

assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction

d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances.”

Constitution de 2001 Article premier

“La République du Sénégal est laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race, de sexe, de religion. Elle respecte toutes les croyances.”

Dans celle qui est en cours de révision pour le 20 mars 2016, c’est idem dans son Article premier.

Dans une République démocratique où l’égalité entre tous les citoyens est l’un des principes fonademetaux, l’intangibilité de la laïcité y est indispensable- “dans son principe de séparation dans l’Etat de la société civile et de la société religieuse et donc l’impartialité ou la neutralité de l’État à l’égard des confessions religieuses”- dans le but de permettre et garantir la cohabitation harmonieuse entre toutes les croyances religieuses et au-delà les ethnies. Ce qui invite ou renvoie d’ailleurs actuellementà cette volonté de dialogue islamo-chrétien. “La laïcité s’oppose à la reconnaissance d’une religion d’Etat. Toutefois, le principe de séparation entre l’État et les religions peut trouver des applications différentes selon les pays.”

Un édifice, pour qu’il soit très solide, doit nécessairement, reposer aussi sur des piliers très solides, qui ne cèderont ni ne s’écrouleront, aux moindres intempéries, qui plus est face à de fortes tempêtes. Cela est d’autant plus valable et nécessaire encore dans le cadre d’une nation, surtout, celle à composition si diversifiée tant en ethnies qu’en croyances religieuses. Entre autres, deux choses qui dans certains pays constituent parfois, un signe de fragilité susceptible de conflits. Dans de pareilles situations, seule la tolérance mutuelle entre toutes ses composantes diverses, comme le souligne si fortement avec pertinence, l’article premier  de toutes ces quatre constitutions. La laïcité, considérée dans une certaine mesure comme une tolérance, peut aider et permettre à des citoyens d’ethnies et de croyances religieuses différentes dans une République, à un vivre ensemble, en harmonie, dans la paix et la convivialité.

Disons-le tout net ! Si nous sommes demeurés jusque-là, en Afrique, une nation soudée malgré nos différences ethniques et religieuses, c’est dû en grande partie, justement, au respect scrupuleux de cette laïcité, synonyme de tolérance. Certains concitoyens ne mesurent pas correctement leurs responsabilités, sous-estimant délibérément, la portée de la laïcité ou tolérance dans notre unité et cohésion nationale. Ainsi, ils font tout et veulent même la soustraire de notre constitution, sur la base soi-disant de considérations religieuses, infondées, parce que loin de la réalité, comme souligné plus haut. Alors que, la laïcité, comprise comme une tolérance dans la cohabitation de plusieurs religions différentes dans un même espace, mais exercées par des communautés de croyants, différentes, garantit librement la pratique sans aucune entrave la religieuse dans le respect mutuel de chaque croyant. Cet état de fait ou environnement doit être garanti et encadré par l’Etat, dans les limites de la loi, sans interférence, tant que l’ordre public et la loi ne sont pas troublés.

Si par ailleurs, la laïcité voudrait dire ou signifier autre chose que cet entendement ou cette compréhension pour d’autres ; pourquoi nous, en tant nation souveraine, ne pouvons pas reformuler ou redéfinir la laïcité par rapport justement à notre  contexte et nos réalités sociales, religieuses et culturelles tout en maintenant, sa quintessence positive pour nous dans la Constitution ? Ainsi, nous ne jetterons pas l’eau du bain avec le bébé. Il est sûr et certain, que la laïcité, comme catégorie philosophique ou sociale, a subi dans le temps, des évolutions et transformations qualitatives et négatives, comme toute œuvre humaine. Dés lors, il nous appartient à nous Sénégalais, d’en extraire s’il y a lieu, la substance qui nous importe, comme valeur positive. Quand le rôle de l’Etat et celui de la Religion sont confondus, immanquablement, l’un et l’autre perdent le sien, ce qui justifie raisonnablement la séparation de l’Etat et la religion. « Nguur ak diiné su ñu boolo kenn kune di na wacc ay sa andë,  ngir lu neex kenen ka. »

L’unité et la cohésion nationale, le vivre ensemble dans la paix et la convivialité, n’ont pas de prix pour une nation, qui œuvre pour consolider  et préserver son unité nationale intacte. Car, y parvenir aujourd’hui, est une étape difficile à atteindre, à notre époque. Pourtant, le Sénégal, malgré tout, a réussi  à atteindre ce cap, combien difficile, et même, est parvenu à s’y maintenir jusque-là. Cependant, dans le même temps, nous observons ailleurs, avec regret et impuissance, beaucoup de pays, surtout africains, confrontés à des conflits ethniques et religieux exacerbés, entre leurs populations. Des conflits, d’où  résultent quelques fois, des drames regrettables entrainant ainsi, de nombreuses victimes innocentes. Notre pays étant épargné jusque-là de pareils drames, nous devons en être fiers, nous en réjouir et nous estimer heureux sur ce plan. A cet effet, nous devons, après avoir remercié Dieu pour cette grâce, tout faire, afin de préserver à tout prix, cet acquis inestimable, qui est même, on peut le dire, un exploit pour le Sénégal.

