Une cohabitation est-elle possible en 2017 ?…Un expert en sciences politiques répond…

Le Dr Cheikh Atab Badji, MBA en Science politique reste convaincu que dans ce contexte politique actuel de post référendaire, «la survenue d’une cohabitation reste quasi inéluctable». Dans cet entretien accordé à Sud Quotidien, l’analyste politique a relaté les indices qui semblent objectiver un jeu politique. Dr Badji est, par ailleurs, revenu sur le comportement que doit adopter la classe politique, si cohabitation il y a, non sans indiquer la situation politiquement conflitgène que causerait une cohabitation au Sénégal.

Vue la nouvelle configuration politique qui se profile, peut-on envisager une probable cohabitation à l’Assemblée nationale au lendemain des législatives de 2017 ?

Dans une élection, tous les cas de figure doivent être envisagés. L’issue de toute jouxte électorale obéit à un paramètre, par essence, insaisissable, à savoir ce qu’on identifie en science politique comme le comportement électoral qui reste dépendant des données de circonstance dont le discours politique, les manœuvres politiciennes, le contexte socioéconomique favorable ou défavorable, l’usure du pouvoir…. Dans notre contexte politique actuel de post référendaire qui a vu la synchronisation de l’agenda électoral, la survenue d’une cohabitation reste quasi inéluctable, dans les sept prochaines années. Plusieurs indices semblent objectiver un jeu politique ouvert, si on interroge les chiffres de l’histoire électorale récente.

  • Que les législatives de 2012, année d’une alternance euphorique, organisées quatre mois tout juste après la présidentielle,  n’aient permis d’élire une assemblée qu’avec un taux de participation historiquement faible (environ 36%), avoisinant celui du referendum.
  • la victoire mitigée aux (dernières) élections locales qui partagent avec les législatives le potentiel de scission du bloc parti
  • la faible participation référendaire malgré la forte mobilisation humaine et matérielle,  laisse entrevoir les limites objectives de la coalition de circonstance, émanant plus d’une sanction politique que d’un résultat d’une véritable représentativité.
  • le faible potentiel de mobilisation (autour de 35%) des législatives depuis 1993 (date de découplage présidentielle-législatives) jusqu’à nos jours, en dehors de l’exception de 2001 (67%)
  • les coalitions comme conglomérats de chefs de partis (non de partis) qui pèsent plus comme fardeau politique que poids électoral car l’arithmétique électorale enseigne que  l’addition en politique n’est forcément synonyme de croissance; certains éléments étant comme affectés d’une charge négative ou une valeur nulle annulant ainsi toute opération d’addition ou de multiplication les impliquant.
  • le pari incertain des retrouvailles avec leur lot certain de séparations et de recomposition du paysage politique où la morale du slogan “gagner ensemble, gouverner ensemble” risque de céder le pas à la raison face  au risque de “gagner ensemble, gouverner ensemble et perdre ensemble”.

Bref, autant de paramètres qui présagent d’un jeu ouvert en 2017 et en 2023 où un changement de majorité parlementaire est bien dans l’ordre du possible.