Omar Sarr, l’homme sûr de Me Wade…Un coordonnateur contesté mais une bravoure incontestée

Oumar Sarr est l’un des rares barons du Pds à rester aux côtés de Wade. Ce Trotskiste, devenu libéral, est roi chez lui depuis une vingtaine d’années. Sortira-t-il de prison avec le titre de Secrétaire général du Pds ?
C’est un gros calibre qui a rejoint Rebeuss. Oumar Sarr n’est pas devenu numéro 2 par la simple volonté du numéro 1 du Pds. Il l’a cherché et l’a obtenu. Dans ce champ politique, et surtout dans ce lopin Pds, il a semé sa graine dès les années «90», qui s’est développée au fil des saisons politiques et électorales. Très tôt, il en récoltera les fruits à Dagana où il devient maire. Maître depuis 20 ans, et jusqu’en 2019. Ses camarades le surnommeraient «grosse tête». Mais il faut admettre que c’est aussi une «bonne tête». Né dans les années «50»-58, dit-on, on le qualifie aussi de «petit es¬prit» pour ses sorties sans mesure. Il faut pourtant être d’un grand esprit pour régner en maître dans ce Dagana. Alors, qui va déraciner ce «baobab», comme un Robert Sagna dans le Ziguinchor autrefois. Il a eu l’estomac d’envoyer nombre de barons socialistes de sa localité à la retraite ? Tiens tiens, c’est le coordonnateur du Pds qui s’est aussi frotté au puissant Habib Thiam et ami de Abdou Diouf. Regardez comment les Walo-Walo s’étaient mobilisés devant la Section de recherches de la gendarmerie de Colobane pour le soutenir ! Il faut être un matheux comme lui -Dea en Maths Sup à l’Université à Paris en 1981- pour pouvoir résoudre les équations politiques les plus complexes dans un contexte où régnait, presque seul, un Parti socialiste bien repu. Lorsque dans la dernière décennie du régime de Diouf, l’opposition cornaquée par un Abdoulaye Wade bouillant, criait à la fraude et revendiquait l’audit du fichier électoral, il fallait un «génie» pour contraindre les «fraudeurs» supposés du fichier électoral de limiter leurs dégâts. Oumar Sarr était déjà un informaticien avec son Doctorat spécialisé à l’Université Pierre et Marie Curie (Paris 6) avec la mention «très honorable».Cela peut faire valoir le titre de «Honorable député» !
«Sidya Ndatté Yalla des temps modernes»
Sarr est un roi à Dagana.Un brack au Walo. Il a su profiter de cette affection de ses concitoyens à la limite d’une «vénération». Certains y voient une générosité «argentée». Les caravanes qui ralliaient Dakar lors des ses auditions dans le cadre de la Crei en sont la preuve. Mais d’où lui viennent cette hargne, cet extrémisme qui lui valent aujourd’hui un séjour à Rebeuss, au Cap Manuel, dit-on, depuis hier ? Dans un entretien avec Le Soleil, alors qu’il venait d’être reconduit ministre en 2007, il dit : «Nous avons repris le combat de nos héros tombés dans les batailles coloniales. Nous sommes les Sidiya Ndatté Yalla des temps modernes. Nous savons nous battre.» C’est dire… Et c’est peut-être aussi cette fibre trotskiste qui coule dans ses veines depuis qu’il était étudiant, puis un syndicaliste alors qu’il enseignait à l’Iut, devenu Ensut, puis Esp aujourd’hui. Ou alors parce qu’il n’a pas pu participer à une guerre, après avoir fait l’école préparatoire de Kadiogo au Burkina Faso ?

Le Trotskiste et sa théorie de la… révolte permanente
Aujourd’hui, l’ex-disciple de Léon Trotsky confond «la théorie de la révolution permanente» à «la théorie de la révolte permanente». Mais c’est sous Macky Sall que Oumar Sarr s’est bien distingué. Il a bravé les feux rouges du politiquement correct, comme il avait bravé son interdiction de sortie du territoire en prenant la rive de Dagana pour rejoindre la Mauritanie. Malin ! Au retour, il volera haut -comme jaxaay (aigle)- au-dessus de Dakar au nez et à la barbe de la police des frontières de la terre et de l’air. Le Plan Jaxaay justement est l’arme secrète du pouvoir pour le mettre sur le banc. Il lui est même collé le sobriquet de «Oumar inondations Sarr» pour sa gestion du programme de relogement des sinistrés jugée «scandaleuse». Il perd son immunité parlementaire et reste, avec Ous¬mane Ngom et Abdoulaye Baldé, un «candidat» sérieux à la Crei, après Karim Wade. Aïda Ndion¬gue, Abdou Aziz Diop et consorts paieront la peine ! Intouchable.

L’homme contesté du Maître incontesté
Après 2012, le libéral joue sa survie politique. Abdoulaye fait le vide autour de lui et tente ce qu’il avait échoué au pouvoir : céder le parti au fils, Karim. Et commencent les premiers coups de couteau. Pape Diop, Baldé et Cie se rebellent contre le choix de Ou¬mar Sarr. Il est propulsé numéro 2 du Pds et se charge de la gestion du parti en attendant le retour du patron de Ver¬sailles. La décision du Maître incontesté fait de Sarr un homme contesté. En privé. En public aussi. Comme Aliou Sow qui le caricature en un homme qui n’a pas le don de la communication. Farba Senghor décrie son manque de charisme. Le clou, c’est que Wade lui-même, dans un entretien avec Le Monde, à la veille de son retour au Sénégal en avril 2014, avait avoué : «Le Pds est dispersé du fait de l’absence d’un leader capable de fédérer tout le monde.» Qui d’autre que Sarr ? Mais il continue son chemin et fraie le chemin petit à petit à «ce gosse» à qui Souleymane Ndéné Ndiaye avait juré qu’il ne serait jamais derrière lui. Le maire de Dagana jure fidélité au «vieux». Et lorsque l’homme de Guin¬guinéo décide de quitter le Pds, Oumar Sarr le qualifie de «déloyal» et d’«ingrat». «Il doit comprendre que nous avons fait le choix d’être dans le Pds, de le défendre, de soutenir son candidat, de nous battre, quoi que cela puisse nous coûter», ajoute-t-il. Wade a-t-il encore payé sa dette à celui qui était chargé des élections de son parti ? Ses passages à la Direction générale de la Sicap, puis aux ministères de la Pêche, de l’Habitat, de la construction et de l’urbanisme suffisent-ils à l’enfant de Dagana ? La prison sera-t-elle un raccourci pour Oumar Sarr pour, enfin !, diriger le Pds ? A défaut d’être le plan B de la candidature de Karim Wade.
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