Rapport IGE sur le Soleil…Salaires fictifs, 13ème et 14ème mois, logiciel à 45 millions…La caverne des fraudes

Les résultats du rapport public 2015 de l’Inspection générale de l’Etat (Ige) sur le contrôle opéré à la Société sénégalaise de presse et de publicité (Sspp) Le Soleil, ont révélé des dysfonctionnements dans la gestion du quotidien national.
Pour l’Ige, l’audit organisationnel, financier et comptable de la Sspp Le Soleil a permis de déceler des manquements susceptibles d’entamer les performances de la société, dans un contexte de concurrence et de mutation de l’environnement technologique du secteur de la presse. Selon les inspecteurs généraux, les manquements les plus saillants sont relatifs à l’absence d’une planification stratégique et à des défaillances dans la gestion financière et comptable.
En effet, les vérificateurs sont d’avis que l’absence d’une planification stratégique n’a pas permis une gestion optimale des programmes pluriannuels d’investissements. Ainsi, note le rapport, «il est apparu que des projets d’investissements, d’une importance capitale pour la société, n’ont pas été mis en œuvre dans les meilleures conditions de succès».
Un logiciel à 45 473 331 F Cfa
Et de constater des manquements liés à la commande en 2005 de véhicules et autres équipements indûment payés d’avance à un fournisseur pour 106 809 000 de francs Cfa Cfa et non livrés, ainsi que l’acquisition d’une imprimerie en 2008, à 235 000 000 de francs Cfa, entièrement payé, partiellement livrée et jamais mise en service.
Également, il y a l’acquisition d’une nouvelle imprimerie rotative, pour un coût global de 2 130 840 000 francs Cfa, l’acquisition d’un nouveau logiciel comptable Sage 100 comptabilité pour Sql Server 16.05, à 45 473 331 francs Cfa, avec une obligation de paiement de droit d’usage annuel de plus de 8 millions de francs Cfa, en lieu et place d’une simple mise à jour de la licence existence qui aurait coûté environ 10 millions de francs Cfa.
Sur l’exécution des budgets, l’Ige note qu’il a été constaté nombre d’insuffisances, dans la préparation et l’adoption des budgets par le Conseil d’administration, ainsi que dans le suivi de leur exécution. Et par conséquent, estime le rapport, cela a entraîné une absence de fiabilité et de sincérité du budget, aussi bien en ce qui concerne les prévisions de recettes, que celles de dépenses. C’est ainsi dit le rapport que «les rapports d’exécution budgétaire ont fait ressortir les anomalies telles que des dépenses sans couverture; des incohérences entre données inscrites en réalisations et écritures comptables».
Le ratio des charges du personnel sur le chiffre d’affaires passe de 81% à 120% en 4 ans
En 2012, relativement au recrutement et au mode de gestion du personnel, l’Ige a constaté de nombreux recrutements en l’absence d’une gestion prévisionnelle et sans autorisation du Conseil d’administration, faisant passer le ratio des charges du personnel sur le chiffre d’affaires hors subvention, de 81% en 2008 à 120% en 2012, l’absence de suivi dans le remboursement des prêts et avances octroyés au personnel, l’allocation d’indemnités dites de 13e et 14e mois, non liées au résultat bénéficiaire de la société et versées à tous les agents, des paiements de salaires fictifs et de l’accumulation d’arriérés de versements, dus à l’Ipres et à la Css.
Selon le rapport des inspecteurs généraux, les dysfonctionnements constatés à la Sspp ont permis de relever plusieurs violations du Code des marchés publics, dont les plus significatives sont «la non-inscription de demandes de renseignements et de prix, au plan de passations de marchés, la passation de certains marchés par demande de renseignements et de prix, alors que les seuils fixés pour les marchés par appel d’offres sont atteints, le non-respect du délai de dépôt des offres de certains marchés, le défaut de transmission systématique des procès-verbaux d’ouverture des plis, aux représentants des soumissionnaires.
Il y a aussi le défaut de publication de l’avis d’attribution définitive de certains marchés, la non-production de la garantie de bonne exécution, par les fournisseurs titulaires de certains marchés et l’absence de sanctions, pour des marchés non exécutés».
Par ailleurs, l’Ige a constaté que la Sspp a indûment passé, en 2012, des contrats par en- tente directe, relatifs à l’acquisition et à la fourniture de papier, pour un montant 448 564 361 francs Cfa et l’impression du quotidien Le Soleil, pour un montant de 709 211 896 francs Cfa.
De graves manquements dans les états financiers
S’agissant de l’examen de la comptabilité et des états financiers de la société, le rapport révèle de graves manquements. Par ceux-ci figurent la gestion comptable, la fonction facturation et la gestion des comptes clients. Pour l’Ige, l’organisation comptable de la société est marquée par des dysfonctionnements, notamment dans les procédures informatiques et comptables qui se sont traduites par une incohérence dans les états financiers avec le cumul de fonctions incompatibles qui remet en cause la fiabilité et la sincérité du système de facturation et du dispositif comptable. Et de souligner : «le même agent établit et encaisse des factures définitives d’insertions publicitaires, le chef comptable fait office de trésorier, au sein du département financier et comptabilité».
Par rapport à l’examen des états financiers de la Sspp, l’Ige dit avoir relevé des anomalies qui portent principalement, sur la production et l’arrêté des comptes, d’une part, et d’autre part, sur le défaut de production d’états consolidés. Ainsi, lit-on dans le rapport, qu’«il a été noté un retard de deux ans, au moins, dans la production des comptes et de leur arrêté par le conseil d’administration».
L’Ige a, en outre, constaté des défaillances dans les opérations de fin d’exercice avec, notamment l’inexistence d’un fichier des immobilisations et une omission de dotations aux amortissements. Cela a sérieusement altéré la fiabilité des états financiers. Et de conclure : «En ce qui concerne le défaut de production des états consolidés, il a entraîné l’absence d’information comptable sur la Société Grafisol, filiale de la Sspp et sur l’Agence de distribution de presse (Adp), dont 30% du capital sont détenus par la Sspp».
Le Populaire