Finition des travaux de l’AIBD…C’est la France qui bloque tout

Alors que le nouvel entrepreneur turc, le consortium Summa-Limak avait promis d’achever les travaux de l’aéroport dans les huit mois, il connaît déjà un gros retard, du fait du blocage dans le décaissement de l’avance pour les travaux. Et les doigts sont pointés vers l’Agence française de développement, dont tout le monde dit qu’elle fait traîner les choses.

«Si la situation continue encore longtemps comme cela, on risque de retomber dans les travers qui ont conduit au départ des Saudiens de Binladin», grogne l’un des Sénégalais trouvés sur le site. A l’aéroport Blaise Diagne, tout le personnel est conscient que l’arrivée des Turcs du consortium Summa-Limak a redonné un coup de fouet aux travaux qui étaient à l’abandon aux derniers jours de l’entreprise saoudienne sur les lieux. Mais avec le temps qui passe, la hantise des protagonistes est de voir les deux entreprises turques se lasser des promesses non tenues et de faire leurs bagages pour quitter les lieux.
En effet, M. Selim Erkal, le di­recteur du consortium chargé de diriger les travaux de Diass est très précis : «Quand nous sommes arrivés à la fin du mois d’avril, nous nous étions engagés à achever les travaux de l’aéroport dans les 8 mois suivants, dès la réception de l’avance de démarrage.» Ladite avance de démarrage, qui équivaut à 25% de la valeur du chantier, est de 33 millions d’euros, soit plus de 21 milliards 615 millions de francs Cfa. Or, si le consortium des bailleurs de fonds, constitué de plusieurs banques et institutions financières assure être disposé à débloquer ce montant, il semble rechigner à le mettre en place. Et des sources bien au fait du dossier, indexent directement l’Agen­ce française de développement.
«Depuis plus de 3 mois déjà, l’Afd trouve toujours des prétextes pour ne pas approuver le déblocage des fonds. Il y a toujours pour ses représentants dans ce dossier, un bon prétexte pour faire reporter le paiement de l’argent aux Turcs. Or, ces derniers, sans même attendre l’arrivée de l’argent, se sont mis au travail», assurent les gens qui suivent de près cette affaire.
Et de fait, une visite du terrain permet de se rendre compte que les Turcs ne chôment pas. Confiants aux engagements de leurs partenaires sénégalais, Summa-Limak a mis sur le site une centaine d’ingénieurs et de techniciens turcs, qui encadrent environ 400 employés sénégalais dans des tâches diverses. M. Erkal assure qu’une fois les moyens financiers mis à leur disposition, les Turcs vont accélérer la cadence, de manière à terminer les travaux «dans les huit mois promis, si pas bien avant». Une manière de bien faire comprendre qu’en ce qui les concerne, les délais de 8 mois pour les travaux, n’ont pas encore démarré.
Interpellé, le ministère de l’Economie et des finances fait comprendre que cette situation est au-dessus de ses compétences, puisque c’est le pool des bailleurs qui doit débloquer cet argent. «Nous ne pouvons que leur demander d’activer un peu leurs efforts, mais pas plus», assure Moustapha Bâ, le Directeur des Finances.
L’AFD était injoignable pour sa réaction. Le téléphone de Mme Sagna se trouvait sous boîte vocale hier quand on l’a appelée.
En attendant de voir un jour des avions décoller sur la piste de l’aéroport Blaise Diagne, on peut également déplorer que les retards enregistrés dans sa finition en viennent à porter préjudice à l’exploitation de l’autoroute à péage, dont le tronçon devant relier la nouvelle piste est en voie d’achèvement, tandis que la partie de l’ouvrage qui va de Diass à la Somone, réalisée par les Chinois, n’attend que son inauguration. Mais celle-ci, dit-on, est dépendante de l’inauguration de l’aéroport, sinon, sa rentabilité serait hypothétique.
Une manière de dire que la rétention des finances nécessaires à l’achèvement de l’aéroport a de nombreuses implications sur la vie économique et sociale du pays. Comme si les Français de l’Afd espéraient que les Turcs échouent pour que le Sénégal se sente obligé de chercher un autre contractant. Dans l’espoir de voir enfin une entreprise française remporter le marché ?