Cheikh Anta Diop bientôt dans les programmes

Contribution : Problématique de l’intégration de la pensée et l’œuvre de Cheikh Anta DIOP dans les programmes scolaires.

Bou FALL Docteur en géographie, ancien instituteur, ancien professeur d’histoire et de géographie, Inspecteur de l’Education et de la Formation de Kédougou donne son point de vue.

La lecture de l’article portant sur l’intégration de la pensée de Cheikh Anta DIOP dans les programmes me permet aujourd’hui en tant qu’acteur du système éducatif de relativiser certains propos largement vulgarisés dans nos médias par des pseudo- spécialistes et de faire des propositions allant dans le sens de traduire cette volonté du chef de l’Etat en actes.

En effet, il est souvent courant d’entendre dans les médias, à l’occasion de la célébration de la disparition du savant, des spécialistes s’offusquer de l’absence de la pensée de Cheikh Anta DIOP dans nos programmes en se basant sur des réponses à des questions posées à des  jeunes élèves et étudiants.

Pourtant, je pense que c’est un mauvais procès fait à l’Etat du Sénégal ; en interrogeant nos programmes dès l’élémentaire, l’histoire de l’Egypte est abordée, il en est de même dans le moyen secondaire, les programmes évoquent aussi, la question de l’Afrique berceau de l’humanité.

La véritable question à poser est celle de savoir comment un enseignant d’histoire peut aborder ces problématiques sans se baser sur les travaux de l’éminent chercheur et égyptologue.

Je pense que le problème se situe ailleurs, au moment des recrutements massifs de vacataires, n’importe quel profil a été pris pour enseigner l’histoire et la géographie : des étudiants en droit, des sociologues et autres étudiants en lettres. Ainsi cette discipline a été malmenée dans nos classes.

Grande a été ma surprise cette année quand j’ai constaté qu’ à l’occasion d’un concours d’excellence dans l’Académie de Kédougou, aucun prix en Histo -Géo n’a été décerné.

Il est temps que le système s’interroge sur sa marche, il est souvent rare de voir un séminaire ou une activité de formation d’enseignants portant sur le relèvement du niveau. On agit comme si le niveau académique des enseignants est bon et souvent nos actions portent seulement sur la didactique.

Il faut que nous mettions l’accent aussi au niveau de la formation continue sur les contenus à enseigner car quels que puissent être les talents d’un enseignant, s’il ne maîtrise pas les connaissances à enseigner, son action est vaine.

L’autre aspect non moins important, ce sont les manuels, là également, la charrue est mise avant les bœufs. On s’accorde sur les compétences, les objectifs et contenus et les manuels viennent après.Aujourd’hui  l’absence de la pensée de Cheikh Anta est certainement liée à l’absence de manuels scolaires évoquant la question ; ainsi ce sont les professeurs bien formés à l’université et  à la FASTEF qui peuvent avoir les armes pour aborder cette problématique.

Pour une fois, je suggère qu’on mobilise les universitaires, inspecteurs et enseignants de tous ordres pour produire des manuels pour tous les niveaux d’enseignement.

Pour terminer, il faut dire que la pertinence de cette question de l’intégration de la pensée de Cheikh Anta DIOP coule de source, il y a lieu seulement de ne pas travailler dans l’urgence et de réfléchir à tout ce qui peut aider à traduire en actes cette volonté et au-delà de Cheikh Anta, d’étudier la possibilité d’une refondation du système. Refondation vers davantage de sénégalité et d’africanité.

Propos recueillis par Adama Diaby à Kédougou pour xibaaru.com