Crise des réfugiés en Europe: l’effet boomerang de la turpitude et de l’islamophobie occidentales

Le traitement des réfugiés syriens par la police hongroise rappelle des moments inhumains de la deuxième guerre mondiale. En principe, on ne peut pas obliger un Etat à recevoir des réfugiés. Mais l’Europe, par ses engagements conventionnels et sa responsabilité dans la déstabilisation du Moyen Orient, est tenue de participer à la réparation des dégâts causés en offrant l’asile à des réfugiés, malgré l’islamophobie manifestée par une partie de sa population. Toute autre turpitude de sa part mènera inéluctablement à l’internationalisation du conflit syrien.

blessé 4L’occident a semé les germes de conflits au Moyen Orient, il en récolte des flux de réfugiés.
En droit de l’environnement et en droit économique, le principe pollueur-Payeur impose aux auteurs de pollutions d’en assumer la responsabilité et la réparation des préjudices causés. Ce principe, adopté par l’OCDE dès 1972, devrait être appliqué à la crise des réfugiés de guerre. Les pays qui, par la préservation de leurs intérêts économiques et stratégiques, mènent des guerres extérieures qui engendrent des vagues de réfugiés, devraient en assumer les conséquences. Dès lors, il faut réfléchir à la mise en place d’un principe « déstabilisateur – hébergeur ». La turpitude occidentale, qui consiste à fournir des armes aux belligérants, à mener des guerres idéologiques et stratégiques en Irak, en Lybie et en Syrie, doit être assumée. L’Etat Islamique est dressé en facteur de consensus, pour camoufler la catastrophe géopolitique issue de la guerre froide délocalisée au moyen orient entre l’Occident et la Russie. Les atrocités commises par l’Etat Islamique ne sont pas les seules causes des mouvements de réfugiés vers l’Europe. D’une part, l’Occident, par son inertie et ses guerres fâcheuses sans « service après vente », a une part de responsabilité dans l’émergence de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie. D’autre part, en ménageant la Russie, et par ricochet Bachar Al-Assad, il a une responsabilité dans le génocide du régime syrien contre son peuple. Par ailleurs, les frappes aériennes de l’Occident causent aussi des morts parmi les civils. Il s’en suit que tout syrien, tout irakien, a le droit naturel de chercher à préserver sa vie en fuyant le carnage multidimensionnel dans lequel son pays est plongé. L’Europe à donc l’obligation de recevoir une partie des réfugiés qui fuient ce chaos mortel. Pour mettre fin à ce chaos et limiter les flux de réfugiés, les alliés occidentaux devraient en priorité attaquer les zones contrôlées par Al-Assad. En effet les bateaux de réfugiés ne partent pas des zones contrôlées par l’Etat Islamique, mais par le régime syrien. A minima, pour une action militaire opportune, il faudra concomitamment faire tomber le régime d’Al-Assad et l’Etat Islamique en Syrie. La stratégie qui consiste à attaquer dans un premier temps l’Etat Islamique, pour négocier ensuite la réconciliation nationale avec le régime d’Al-Assad, ne marchera pas. Tant qu’Al-Assad restera au pouvoir, d’autres groupes de résistance se formeront après l’anéantissement éventuel de l’Etat Islamique. Le problème ne sera pas résolu, mais juste déplacé dans le temps ou dans l’espace. L’Europe pourrait à nouveau être envahie par des réfugiés

Des maires français déclarent ouvertement leur islamophobie à l’égard des réfugiés musulmans.
maires chrétiensEn France on peut constater des banderoles devant des édifices publics qui montrent ouvertement leur préférence à la protection des minorités chrétiennes persécutées. Mieux, des maires français viennent de déclarer qu’ils ne veulent pas dans leurs communes des réfugiés musulmans. C’est indigne et illégal. Le droit d’asile ne peut être distribué avec une discrimination en fonction de la religion. Le gouvernement français ne peut pas laisser passer une telle ignominie. L’Eglise quant à elle ne devrait pas réserver sa solidarité aux seuls réfugiés chrétiens. Les minorités religieuses persécutées, qu’elles soient chrétiennes, musulmanes, juives ou autres, méritent le même soutien. Le comportement de ces maires, qui n’ont de pitié que pour les persécutés chrétiens, risque de valider les théories sur l’existence d’un axe du bien (l’occident et le christianisme) et d’un axe du mal (Les arabes et l’islam). Il conforte aussi les suspicions sur l’existence d’une guerre secrète des civilisations, fomentées par l’Occident pour affaiblir l’Islam, au prétexte d’un combat contre le terrorisme djihadiste. A cela s’ajoute des nationalistes qui défilent dans des pays européens comme la Pologne, la Slovaquie ou la République Tchèque pour manifester ouvertement leur Islamophobie aux réfugiés syriens. Ça sent les prémices d’un troisième conflit mondial, dicté par la haine religieuse. L’Etat Islamique est un danger à anéantir. Mais il existe un fait aussi dangereux et, pis, plus sournois, qu’il faut aussi anéantir : l’attitude de dirigeants et politiques européens consistant à orchestrer la peur de l’islam pour ensuite se positionner en rempart et gagner de l’électorat. Un exemple révélateur : les politiques comme le maire de Béziers en France, qui endoctrinent l’opinion, encouragent le nationalisme ou vocifèrent que des terroristes de l’Etat Islamique pourraient infiltrer les réfugiés pour commettre des attentats en Europe. Ces manipulations politiciennes sont grotesques et lourdes de conséquences pour la paix dans le monde. C’est pitoyable !

