PS, PDS, APR…Une classe politique qui a besoin d’un supplément d’âme

Hier c’était Fada, aujourd’hui c’est Aliou Sow ! Les faits sont différents, mais  la logique demeure la même : on se dispute des postes de responsabilité dans un parti où on a perdu (ou renoncé à) toute légitimité. La seule question qu’une telle posture soulève est : où se trouve la grandeur ? La dignité aurait suffit pour conseiller à un homme à qui il reste encore un peu de lucidité et de bon sens de ne pas s’avilir au point de disputer un poste de député à un parti dans lequel on ne se reconnait plus. Mais on me rétorquera que le champ politique n’est pas régi pas les catégories de la morale. A cela nous répondrons en citant A. Malraux : « on ne fait pas de la politique avec la morale, mais n’en fait davantage sans ». Comment un homme politique dont la fonction a été usurpée peut-il se prévaloir d’une légitimité politique ? Comment la fierté peut-elle faire défaut à ce point ?

Ailleurs les hommes politiques s’opposent sur des questions d’enjeu économique ou de politique sociale, mais dans notre pays l’assemblée est polluée par des pratiques de sectarisme, d’ostracisme et le champ politique est à la limite un espace où se disputent les petites choses avec de petits arguments. L’argument consistant à dire qu’on doit se battre par principe parce qu’on a contribué à l’effort de guerre ne peut pas prospérer ici : quand on décide de quitter un parti on lui rend ses faveurs. Ce que le PDS a fait pour Fada et Aliou Sow est incommensurable à ce qu’ils ont fait pour lui. Et s’il s’agit de représenter le peuple, les espaces pour le faire sont nombreux : la démocratie représentative peut parfaitement s’exprimer sous des formes différentes. C’est archifaux et malhonnête de penser qu’on ne peut pas représenter son peuple en dehors des sphères du pouvoir ou des instances de décision. En toute chose il faut un minimum d’élégance et de hauteur : les actions nobles requièrent toujours un peu de sacrifice. Qui indemnisera le PDS de l’affaiblissement qu’il a subi à cause de la défection de ses enfants après la perte de pouvoir ?

J’aurais été membre du régime de Wade je me serais fait une morale simple : la liberté de quitter le PDS, comme toute liberté, a un coût. Et ne méritent en général cette liberté que ceux qui sont disposés à en supporter le coût. Même dans la vie conjugale on peut se séparer de manière civilisée avec grandeur et respect mutuel. On ne peut pas prétendre reprocher à son parti d’origine un défaut de démocratie et adopter une posture qui contribue à affaiblir la démocratie : cette tartufferie ne fait qu’occulter un défaut de courage. Les grands hommes sont ceux qui savent très tôt prendre leur destin en main au lieu de se morfondre dans un opportunisme moribond. Il faut une grande âme pour les grandes conquêtes, il faut de grands hommes pour relever les grands défis. Tant qu’un homme n’est pas capable de noyer son destin personnel dans celui de son peuple il ne mérite pas de parler au nom de celui-ci. Les petites querelles sont toujours révélatrices d’un état d’esprit : l’intolérance.

C’est symptomatique d’ailleurs de constater que le régime actuel est devenu un sanctuaire pour des combines mesquines de ce genre. Ce qui se passe avec ce régime c’est qu’on se couvre du manteau du droit pour donner une apparence légale à des crimes contre la démocratie. On ne peut pas prétendre renforcer la démocratie et chercher affaiblir son opposition par des pratiques aussi mesquines. Milan Kundera a dit « celui qui regarde vers le haut ne peut jamais avoir le vertige ». Chez nous malheureusement on regarde tellement vers le bas que non seulement on a le vertige, mais on ne voit plus que les choses basses. L’esprit de dépassement manque cruellement à la classe politique sénégalaise et le régime de Macky Sall ne fait qu’amplifier la chose. Dans un régime où on cherche à sanctionner les personnes plutôt que les actes on ne peut pas bâtir la démocratie sur une philosophie autre que le manichéisme.

Alassane K. KITANE, professeur au Lycée Serigne Ahmadou Ndack Sarr de Thiès