GARE À LA MONTÉE DES PÉRILS !

Quelque six mois après le référendum remporté par la majorité présidentielle, le nouvel élan censé en résulter tarde à produire ses effets. Au contraire, le pays semble s’enfoncer lentement dans un climat délétère sur fond de soupçon de conflit d’intérêts visant des personnalités et des institutions de la république au point de suggérer un risque sérieux de crise politique. Il y a urgence à y répondre. Faute de quoi le gouvernement s’exposera à de nombreux périls tels que l’enlisement dans les affaires, le discrédit, en premier lieu, aux yeux de son opinion nationale, la défiance des acteurs économiques nationaux, étrangers et des partenaires au développement, sans oublier le double risque d’immobilisme et de perte de légitimité à terme.

En de pareilles circonstances, tout gouvernement doit utiliser les armes de la fermeté en même temps que les arguments de la persuasion à des fins d’apaisement. Face à la tournure prise récemment par les événements, une médiation s’impose et ne peut être le fait que d’une personnalité indépendante, experte et insoupçonnable de partialité.

Le mandat à lui confier serait celui d’une mission exploratoire du dossier pétrole et gaz du Sénégal consistant en une mise à plat et un état des lieux des engagements pris par le Sénégal. Il lui appartiendra surtout de faire des recommandations sur des points-clés tels que la place à réserver au capital privé national, y compris l’actionnariat populaire et au capital étranger, la répartition des revenus attendus en prévoyant un fonds de réserve pour les générations futures, les stratégies envisagées en matière environnementale, tant pour se prémunir des catastrophes écologiques que pour assurer des formations innovantes aux métiers des hydrocarbures afin de garantir une durabilité aux investissements. De telles personnalités existent dans notre pays.

Dans un passé récent, l’ancien Premier ministre Mamadou Lamine Loum avait élaboré pour le gouvernement tchadien un cadre remarquable pour une gestion optimale de ses ressources pétrolières, notamment par la création d’un fonds dédié aux générations montantes.

Un autre expert sénégalais, M. Moustapha Tall, ancien Directeur général des douanes, s’était lui aussi distingué dans la mise en place du processus de Kimberley visant à éviter que les diamants d’Afrique ne servent à financer les mouvements rebelles armés sur le continent.

C’est l’honneur de tout gouvernement démocratique de créer un environnement sécurisé et stable pour des investissements de cette importance stratégique. Cela concourt non seulement à éviter les conflits engendrés par le « démon » du pétrole mais surtout à engranger les dividendes d’une paix sociale durable après ceux « sonnants et trébuchants » découlant directement des revenus pétroliers et gaziers.

Enfin, tous les économistes du monde entier s’accordent pour constater que la croissance économique est bien plus forte dans un contexte de transparence des règles du jeu, y compris en économie libérale ; mais, au surplus, tout gouvernement engagé dans la voie de la transparence en matière de « Doing business » et de consolidation d’un cadre démocratique gagne en longévité politique.

A l’heure où les impatiences de la jeunesse se font pressantes et que la classe moyenne urbaine et le monde paysan fondent beaucoup d’espoir sur les promesses de l’agenda du « Plan Sénégal Emergent », il nous faut, à tout prix, faire partie du peloton de tête des pays qui auront réussi à atteindre une émergence durable et pour tous.

Notre cher Sénégal est capable de gagner un tel pari. Cela ne tient qu’à nous !