La guerre anti-réfugiés aura lieu.
Les tendances belliqueuses de personnes influentes et médiatiques comme Bernard Henri Levy, un philosophe spécialiste de tout, vont inciter les politiques à renouer avec le cycle infernal et interminable de la guerre au Moyen Orient. L’opinion est aussi préparée à une guerre contre l’Etat Islamique en Syrie. Mais on ne promeut pas une guerre contre le régime syrien. Or il est impossible de combattre l’Etat Islamique sans faire la guerre pour Bachar Al-Assad. Depuis la fusion en 2013 entre l’Etat Islamique en Irak et le Front Al-Nosra engagé à faire tomber le régime de Bachar Al-Assad, beaucoup de milices combattant le régime syrien se sont alliées aux islamistes. Ce qui a fortement affaibli Al-Assad. Mais les frappes militaires des Etats Unis et de leurs alliés occidentaux contre l’Etat Islamique constituent une « armée-bis » pour Al-Assad. En détruisant ses ennemis, les occidentaux le renforcent. La stratégie de Bachar Al-Assad consiste alors à justifier le génocide qu’il opère depuis des années contre sa population par la lutte contre les terroristes musulmans. Ainsi, beaucoup de gouvernements européens, désireux d’anéantir le fondamentalisme islamique, veulent s’allier à Al-Assad qu’ils qualifiaient de bourreau il y a quelques années. Pour combattre efficacement l’Etat Islamique les occidentaux doivent avoir le courage de l’affronter sur terre, et d’arrêter les frappes aériennes isolées qui déstabilisent les zones concernées, tuent des milliers de civils et contraignent des milliers de survivants à l’exode. Le territoire du Califat proclamé en juin 2014 par l’Etat islamique, qui s’étend d’Irak à la Syrie, ne peut être reconquis uniquement avec des bombardements aériens : 2500 frappes aériennes des occidentaux ont été recensées en deux ans, l’Etat islamique nuit toujours. La guerre des réfugiés aura forcément lieu. Mais on peut d’ores et déjà se poser des questions sur sa motivation. Les centaines de milliers de morts causés par le conflit syrien n’ont pas été suffisants pour que la communauté internationale se décide à mettre fin au carnage. Il a fallu que le site archéologique de Palmyre soit menacé par l’Etat Islamique, que des réfugiés envahissent l’Europe et que la photo du cadavre d’un enfant syrien de 3 ans fasse le buzz sur les réseaux sociaux pour que l’Europe de décide à agir. L’attitude de la France en témoigne. Comme motivation, et pour justifier l’incohérence de son entrée en guerre en Syrie contre l’Etat Islamique, la France invoque la légitime défense. Jusqu’ici la France était dans la logique de ne pas combattre l’Etat islamique en Syrie pour ne pas renforcer Bachar Al-Assad. Dorénavant le risque d’actes terroristes sur son territoire est brandi pour conforter cette légitime défense. Mais la légitime défense suppose un danger imminent contre lequel on est fondé à se protéger. Or la menace « Etat Islamique » n’est pas un fait nouveau. Elle existe depuis des années. Les centres d’entrainement et les exactions de l’Etat Islamique ne sont pas contemporains à l’invasion de l’Europe par les réfugiés fuyant les guerres au Moyen Orient. Cette conception fleuve et surréaliste de l’article 51 de la Charte des Nations Unies sur la légitime défense est erronée : La France ne fait pas l’objet d’une agression armée sur son territoire. Elle peine à camoufler des raisons tangibles de la soudaine volonté belliqueuse de la France :
– Satisfaire une attente de l’opposition et de l’opinion françaises. Cette dernière distribuant des points d’indice de confiance au président français à chaque fois qu’il décide d’entrer en guerre dans un conflit où l’islam est mis en cause (Mali, Centrafrique, Irak, etc.) ;
– Freiner les flux de réfugiés qui envahissent l’Europe, en tuant le mal depuis la source.
– Justifier pourquoi on fait la guerre contre l’Etat islamique et non contre Bachar Al-Assad, alors que tous les deux participent au même niveau à la déstabilisation du pays par des massacres inouïs. Camoufler ainsi la peur de l’Europe à affronter la Russie en Syrie.
Après avoir annexé la Crimée sous les yeux du monde, et dicté sa loi à Donetsk, la Russie mène la danse en Syrie. Selon le Pentagone, elle aurait déployé des armes de guerre sur un aéroport au de Nord de la Syrie. La guerre froide va-t-elle devenir chaude dans les jours qui viennent ?
Aliou TALL,
Président du Réseau Africain de Défense des Usagers, des Consommateurs et du Citoyen
(RADUCC)