Interview l’Express.fr…Macky parle de la menace terroriste qui plane sur le Sénégal, du G5 du Sahel et des Confréries

L’Interview du Président Macky Sall a été réalisé Par Vincent HUGEUX, journaliste à l’Express.fr et publié le 26/01/2016 à 10:44, mis à jour le 27/01/2016 à 14:53

Interview l’express…menace terroriste, G5 du Sahel et les confréries au Sénégal

Après les carnages de Bamako et de Ouagadougou, Dakar fait figure de cible idéale du terrorisme djihadiste. Le Sénégal est-il en mesure de conjurer le spectre de l’attentat massif?
Global, le phénomène n’épargne personne. Aucun pays au monde, Sénégal compris, n’est à l’abri. Sans entrer dans les détails, sachez que tout ce qui doit être mis en oeuvre pour combattre ce fléau l’a été et le sera. S’agissant de la dimension préventive, le renseignement humain apparaît capital, plus encore que la surveillance technologique. Or il a souvent fait défaut, car il exige d’infiltrer des agents, de disposer de professionnels susceptibles de fournir des informations sensibles.
De plus, nous devons adapter rapidement nos armées à une menace de nature asymétrique à laquelle elles ne sont pas préparées. Dans l’espace Cedeao, on observe la mise en place de forces spéciales, une mobilité accrue et des échanges d’informations entre les polices frontalières.
Sujet d’innombrables sommets, la coopération sécuritaire tarde pourtant à entrer dans les faits…
Il faut être indulgent envers l’Afrique, car elle vient de très loin. Durant des décennies, les institutions de Bretton Woods [NDLR: Fonds monétaire international (FMI) et Banque mondiale] ont quasiment interdit aux Etats du continent d’engager des dépenses militaires. Ce qui a creusé, en matière d’équipements et d’effectifs, un déficit que nous payons très cher aujourd’hui.
La Force en attente de l’Union africaine [UA] est en cours de constitution. Nous sommes en train de combler le fossé face au péril. Péril amplifié par le naufrage de la Libye, où des gens sont venus régler un problème et en ont créé mille, avant de nous abandonner. On tape en Syrie sur Daech, dont les combattants se redéploient dans l’espace libyen. Et qui va prendre ça en pleine figure? L’Afrique.
Le Sénégal n’a pas été associé, en février 2014, à la création du G5 du Sahel, outil de coordination réunissant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad…
C’est une incohérence. On ne peut pas engager la lutte contre le terrorisme au Sahel sans le Sénégal. C’est d’ailleurs à Dakar que les Nations unies ont installé leur dispositif en la matière. Mais nous ne nous battons pas pour des fauteuils. L’essentiel, c’est que nous apportions notre contribution au G5, fût-ce en qualité d’observateur.
Plus de cinquante-cinq ans après les indépendances, la France joue sur le front du djihadisme un rôle moteur. Y voyez-vous le symptôme d’un échec?
J’y vois plutôt un legs de l’Histoire. Le palais où je vous reçois a été bâti pour le gouverneur général de l’AOF [Afrique-Occidentale française]. Il se trouve que la France est le seul pays de l’Union européenne doté d’une capacité militaire d’intervention. Si elle s’était abstenue, la République centrafricaine aurait pu être le théâtre d’un génocide et le Mali, disparaître. Sortons du vieux complexe de la Françafrique au profit d’un partenariat rénové et respectueux, très loin du rapport colonisateur-colonisé.
Puissamment enraciné ici, l’islam confrérique prémunirait votre pays contre les dérives radicales. Cet atout n’est-il pas surestimé?
Au Sénégal, c’est une réalité absolue. La quasi-totalité des musulmans se retrouvent au sein des grandes confréries, tidiane, mouride et khadr notamment. On y pratique un islam de tolérance, fondé sur les enseignements des soufis, et qui oppose un véritable rideau aux influences externes et lointaines. D’autant que, chez nous, ce sont des figures nationales qui incarnent la religion.