Attention le Sénégal recule…

A peine arrivé au Pouvoir en 2012 ,le Président Macky SALL  s’est précipité à ressusciter la CREI(Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite) ,en  veilleuse depuis un peu plus de trois décennies. Mis devant le fait accompli, les Sénégalais conçurent la mesure et le Chef de l’Etat eut les coudées franches dès lors qu’à l’epoque,le sentiment le mieux partagé était que « La reddition des comptes constituait une demande sociale ».L’euphorie était alors à son summum, le Président  Macky et ses ouailles ne cessèrent par conséquent de se bomber le torse avec en bandoulière la belle symphonie « Fin de l’impunité au Sénégal sous le régime qui triompha de Wade ».La Cours spéciale fut donc mise en branle et un Procureur très spécial, se vit confier les rennes. Sa première sortie accrocha le Peuple .C’était lors d’un point de presse à l’occasion duquel il visa « une vingtaine de pilleurs de deniers publics », tous issus du défunt régime wadien.La suite on la connait.

Karim Meissa Wade, cible privilégiée d’alors, fut condamné à six ans de prison ferme après un procès marathon de plus d’un semestre au cours duquel le Procureur Alioune Ndao fut limogé en pleine audience et remplacé par un autre, Cheikh T. Mara celui-ci, chargé d’en finir avec le fils de l’ancien Président Wade. Les portes de Rebeuss venaient donc de se refermer sur Wade fils. L’ampleur de l’accusation en valait peut être la chandelle, 794 milliards de nos pauvres francs avaient été « volés »des caisses de l’Etat selon l’actuel Gouvernement, par M. Karim Wade et ses complices. Les réactions fusèrent de partout, de la mouvance presidentiel, de l’opposition et principalement du PDS, de la société civile, des syndicats…Alors que les caciques du régime enfonçaient la principale et première victime de la CREI depuis sa création en 1981, les responsables du Parti de Wade parlaient de cabale contre leur candidat à la prochaine présidentielle. L’affaire dite « Karim Wade » prit ainsi en haleine le Sénégal pendant trois longues années .Interrogée par la presse locale sur une éventuelle libération de ce prisonnier considéré de « politique »par ses partisans, le Chef de  l’exécutif depuis Kaffrine en conseil des ministres décentralisé fut sans équivoque « Je n’interviendrai pas sur l’ affaire Karim Wade il faut laisser la justice faire son travail. »Le spirituel allant de pair avec le temporel depuis que le Sénégal existe, les sollicitations officielles du Khalife de Touba tout comme du porte parole de Tivaouane ne trouvèrent guère l’aval du Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, aujourd’hui contesté par l’Union des Magistrats du Sénégal. Et pour cause :c’est lui-même Gardien de la Constitution qui un beau matin a déclaré sur RFI que le détenu Karim Wade, « pilleur de deniers publics »jamais recouvrés(au sens officiel du terme),malgré plusieurs centaines de millions perdus par l’Etat entre Commission Rogatoires, honoraires d’avocats, frais de mission, frais d’hôtels… ,serait élargi de prison avant la fin de l’année. Chose promise, chose due puisque contre toute attente, c’est seulement quelques jours après cet engagement de l’autorité suprême que l’ex Ministre du Ciel et de la terre, fils à Papa, fut élargi de prison en catimini et en pleine nuit grâce à l’intervention remarquée du Qatar dont le souverain fit affréter un vol spécial avec à son bord le procureur de ce pays du Golf ainsi que le fils du Roi(ami du prisonnier).Karim partit donc comme un fils de roi et en jet privé s’il vous plait !Combien de francs ce « voleur »du Sénégal a t’il recouvrés pour se voir aussi royalement libéré. On avait parlé de 794 milliards de deniers spoliés. Le Peuple souverain, détenteur de la légitimité actuelle du Chef de l’exécutif réclame encore son droit à l’information. Au cas contraire, il ya eu tentative d’humiliation et offense à M. Karim Wade. Cela ressemble à de l’amateurisme d’Etat après toute la démagogie qui a suivi les premiers mois de l’arrestation de cette personnalité politique promue à devenir un adversaire sérieux du régime actuel. Eh oui ! Un détenu naguère si gravement accusé qui se voit libéré par une grâce présidentielle qu’il n’a jamais demandée selon ses propres termes et ceux de ses proches, cela sent le sabotage. L’Etat de droit a encore à travers cet acte, subi un sacré coup ;l’Exécutif a une fois de plus, prouvé au Judiciaire, que la séparation des Pouvoirs demeure  chimérique au Sénégal malgré les ruptures si pompeusement promises par le candidat à sa propre succession en 2019.Sinon comment ne pas croire aux propos d’Idrissa Seck,leader de REWMI, qui considère cette libération comme un deal international ?Non content de cette lugubre épisode de la libération de Karim, l’exécutif égratigne encore le judiciaire avec le limogeage rocambolesque de Nafi Ngom Keita ,ex Présidente de l’OFNAC. Cette Inspectrice Générale d’Etat, ancien Vérificateur du Sénégal, a osé épingler des amis du Pouvoir à savoir les Directeurs du COUD, de POSTEFINANCES, des Mines de Diourbel entre autres,adeptes de la mal gouvernance ?Ceux-ci se sont défoulés sur la pauvre dame pour se laver à grande eau avant que le Directeur de Cabinet du Président de la République(l’homme fort de Thiadiaye), ne leur vienne en renfort pour l’ « achever ».Last but not least, l’un de ces épinglés de l’OFNAC, alors en prison, vient de bénéficier d’une liberté provisoire et bombardé, selon la presse, PCA par le Président de la République. Pour les cas des DG du COUD et de POSTEFINANCES, ils peuvent naturellement dormir tranquilles sous l’aile protectrice de leur big boss de Président. Quoi de plus normal dans ce Sénégal des « ruptures »quand la presse nous rapporte qu’un Ministre de l’actuelle Gouvernement (xalé xaaliss), aurait rabroué et éconduit des Magistrats de la Cour des Comptes ? Si c’est ça la République  des valeurs, je frissonne encore d’inquiétude quant à l’avenir de notre Nation. Cependant, disons  grand merci et courage à la dame de fer Madame Nafi Ngom Keita. Ce sont des femmes et hommes de leur trempe dont le pays a besoin même si ces actes aux antipodes de l’éthique devraient se poursuivre sous l’actuel régime. De quelle rupture nous parlait-on donc ? Faisons gaffe, le Sénégal marche vraiment à reculons.

