Y en a marre veut mener des actions contre la libération de Karim Wade…

« Y’EN A MARRE » DU SYSTÈME JUDICIAIRE

Le Mouvement Y’en a marre, sans doute revigoré par l’appui et la reconnaissance internationale qu’elle ne cesse de recevoir, va à l’assaut du « Macky ». La période de grâce a trop longtemps duré. Le Mouvement prévoit de juger la Justice, ce jeudi, et sans doute de mettre un plan d’action pour corriger ce qu’il estime être des imperfections du « système judiciaire sous Macky ».
Une situation qui suscite, de notre part, deux types d’interrogations. La première est de savoir s’il s’agit d’une défense des vrais principes de la République ou tout simplement d’un acharnement sur les Wade. La seconde est de se demander s’il y a, véritablement, « un système judiciaire sous Macky ». En somme, de voir si ce mouvement à l’égard de qui nous avons beaucoup d’affection, est fondé à s’alarmer. C’est une lapalissade de dire que la gestion des Wade a permis la naissance d’un mouvement envié à travers le monde. Y’en a marre est une fierté pour le Sénégal mais une épine dans le pied des Wade.
Il s’est certes distingué, lors du référendum, presque aux côtés du Pds, pour le triomphe du « Non », mais son opposition au pouvoir de Macky ne s’est pas véritablement fait ressentir. Sinon, le mouvement qui est un groupe de pression, aurait continué le combat, tambour battant. Au nom du respect des principes. Si donc, aujourd’hui, il compte continuer son combat, c’est parce que Karim Wade va sans doute être libéré et Macky flirter avec les libéraux. Or, dans ce mouvement, on est assez averti pour savoir que le président de la République a un pouvoir de grâce et que Karim peut même bénéficier de la liberté conditionnelle ou d’une amnistie. C’est en toute légalité. Mais, ce qui dérange, c’est la perspective que les Wade puissent être réhabilités avec, en toile de fond, la possibilité qu’ils retournent aux affaires.
Le combat contre le régime de Wade était certes de principe, mais il est en train de prendre des tournures personnelles. Tout se passe comme si c’est Abdoulaye Wade et son fils qui dérangent. S’agit-il de pression reçue de la part de ceux qui décernent des distinctions ? L’avenir nous le dira. En tout cas, Y’en a marre semble diriger la fronde contre le système judiciaire sénégalais sous Macky. Est-il fondé à le faire ? Disons que la réactivation de la Cour de répression de l’enrichissement illicite (Crei) sans la dépoussiérer a été une erreur grave. Ce tribunal d’exception foule au pied les principes élémentaires sur lesquels se fonde le droit répressif.
Mieux, le Président qui avait promis de ne protéger personne, n’est pas allé jusqu’au bout de la traque des biens mal acquis. Plus grave, il a favorisé la transhumance pour justement mettre à l’abri des personnes épinglées dans des rapports d’audit comme ceux de la Cour des comptes. Pis, le lien ombilical qui lie le ministère de la Justice et le Parquet c’est-à-dire les Procureurs, rend les poursuites sélectives et discriminatoires. Surtout dans le dossier de la traque. Et malheureusement, les réformes judiciaires attendues n’ont pas eu lieu car le président Sall continue à présider le Conseil supérieur de la magistrature où sa présence n’est pas nécessaire. Encore moins celle de son ministre de la Justice qui en assure la vice-présidence. Autant de choses qui donnent raison à Y’en a marre.
Toutefois, ces tares de notre justice ont toujours existé. Il s’agit de vieux débats qui datent des années 60. Macky devrait certes les combattre mais Y’en a marre n’est pas fondé à attendre l’annonce de la libération de Karim Wade pour en parler. Il avait quatre ans pour le faire. Comme quoi, il ne faut pas que nos mouvements de Société civile répercutent cette principale tare qu’ils reprochent à notre Justice : Le manque d’indépendance.