Condamnés à mort en Gambie…Les craintes d’Amnesty International

Amnesty International s’inquiète de la grave dégradation de la situation des droits de l’Homme en Gambie depuis quelques mois. Une inquiétude exprimée par l’organisation de défense des droits humains dans un communiqué de presse publié pour marquer les 21 ans de règne du dictateur gambien, arrivé à la faveur d’un coup d’État le 22 juillet 1994.
Mais au-delà du mépris du régime gambien pour les valeurs humaines, c’est surtout l’annonce faite par le Président gambien Yahya Jammeh de reprendre les exécutions de détenus condamnés à mort qui préoccupe Amnesty International. Selon Sabrina Mahtani, chercheuse à Amnesty International pour l’Afrique de l’ouest, les 21 ans au pouvoir de Jammeh sont une catastrophe pour les droits humains en Gambie où “un climat de peur a complètement rogné la vie des Gambiens depuis 20 ans.
Cette situation s’est détériorée ces 12 derniers mois pour les journalistes, les personnes perçues comme gays ou lesbiennes, mais surtout pour les personnes considérées comme des opposants au régime et leurs familles qui sont personnellement visées”, explique la responsable d’Amnesty. Sabrina Mahtani convoque la sortie récente du dictateur gambien lorsqu’à l’occasion de la Korité, Jammeh recevant les chefs religieux de Gambie, leur annonce la reprise prochaine des exécutions de personnes condamnées à mort dans son pays.
Les déclarations de Jammeh sont d’autant plus inquiétantes que l’homme fort de Banjul entend “corser et élargir la nature de délits passibles de la peine de mort” selon la responsable d’Amnesty. Car jusqu’ici la Gambie n’applique la peine capitale que contre les personnes reconnues coupables d’avoir causé la mort de manière violente ou par l’administration de substances toxiques.
Et Sabrina Mahtani d’indiquer que l’annonce de Jammeh marque la fin de son moratoire unilatéral sur les exécutions de personnes en Gambie. Et Amnesty de faire le lien avec les condamnations à mort prononcées le 30 mars dernier contre trois soldats jugés à huis clos par un tribunal militaire secret qui les a inculpés pour tentative de coup d’État. D’autres militaires ont été condamnés à la prison à perpétuité par la même juridiction secrète.
Au sujet de la répression qui a suivi ce coup d’État manqué le 30 décembre 2014, la responsable d’Amnesty international rappelle que plusieurs personnes, dont de vieilles femmes et des adolescents, sont portées disparues ou gardées au secret depuis janvier dernier. Leur seul tort, c’est d’avoir des liens de famille avec des personnes accusées de tremper de cette histoire.
Amnesty rappelle aussi que les 21 ans de règne de Yahya Jammeh ont été fatalement nuisibles aux journalistes et aux défenseurs des droits humains. En témoigne l’enlèvement de Alhagie Ceesay, directeur de la radio Teranga FM, qui a été finalement jeté dans une forêt après avoir subi des actes de torture.