Alors que le débat sur le limogeage de madame Keita était encore sur toutes les lèvres, un haut fonctionnaire de l’Etat se voit humilier, histoire de le museler face à ses révélations fracassantes. Il s’agit de l’Inspecteur des Impôts et Domaines, Ousmane Sonko qui a commis les « pechés»d’avoir soutenu que l’Assemblée Nationale ne payait pas ses impots,confirmé en cela par le Ministre des Finances, que la TFM de Youssou Ndour est coupable de délinquance fiscale, que le Président doit être un lion éveillé et non dormeur…Suspendu de ses fonctions pour je ne sais quel motif, et en violation flagrante de la loi 61-33 portant statut des fonctionnaires, cette mesure est à la fois arbitraire et très impopulaire venant des autorités d’un Etat qui se respecte et qui respecte ses citoyens. L’Inspecteur Sonko est un leader politique, président d’un Parti politique dénommé PASTEF et appartenant à l’opposition. N’a t’il pas le droit de faire de la politique et de s’opposer en mettant à nue les tares de ce régime ? Dans quel pays sommes-nous au moment où l’actuel Ministre des Finances, son collègue, ainsi que plusieurs Inspecteurs et fonctionnaires des Impôts militent dans le Parti présidentiel et déroulent des activités politiques d’envergure locale et nationale. Soyons sérieux ! Ce pays nous appartient à tous et nous ne nous renierons jamais pour survivre quant à la consolidation de l’Etat de droit et à la promotion des libertés acquises de haute lutte par nos ancêtres et préservées par les Présidents Senghor, Diouf et Wade. Le Peuple du Sénégal renouvelle son soutien indéfectible à Monsieur  Sonko, à Madame Keita ainsi qu’à toutes ces Sénégalaises et Sénégalais patriotes, émérites fonctionnaires dont les compétences et la détermination pour la sauvegarde d’un Etat fort dans le respect des principes fondamentaux de la République, ne sont plus à démontrer.

VIVE LE SENEGAL ! VIVE L’ETAT DE DROIT ! VIVE LA PAIX.

Mamadou Biguine GUEYE

Enseignant

Militant du Grand Parti /FATICK.