De la gestion sobre et vertueuse à la gestion pernicieuse pour la République et la Nation

(Par Adama SADIO ADO) 

Ce référendum est en train de laisser constater la reproduction et l’accentuation des contre valeurs au point qu’il y a matière à avoir peur sur l’avenir de notre pays. Une République, une Nation, un Etat c’est certes des lois écrites, mais aussi et surtout des règles diffuses mais dotées d’un fort pouvoir coercitif surtout dans nos sociétés africaines qui sont de tradition orale. Dans l’opposition (2008-2012), Macky Sall a bâti sa légitimité sur les valeurs, mais sa pratique du pouvoir révèle qu’il s’est aligné au « pouvoirisme » africain avec tout ce que ça comporte comme pratiques pernicieuses aux valeurs. En dehors de son « wax waxeet » (reniement) sur son mandat, Macky Sall légalise la transhumance et le « wax waxeet ». Il est noté la pérennisation de la torture de la foi par beaucoup de ceux qui devraient être les « docteurs de la foi » et une instrumentalisation flagrante de l’ethnicité.

A l’endroit du chef de la Collectivité léboue, Grand Serigne Ibrahima Diagne, le Premier ministre laisse entendre « Je vous demande d’aller voter massivement « OUI » et vu votre engagement, je n’ai aucun doute sur la victoire du « OUI » chez les Lébou ». « Aucun Sèrère digne ne votera NON » dixit le Ministre Magnick Ndiaye. Suite à l’audience que leur a accordé le Chef de l’Etat au Palais, le Responsable des Maures soutient « les Maures sénégalais promettent de soutenir le président Macky Sall pour sa réélection à la magistrature suprême« . En meeting à Dalifort en mars 2015, Moustapha Cissé Lô affirme que le Président Macky Sall « dispose d’un potentiel électoral de 90% de Hal pular et de sérère qui votent en toute circonstance pour lui ». A cela s’ajoute une instrumentalisation manifeste de chefs religieux pour qu’ils bénissent son projet politique. Ces marabouts qu’il qualifiait jadis de citoyens ordinaires et au nom des valeurs républicaines avait récupéré les voitures que son prédécesseur leur avait attribuées, reçoivent, aujourd’hui, des 4*4 Pick up à la pelle accompagnés de sommes faramineuses. Cet achat de conscience qui a atteint des célébrités aux citoyens lambda se fait à visage découvert. «Ceux qui n’ont pas d’argent ne gagnent rien. Il faut procéder de la sorte pour prétendre gagner. Et c’est ce qui se passe au Sénégal», admet Moustapha Cissé Lo sur les ondes de la RFM. Ces largesses de la majorité présidentielle sont totalement aux antipodes de la gestion sobre et vertueuse tant promise. La question ultra-sensible de la nationalité sénégalaise pour ne pas dire la « sénégalité » est devenue un débat national sous Macky Sall. Ces phénomènes, certes ancrés dans la pratique politique sénégalaise, mais ont atteint un niveau insoupçonnable sous Macky Sall au point que, depuis son élection, la déchirure du tissu social ne cesse de s’approfondir.

Au début de son magistère, nous avons cru naïvement à Macky Sall que, désormais, c’est « la patrie avant le parti ». Hélas, dans sa pratique du pouvoir, il n’est pas exagéré d’affirmer que le Sénégal vit un système de Parti-Etat inédit avec des Ministres, des Directeurs généraux, etc. qui utilisent cyniquement leurs activités étatiques à des fins électoralistes. Outre le Ministre Mame Mbaye Niang, la RTS, le Directeur de Dakar Dem Dikk, entre autres, c’est à la SENELEC de s’adonner à cet exercice. Dans son communiqué pour justifier la coupure d’électricité lors du meeting du président de l’APR et chef de l’Etat à Guédiawaye, la société nationale d’électricité vote OUI. « La Sénélec veille, en effet, à la sécurité du président de la République lors de la campagne référendaire en faveur du Oui et ne saurait dévier de sa voie et de mission qui sont de fournir l’électricité à tous les Sénégalais en tous lieux et en tout temps».

C’est sous Macky Sall et surtout avec ce référendum qu’il est constaté combien l’éthique et la déontologie sont torturées par la majorité des organes de presse et journalistes. Pire, les média sénégalais violent de manière flagrante et permanente la loi électorale au nez et à la barbe du CNRA dont l’efficacité voire l’utilité est très discutable. Youssou Ndour, propriétaire de la TFM s’octroie des temps d’antenne pour appeler à voter OUI. Malick Thiandoum de la SEN TV profite du combat de lutte Boy Niang II-Garga Mbossé pour faire la propagande en faveur du président Macky Sall. A des degrés divers, presque tous les autres organes de presse s’adonnent à la propagande violant ainsi la loi électorale. Dans les télévisions, cette violation s’est traduite par la diffusion de meetings ou de publi-reportage; dans les radios, il s’agit d’annoncer des événements de campagne du courant du OUI; et, enfin, dans la presse en ligne elle se traduit par des bannières dans la page d’accueil. Pourtant, toutes ces pratiques violent l’article LO.63 du Code électoral qui dispose « Pendant la campagne électorale, sont interdites : 1) l’utilisation à des fins de propagande électorale de tout procédé de publicité commerciale par la voie de la presse, de la radio diffusion et de la télévision ; 2) l’utilisation des biens ou moyens publics aux fins de cette campagne sous peine de sanctions pénales prévues par le présent Code (…)».

Le choix de Macky Sall du « pouvoirisme africain » qui s’accompagne du « matéyisme républicain » laisse présager des lendemains pas rassurants. Obnubilé par le pouvoir, Macky Sall est capable du pire. Voter OUI, c’est cautionner le « matéyisme républicain » et les risques d’instabilité politique et sociale.

 

Adama SADIO ADO

adosadio@yahoo.fr

1 Comment

  1. VOUS FAITES UN CALCUL POLITICIEN POUR DECROCHER UN NOUVEAU FINACEMENT MAIS PAS L’INTERET DU PEUPLE .
    TOUTES LES CONFRERIES ET LES HONNETTES PERSONNES VOTENT OUI ET TOUS LES YAMBISTES VOTENT NON .
    NOS CONFRERIES SENEGALAISES ONT TOUJOURS PRIE POUR LA STABILITE DU PAYS , SONT DES MODELES D’UN ISLAM DE PAIX .
    TOUTE LA SOUS REGION BRULE MAIS AVEC LA BENEDICTION DES CONFRERIES ,LE SENEGAL SERA TOUJOURS STABLE ET QUI CONQUE CHERCHERA DE DESTABILISER LE PAYS SERA DESTABILISE .

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