Modou Diagne Fada, le dernier fils maudit de Wade ?

Les relations orageuses entre Me Abdoulaye Wade et son désormais ex-poulain, Modou Diagne Fada, n’ont rien de surprenant, si l’on jette un coup d’œil, ne serait-ce que furtif, sur la trajectoire du Pds et surtout sur les rapports souvent exécrables entre son fondateur et tous ses lieutenants qui, à un moment donné, ont voulu être anticonformistes.
De Fara Ndiaye à Macky Sall, en passant par Serigne Diop, Idrissa Seck, Ousmane Ngom et bien d’autres, ils ont tous été maudits par le père qui a commencé par les adouber, avant de leur donner le sacre sous diverses formes…
Néanmoins, pour le cas spécifique de l’enfant de Darou Mouhty, la tentative de mise à mort du fils «indigne» ou les velléités de parricide qui lui sont attribuées sont d’autant plus incompréhensibles qu’elles interviennent à un moment où certains analystes politiques parlent d’éventuelles retrouvailles de la famille libérale, malgré l’obstacle quasi-insurmontable du sort de Karim Wade qui croupit en prison depuis deux ans. En effet, d’aucuns avaient cru, naïvement peut-être, que l’actuel président du groupe parlementaire des Libéraux et Démocrates pourrait constituer un plan B au cas où la candidature à la présidentielle du fils de Wade serait impossible. C’était sans compter avec un Abdoulaye Wade aussi imprévisible que versatile, surtout lorsqu’il a juré la perte du président du Conseil départemental de Kébémer, coupable à ses yeux de n’avoir pas suffisamment mouillé le maillot dans le combat pour la libération de l’ancien ministre du Ciel et de la Terre. Et c’est là que la manœuvre d’Aïda Mbodji a été des plus habiles et des plus sournoises. Car, non seulement la dame de Bambey a réussi à récupérer cette lutte avec sa fameuse pétition contre la détention arbitraire, mais aussi elle est parvenue à rentrer une nouvelle fois dans les grâces de Wade, après l’avoir fait chanter notamment en agitant le spectre d’une transhumance vers le Macky !
A l’arrivée, malgré son manque de légitimité à côté des autres barrons du Pds, elle est bombardée à la tête du groupe parlementaire du nouveau front de l’opposition. La pilule est amère et difficile à avaler. C’est pourquoi Fada et les frondeurs l’assimilent à une grande imposture. Mais, pouvait-il en être autrement dans un parti politique toujours contrôlé par une seule constante face à des variables qui ont accepté de s’effacer ? Peut-être qu’à la lumière des derniers soubresauts intra-libéraux, le cocotier sera suffisamment secoué pour éviter la disparition d’un parti politique qui, malgré un lourd passif, a contribué à l’émergence et à la consolidation de la démocratie dans notre pays. Beaucoup estiment que c’est sur ce plan que Fada est le plus attendu. A lui de prouver qu’il a bien mérité son ascension politique plus que fulgurante, après une carrière universitaire hypothéquée pour «connivences» avec l’opposant d’alors. Le cas échéant, Modou Diagne Fada pourra en même temps prouver qu’il ne sera pas le dernier fils de Wade à tomber sous les coups de sa malédiction.
Serigne Saliou SAMB