Certes, nous sommes un petit pays par notre population, mais bien, une grande nation par notre intelligence et nos valeurs humanistes. Ce qui nous permet, malgré les vicissitudes de l’histoire et des opportunismes, de sauvegarder jalousement, nos acquis et valeurs, dans un monde où la violence devient une banalité. Le Sénégal a réussi  la cohabitation d’ethnies et de religions différentes, sans heurts, grâce à Dieu, non seulement en Afrique, mais dans le monde entier. Notre pays est cité en exemple, partout à travers le monde, comme ayant un peuple tolérant. Et, en matière de pratique religieuse, ses croyants sont également cités comme étant parmi les meilleurs fidèles dans toutes les religions révélées; sans parler de ses érudits, connus à travers le monde entier, avec voix au chapitre, au sein des sommités mondiales religieuses, au point d’influencer d’autres peuples à s’inspirer d’eux et de leurs manières de faire. Avons-nous, raisonnablement, le droit d’abandonner cette démarche ou de détruire un tel label aussi précieux et mondialement, reconnu? Bien sûr que non! Au contraire, nous devons renforcer et consolider tous ces acquis rares, que beaucoup de peuples nous envient.

Ceux qui évoquent et incriminent, imprudemment, la laïcité comme un mal contre les religions, devraient revoir leurs critiques à la lumière du passé dans notre pays. Objectivement, à l’Etat actuel de notre pays, leurs réflexions et actions devraient être, plutôt, portées essentiellement sur les sérieuses questions de développement telles que: trouver des emplois à notre jeunesse désoeuvrée, afin de l’extraire des bras de la délinquance et des mauvaises pratiques décommandées; penser à notre école publique qui chavire vers les abîmes et à tous ces travailleurs licenciés ou victimes de fermeture d’entreprises, la non application de la loi sur la retraite à 60 ans par certains patrons et aux retaités aux pensions misérables, etc. C’est à l’évidence, une telle situation ou un tel environnement d’oisiveté, qui détourne, parfois, certains croyants de leur religion et des pratiques saines. En effet, ceci les rend fragiles, vulnérables, dépendants et facilement influençables au point, d’être quelques fois, embrigadés dans des affaires louches, formellement déconseillées.

Enfin, il est évident et vérifiable dans une large mesure, qu’avec un ventre qui crie la faim, la personne ne peut se prêter à une pratique religieuse convenable. Comme le dit bien le proverbe: “Nul ne peut adorer Dieu s’il est affamé”

Le président, Macky Sall, devrait se faire le devoir et l’obligation d’apporter sa pierre dans la consolidation des acquis qu’il a trouvés sur place, en les renforçant davantage et non de les fragiliser. L’histoire retiendra et le jugera négativement, si jamais, c’est au cours de son magistère et sous sa responsabilité, que l’édifice si solide, qui est l’unité et la cohésion nationale du Sénégal, a commencé à se fissurer.

Enfin, Le président Macky Sall devrait se faire une super priorité, en s’attelant dans les plus brefs délais à améliorer sensiblement les conditions de vie des populations sénégalaises démunies. Compte tenu de la chute, en ce moment, du prix du baril de pétrole  de 120 à 35 dollars, aucun argument valable, et moins encore un prétexte, ne peut plus être opposé à la baisse des prix à la consommation et par conséquent,du coût de la vie au Sénégal. Tous les secteurs de l’économie nationale dans lesquels le pétrole intervient, doivent connaitre nécessairement et raisonnablement des baisses, car les Sénégalais ont assez souffert d’avoir supporté la hausse du pétrole durant toute cette longue période. Il est temps aujourd’hui, qu’ils goûttent au fruit de leurs efforts consentis. En lieu et place de ce référendum, l’argent qui a été dépensé pour son organisation, aurait bien et mieux pu servir ailleurs pour résoudre des problèmes plus utiles et urgents tels par exemple: la Santé, l’éducation, l’emploi des jeunes, la sécurité, etc. Voilà aujourd’hui, quelques questions importantes, qui préoccupent, plus que tout autre, les Sénégalais.

 

Mandiaye Gaye

Gaye_mandiaye@hotmail.com

1 Comment

  1. En quoi cette forme qui existe depuis 1959 gêne t elle Macky Sall au point qu’il veuille la modifier ? Il ne faut pas occulter que le débat, c’est lui qui l’a ouvert. Sur ce point, comme sur d’autres, le peuple lui demande de ne pas toucher à sa constitution. Et ce n’est pas parce que la constitution est extrêmement parfaite, mais c’est parce que le peuple n’a pas confiance en lui. Parce qu’à chaque fois qu’il a parlé d’améliorer, le peuple a vue le pire.

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