Voici le protocole de Doha…Selon la lettre du Continent

La Lettre du Continent rebondit encore sur l’affaire Karim Wade dans une de ses publications de la semaine écoulée, pour en donner les détails. D’après la LC, « la grâce présidentielle, suivie de la libération de Karim Wade dans la nuit du 23 au 24 juin, a été le résultat d’une série de missions de bons offices ». D’abord, il y a les chefs religieux sénégalais. « Karim Wade, fraîchement «élargi», a adressé ses remerciements à l’ensemble des chefs religieux sénégalais. C’est pourtant le Khalife général des mourides Cheikh Sidy Makhtar Mbacké qui a joué un rôle décisif dans sa libération. Fort de plusieurs millions de talibés (fidèles) au Sénégal et à l’étranger, le chef religieux a traité directement avec Macky Sall. Condamné en mars 2015 à six ans de prison et à 138 milliards Fcfa (209 millions d’euros) d’amende pour enrichissement illicite, Karim Wade a été régulièrement informé de l’évolution des négociations par l’ancien ministre Madické Niang, un mouride toujours bien connecté au pouvoir et pour qui Touba, «Mecque» du mouridisme, n’a aucun secret», écrit la LC. Ensuite hors du Sénégal, dit-elle, deux chefs d’Etat ont tout fait pour obtenir la libération du pensionnaire de la Maison d’arrêt de Rebeuss : Alassane Ouattara, constamment soutenu par Abdoulaye Wade dans sa conquête du pouvoir en Côte d’Ivoire et Denis Sassou Nguesso. Tout en appelant le «Gorgui» à la pondération, les présidents ivoirien et congolais ont tenté, à maintes reprises, de persuader Macky Sall de sortir de ce contentieux avec son prédécesseur. Sassou Nguesso a, par ailleurs, dépêché son fils Denis Christel à deux reprises à Dakar pour s’enquérir de l’état de santé de Karim Wade».

Celui dont le rôle a été déterminant au niveau international, est sans doute celui que l’on surnomme « le frère jumeau de Karim Wade, l’émir du Qatar Cheikh Tami ben Hamad Al Thani . Ce dernier avait confié, dès 2015, le suivi de ce dossier à son Attorney Général Ali ben Fetais AlMarri. Ce docteur en droit international formé à la Sorbonne a effectué une dizaine d’allers-retours entre Doha et Dakar. Il a d’autant mieux réussi à séduire les autorités sénégalaises, qu’il gère un organisme international chargé, entre autres, de la lutte contre la corruption et la récupération des biens mal acquis. De fait, il n’y a pas eu de tractations proprement dites entre Dakar et Doha. En avril, Macky Sall a posé les conditions à une éventuelle grâce de Karim Wade. L’émissaire qatari en a informé le détenu qui a demandé à réfléchir et a rejeté certaines d’entre elles. Il a ainsi refusé de solliciter formellement une demande de grâce qui équivalait, selon lui, à une capitulation. Il n’a pas davantage concédé de renoncer à la politique ni à une candidature à la présidentielle de février 2019 au Sénégal, sa condamnation ne l’ayant d’ailleurs pas privé de ses droits civiques et politiques. En revanche, le fils de Abdoulaye Wade a accepté d’être libéré nuitamment et de quitter Dakar pour un bref exil dans le riche émirat pétrolier : les deux conditions imposées par Macky Sall.