Pour la reprise de la SUNEOR, des voix s’élève et disent : « Non Cheikh Amar, soldez vos comptes avec l’Etat d’abord »

« Je suis prêt à reprendre cette entreprise, mais je choisirais moi-même mon administrateur entre autres conditions qui seront discutées avec l’Etat. Pourvu que cette boite redécolle au profit du Sénégal et des Sénégalais ». Cheikh Amar prend ainsi la décision de reprendre la SUNEOR, cette société qui a traversé les difficultés de tous ordres sous la gestion d’Abass Jaber. L’homme d’affaires dit n’attendre que l’aval du président de la République pour se jeter dans une nouvelle aventure. Mais doit-on rappeler à M. Amar qu’il doit s’acquitter d’abord de ses dettes envers l’Etat du Sénégal sur certains marchés nébuleux, avant d’envisager à prendre les rênes d’une boîte dont la privatisation a été chaotique.

En effet, tant son engagement pour l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire et la bonne marche de l’agriculture sénégalaise est à saluer, tant le patron de TSE Afrique doit se faire à l’idée que la gouvernance sobre et vertueuse a certaines exigences. Dans un passé récent, ses tracteurs indiens de mauvaise qualité n’ont-ils pas suscité le tollé, jusqu’à inciter Abdoul Mbaye, alors premier ministre, à lui interdire tout marché ?
Une autre affaire encore fraîche dans les mémoires : la mise en demeure de Thierno Alassane Sall, ancien directeur général de l’ARTP à l’endroit de Cheikh Amar pour le remboursement de 8,2 milliards de FCFA devant servir à l’achat de deux immeubles aux Almadies. « S’il ne s’exécute pas, Cheikh Amar pourrait être traîné devant les tribunaux », menaçait d’ailleurs l’ancien boss de l’ARTP qui indiquait dans la même veine que l’entrepreneur a reçu cette somme dans le cadre d’une transaction immobilière. Seulement, ce qui était considéré à l’époque comme une dilapidation des ressources publiques est resté sans suite.

Outre l’encaissement de deux immeubles de l’ARTP, le sieur Amar n’a toujours pas élucidé l’opinion sur les conditions nébuleuses dans lesquelles il exploitait les mines et phosphates de Matam. L’homme a été au cœur de la controverse autour des 8 milliards que l’ancien régime lui avait alloués au terme d’un décret d’avance pour le «phosphatage» de Matam.

Mais n’ayant «pas exécuté ce travail», l’Etat avait décidé de poursuivre le patron de TSE. Face aux députés, en octobre 2012, Abdoulaye Daouda Diallo, alors ministre du Budget, déclarait : «Je confirme que la totalité du montant a été payée et versée au contractant (…) L’Etat a le droit de poursuivre la personne pour récupérer l’argent. Il peut initier une procédure pénale dans le but de reprendre 1,733 milliard de FCFA» déjà versé à l’homme d’affaires. Mais là aussi, revirement à 180 degrés, deux mois plus tard. Le président Macky Sall ordonne le paiement de 23 milliards de francs Cfa que l’Etat «devait» à Cheikh Amar.

Alors, si l’intention de faire redécoller la SUNEOR au profit des Sénégalais est à magnifier, le devoir d’éclairer la lanterne de ces mêmes Sénégalais en ce qui concerne ces marchés flous est aussi un devoir.
Dakarmatin