Les erreurs de Sidiki Kaba dans l’arrestation de Boy Djinné…

L’affaire Boy Djiné n’est pas un banal fait divers d’évasion de nos prisons. Elle est riche en enseignements. Et le premier est la nature très dégradée des relations entre la Gambie et le Sénégal.

Il est, en effet, très clair que, comme nous l’écrivions dans cette rubrique, Jammeh n’allait jamais le livrer. Il détenait, par là, un moyen de vengeance contre le Sénégal qui, à ses yeux, héberge des opposants à son régime. L’arrestation de Modou Fall, alias Boy Djiné, sonne alors comme un véritable camouflet pour le président gambien qui s’était entouré des précautions d’usage pour le couvrir et éviter qu’il ne tombe entre les mailles des filets des services de sécurité sénégalaise. Cela doit donner à réfléchir au Président gambien qui doit savoir que les autorités sénégalaises sont beaucoup plus informées qu’elles ne paraissent sur son pays et qu’elles connaissent même les menus de ses repas. Qu’il remercie alors le Bon Dieu que le Sénégal ne soit pas un État belliqueux et ne daigne répondre à ses nombreuses provocations.

L’autre enseignement important à en tirer, c’est que notre ministre de la Justice n’a pas à répondre à un criminel. Boy Djiné a réussi à attirer l’attention sur lui. Il a su utiliser les médias. Il sait que sa détention sera longue parce qu’il y a l’implication d’un élément d’extranéité et que les services de sécurité sénégalaise doivent comprendre la nature et le degré de ses relations d’avec Jammeh. Mieux, il faut aussi enquêter, en profondeur, sur ses complicités dans les prisons. Alors, il veut un procès rapide. Le ministre de la Justice, Me Sidiki Kaba, ne doit pas tomber dans le piège de la communication d’un criminel qui ne mérite nullement l’attention qui lui est portée. Certes, le Ministre a raison de dire que la Justice fera son travail, c’est justement parce que c’est une évidence que c’est un truisme de le dire.

L’autre particularité qui a attiré notre attention est la maladresse des propos de son avocat pourtant excellent juriste. Dire que Boy Djiné est riche, c’est suggérer que ses biens soient saisis et qu’il est capable de corrompre du monde et que c’est peut-être ce qu’il a fait. Quelle façon de défendre son client. L’avocat a naturellement cédé à la pression de l’actualité du moment et a essayé de montrer que son client n’est pas n’importe qui. Toutefois, personne n’étant au-dessus de la loi, il est temps que notre Justice démontre qu’elle est aussi faite pour les riches. Car, apparemment, trop de gens riches se retrouvent aussi facilement dehors. Contre toute attente.

Dernière leçon à en tirer, c’est la question de l’impératif sécuritaire dans nos prisons. Réussir à s’évader à Dakar, Thiès et Diourbel pose un problème sérieux non pas de pouvoirs mystiques du prisonnier mais de la puissance de ses réseaux et la vulnérabilité de certains de nos gardes pénitentiaires face au pouvoir de l’argent.

Le Colonel Daouda Diop, le Directeur de l’administration pénitentiaire a déjà entamé le travail de sécurisation, mais il faudra éviter que les nécessités d’humanisation des conditions de la détention prennent le pas sur l’impératif sécuritaire dans nos lieux de détention. Il est important, dès lors, que le travail de réflexion soit entamé en interne pour améliorer la formation et le quotidien des gardes, hommes et femmes. Il y a trop de gens qui rouspètent et leurs récriminations ne sont pas toujours infondées.

Entre des prisonniers naturellement frustrés et des gardes tout aussi amères, le cocktail peut être explosif.

Rewmi